« Le numérique est responsable de 4 % des émissions de gaz à effet de serre », rappelle Jérôme Torner, associé chez Magellan Consulting

Temps de lecture constaté 3’10

Dans le monde, 40 smartphones sont vendus chaque seconde.

Jérôme Torner, Associé chez Magellan Consulting

Mardi 12 janvier, le Sénat adopte une proposition de loi qui vise à réduire l’empreinte environnementale du numérique en France. Une façon d’entamer une prise de conscience non seulement pour les entreprises mais aussi pour les citoyen·nes qui baignent de plus en plus dans un monde numérique. Jérôme Torner travaille depuis 12 ans en tant qu’associé auprès de Magellan Consulting, un cabinet qui accompagne – entre autres – les entreprises à optimiser leur transition digitale… aujourd’hui indissociable d’une lutte contre la pollution numérique. Entretien.

Lorsque l’on parle de pollution, on ne pense pas spontanément au numérique. Quelle est l’ampleur du phénomène ?

C’est vrai. Chaque citoyen·ne doit prendre conscience d’une pollution entraînée par le numérique. Au même titre que nous avons déjà, toutes et tous, connaissance des effets néfastes du plastique ou de l’impact en CO2 qui découlent de nos déplacements en voiture ou en avion. Nous vivons dans un monde de plus en plus numérique. Chez Magellan Consulting, nos clients, des professionnels de l’informatique, se sont emparés du problème depuis un ou deux ans. Aujourd’hui, le numérique est responsable d’environ 4 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Ce qui pourrait s’aggraver si l’on ne fait rien… voire doubler d’ici à huit ans.

Prenons l’exemple des smartphones, 40 sont vendus dans le monde chaque… seconde ! On les conserve en moyenne 2 ou 3 ans, alors que dans 88 % des cas, notre smartphone fonctionne encore lorsque l’on décide de le remplacer. Pire, seuls 10 % d’entre eux seront recyclés… Or, on n’arrêtera pas la déferlante du numérique, donc nous n’avons pas d’autres choix que de mettre en place des actions pour réduire son impact environnemental.

Comment lutter contre la pollution numérique ?

D’abord, il faut un plan de route, définir ce que l’on veut faire, puis mesurer et enfin agir. Quelques exemples d’actions concrètes : limiter le nombre d’équipements, c’est-à-dire faire en sorte que les collaborateur·rices ne possèdent qu’un seul smartphone dans la vie privée et professionnelle. Idem pour les PC, c’est ce que nous faisons chez Magellan Consulting. Remettre à tous·tes les collaborateur·rices un PC sécurisé pour qu’il puisse s’utiliser aussi bien pendant le travail que pour un usage personnel. Nous recommandons aussi de privilégier des applications qui sont dans le cloud, c’est-à-dire des applis partagées. Oubliez l’économie de la propriété au profit de l’économie du partage. Enfin, d’autres actions, souvent relayées dans la presse, se révèlent aussi utiles mais affichent un effet plus limité. Comme le nettoyage de ses données, éteindre les PC, faire le tri dans sa boîte mail. Bien sûr, il faut le faire, mais ces mesures – à elles-seules – restent insuffisantes.

Pour une entreprise, tenter de réduire son empreinte environnementale alimente aussi un intérêt business. Une entreprise réputée écoresponsable attirera des talents, des clients et des investisseurs. On assiste à de plus en plus d’investissements dans des sociétés à impact positif sur l’environnement.

Télétravail, 5G, quels défis à l’avenir ?

Il est vrai que le télétravail s’est profondément accéléré avec la crise. Les études se révèlent assez contrastées sur le sujet, d’un côté on se déplace moins, de l’autre la généralisation du télétravail entraînerait une hausse de la pollution numérique. Des gains, des pertes, on en déduit à l’arrivée un effet neutre du télétravail sur l’environnement. En revanche, la 5G, c’est une de mes craintes. Ce n’est pas la technologie en elle-même qui aura plus d’impact sur l’environnement, mais davantage la nécessité de construire de nouveaux équipements. De plus, je m’interroge aussi sur l’utilité de la 5G pour les smartphones des citoyen·nes lambda. Télécharger un film plus rapidement que ce n’est déjà le cas n’a pas vraiment de sens ! Je m’inquiète de ce que sur le plan mondial tout le monde se précipite sur les smartphones 5G sans en avoir l’usage réel. Là, on verra un impact sur l’environnement.

L’enjeu sera aussi – et dès le plus jeune âge – de sensibiliser les enfants à la pollution liée au numérique. Comme on a pu le faire avec le tri des déchets. Faire prendre conscience à toutes et tous que le monde a changé.

Propos recueillis par Geoffrey Wetzel

 

 

 

 

 

 

 

 

Répondre

Saisissez votre commentaire
Saisissez votre nom ici

J’accepte les conditions et la politique de confidentialité

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.