Un RSA étendu aux jeunes de 18-25 ans, faut-il y aller ?

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Face à une jeunesse déboussolée, le RSA jeune est une alternative qui divise.

Une jeunesse en détresse. D’abord parce qu’elle souffre d’isolement social. Mais aussi car elle a – plus que jamais – basculé dans une grande précarité. L’ultime rapport du Conseil d’analyse économique, publié fin janvier, a pointé du doigt la brutalité avec laquelle la crise a frappé les jeunes : leurs revenus depuis l’été 2020 auraient été deux fois plus affectés par rapport au reste de la population. Voir nos jeunes s’attrouper et patienter devant la distribution de colis alimentaires a de quoi certes nous rassurer sur la capacité de notre pays – grâce au dévouement d’associations et d’organisations – à faire preuve de solidarité en temps de crise. Le phénomène – à l’inverse – interroge sur l’aptitude du gouvernement à  épauler suffisamment sa jeunesse. Revient alors sur la table le RSA étendu aux jeunes âgés entre 18 et 25 ans. L’exécutif y est réticent.

Les initiatives ne manquent pas. Dernière en date, la volonté des hypermarchés Leclerc de proposer aux étudiant·es des paniers repas pour moins de deux ou trois euros. « Le président de la République a souhaité que les jeunes puissent manger pour pas cher alors que les cantines et les restaurants universitaires sont fermés », a expliqué Michel-Édouard Leclerc – entre temps Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, a annoncé que les étudiant·es pourront de nouveau manger au sein des espaces Crous en respectant des règles sanitaires strictes. Sans doute aussi, pour les hypermarchés Leclerc, une manière de répondre à leur rival Intermarché qui avait, quelques jours auparavant, proposé un bon d’achat de dix euros dès vingt euros dépensés entre le 2 et le 8 février. Une façon de panser les plaies. Mais prévenir vaut mieux que guérir. Face à la précarité de la jeunesse, une solution proposée : le RSA étendu aux jeunes âgés entre 18 et 25 ans. Qui existe déjà mais sous certaines conditions comme les jeunes sans emploi qui ont épuisé leurs droits à l’assurance chômage, les jeunes qui débutent ou retrouvent une activité faiblement rémunérée (on parle de complément d’activité) ou, sous conditions de ressources, les jeunes qui ont un ou plusieurs enfants avant 25 ans.

Une réticence d’abord idéologique
Les prises de position en faveur d’un RSA étendu aux jeunes de 18 à 25 ans se multiplient : « Il faut des mesures accrues, on ne le fait pas suffisamment, notamment sur la question de revenus. La CFDT défend le RSA jeunes », lançait début février le secrétaire général de l’organisation syndicale, Laurent Berger. Autre défenseur public du RSA jeune, Louis Gallois, ancien grand patron (Airbus, SNCF, PSA) qui propose même de le financer via un « impôt de solidarité ». Le gouvernement, lui, ne s’emballe pas. D’abord parce que la mesure aurait tout d’une « trappe à pauvreté », une forme d’assistanat qui n’encouragerait pas suffisamment les jeunes à se mobiliser pour la recherche d’un emploi. Le ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire n’avait d’ailleurs pas hésité à manifester son opposition : « À 18 ans, on veut un travail, pas une allocation. »

Deux économistes, Olivier Bargain et Augustin Vicard, ont voulu mesuré cet effet désincitatif lié aux minima sociaux. La période analysée s’étalait de 2004 à  2009 (le RMI prévalait à l’époque). Une étude qui n’a pas mis en lumière un décrochage significatif du taux d’emploi à partir de 25 ans, âge à partir duquel s’ouvrent les droits au RMI/RSA. En outre, cet effet désincitatif interroge d’autant plus lorsque les bénéficiaires de minima sociaux sont des jeunes qui démarrent leur vie et aspirent à l’indépendance (logement, construire une famille, etc.) Autre argument pour discréditer la mise en place d’un RSA pour tous les jeunes de 18 à 25 ans : on n’a sans doute pas les mêmes besoins quand on est étudiant·e à 18 ans que lorsque l’on est un jeune de 24 ans sans emploi. Ils·elles n’ont pas les mêmes préoccupations en termes de désir d’autonomie et de modes de vie, « la jeunesse n’est qu’un mot », ne cessait de défendre le sociologue français Pierre Bourdieu.

D’autres solutions existent
S’il n’y a pas de RSA étendu à tous les jeunes âgés entre 18 et 25 ans, d’autres mesures sont mises en œuvre pour accompagner étudiant·es et jeunes qui appartiennent à cette tranche d’âge. Pour les étudiant·es issu·es de milieux sociaux modestes, des bourses sur critères sociaux existent dont le plafond – échelon 7 – atteint 5 679 euros par an, un montant versé sur dix mois. Bien entendu, seuls les jeunes qui viennent des milieux les plus précaires prétendent à ce niveau de bourse étudiante, les autres ont droit à des sommes inférieures. La Garantie jeunes offre aussi aux 16 à 25 ans qui ne sont ni en emploi ni en formation ou études une allocation mensuelle (497 euros au maximum) et un accompagnement intensif… sur une durée d’un an ! S’en suit un renouvellement maximal de six mois.

D’autres dispositifs existent déjà. Mettre en place un RSA étendu à tous les jeunes renforcerait ce « millefeuille de mesures », – le plan « 1 jeune 1 solution » en est une autre – pourquoi alors ne pas remplacer toutes les alternatives qui fleurissent déjà au profit d’une seule et unique ? Du côté du gouvernement, on songe davantage à la proposition de Stanislas Guérini, le capital jeune : un prêt à taux zéro d’un montant maximal de 10 000 euros et remboursable sur du très long terme et « uniquement si l’on atteint un certain niveau de revenu, que je propose de fixer à 1 800 euros bruts par mois », a précisé le délégué général de La République en Marche (LREM). Un projet qui séduit Bruno Le Maire.

Comme chaque crise, des failles – déjà présentes – ont été renforcées. Et si les jeunes s’affichent comme les premiers à faire les frais de la tempête sanitaire et économique, beaucoup de Français·es –quel que soit leur âge – souffrent aussi de la situation. De quoi aussi relancer le débat sur le revenu minimum universel, projet à l’origine soutenu par l’ancien candidat PS aux élections présidentielles de 2017 Benoît Hamon. En décembre, les dirigeant·es de 24 départements plaidaient pour sa mise en place rapide. En vain pour le moment.

Geoffrey Wetzel

 

 

 

 

 

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