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Le prospectiviste livre chaque mois son analyse des indices qui dessinent à ses yeux le futur. Les entreprises puisent dans ses « visions » des éléments pour éclairer leur stratégie.

Signal faible 1 : paradoxalement, en 2021 le xxie siècle ne fait que commencer
Les historiens ont comme principe de rassembler les années par leur thème. Le xixe siècle (les temps modernes) débute en 1815 avec la machine à vapeur, se poursuit par l’industrialisation et la rapidité de communication. Le xxe siècle (des guerres, du libéralisme, du nationalisme, de la technologie) débute en 1914 et se termine en 2019-2020 : l’horreur des guerres a effrayé, la bataille se situe sur les idées politiques et la technologie. Le xxie siècle (l’anthropocène absolu) débute aujourd’hui avec cette crise de la covid-19 qui nous oblige à repenser le monde avec des facteurs d’accélérations : la nature, l’argent, les ESA (Entreprises sans état). Cette organisation du passé proche et du futur contribue à mettre en perspective le futur.

Signal faible 2 : la covid-19 est une chance pour le futur
En moins d’un an de covid, de nombreux sujets ont fait des bonds de 5 à 10 ans : télétravail, télémédecine, e-commerce, transports doux, logistique douce, recherche génétique, vaccins ARN messager, Union européenne (eh oui !), conscience CO2, conscience environnementale, revenu universel, etc. Je ne ferai pas l’inventaire des ratages qui sont aussi des prises de conscience. Les avancées – ici des bonds – obligent à s’investir dans le futur. Or la covid-19 nous pénalisera encore pendant une très grande partie de 2021. Autant travailler sur le futur.

Signal faible 3 : curieusement, le futur de la France se fera en oubliant son passé industriel
La France est un gros camion diesel sans reprise. Démonstration a été faite avec la covid quand l’État a été particulièrement lent et incapable de construire sauf à ouvrir les vannes des emprunts. Objectivement, l’Allemagne – comme le Royaume-Uni – est sur un rythme plus rapide et plus nerveux. Nos points forts d’hier – agroalimentaire, pharmacie, aéronautique, spatial, automobile, nucléaire – sont devenus des charges symboliques d’un monde ancien. Or dans le monde qui s’annonce, le poids de l’Europe diminue. Ce sont les pays « émergents », avec à leur tête la Chine, qui comptent. Ils ont des industries jeunes, dynamiques, réactives, pointues. Le monde occidental est minoritaire. Le futur de la France n’est plus dans l’éparpillement des marchés. Il est dans la sélection de marchés pointus en recherche, en formation et en entreprises compétitives. D’autant que fortement endettée, la France devra faire des choix à commencer par celui, basique, de retrouver une école digne de ce nom et ne plus être en queue de l’OCDE.

Signal faible 4 : qu’attend-on pour simplifier la haute administration ?
Ces dernières semaines, plusieurs livres d’auteurs (ministres ou conseillers de…) qui ont pratiqué le sujet sont parus pour dénoncer les excès de la haute administration et sa capacité de blocage. Dans la santé, pas moins de 16 administrations s’occupent de la covid-19 : directions, « Haut » quelque chose, agences diverses. Il suffit d’ajouter les adjoints, secrétaires, chauffeurs, locaux… pour imaginer les budgets ! Il manquait 36 citoyens tirés au sort pour donner leurs opinions, sans doute les études qualitatives des cabinets d’études sont-elles insuffisantes. Le tout pour des ministres tétanisés par la judiciarisation de la France et des hauts fonctionnaires, spécialistes des parapluies grande largeur, qui ne savent pas [faire] acheter des masques en Chine ou [faire] assurer la logistique de vaccins (stockage à – 80°) à administrer (donc seringues…). L’urgence n’est pas enseignée à l’ENA. Dans l’administration comme dans la formation postbac, des périodes en entreprise de 2 ou 3 ans devraient être obligatoires tous les 5 ans.

Signal faible 5 : Trump, les réseaux sociaux, la pensée courte
Difficile de rédiger cette lettre sans mentionner le 6 janvier 2021 l’envahissement du Capitole de Washington par les partisans de Trump, attisés par le discours simpliste et provocateur de leur leader. La radicalisation des opinions n’est pas seulement américaine, on l’a vue en France par les gilets jaunes. Les réseaux sociaux y sont pour beaucoup, ils éteignent les nuances. Une phrase bien tournée, une pique, met à bas le contradicteur long et lent. Et d’ailleurs, le passage du tweet de 140 à 280 signes a eu pour effet de… les réduire ! Pour autant, ce serait une erreur de nier les causes de l’existence de ces partisans, ce serait comme nier la presse à textes longs née avec Twitter. Je pense donc je suis est devenu : je suis donc je sais.

La suite des signaux faibles de Philippe Cahen s’obtient par abonnement :

Signal faible 6 : à la surprise des « élites », les Français·e ont consommé normalement en décembre.
Signal faible 7 : entreprises et patrons quittent des villes trop chères.
Signal faible 8 : on se moque de Hollywood, pourtant Operation War Speed fut un succès.
Signal faible 9 : armée : la France tantôt prudente, tantôt naïve.
Signal faible 10 : RSA, foyers modestes, pauvres…
Signal faible 11 : faut-il démondialiser ?
Signal faible 12 : le conspirationniste, c’est l’autre.
Signal faible 13 : covid : apprendre des autres pays.
Signaux faibles 14 : l’émotion fait le présent, pas le futur.
Signal fable 15 : la reconversion agricole aux protéines végétales.

Dernier livre de Philippe Cahen : Méthode et pratiques de la prospective

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