Réforme des retraites, un retour controversé…

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Samedi 14 novembre au Sénat, la droite a déposé un amendement pour entériner le recul de l’âge légal de départ à la retraite.

On l’avait presque oublié. Parce que la pandémie covid-19 fait de l’ombre à la majeure partie de l’actualité, la réforme des retraites est pourtant revenue au premier plan samedi 14 novembre. Objet de discorde durant la crise des gilets jaunes, au Sénat ce week-end, la droite a déposé un amendement afin de reculer l’âge légal de départ à la retraite mais aussi d’allonger la durée de cotisations. En pleine crise sanitaire, le timing apparaît délicat…

Urgence, urgence, urgence. Selon la droite, la réforme des retraites ne peut plus attendre. Crise covid-19 ou pas. Ainsi, à l’occasion de l’examen du projet de budget de Sécurité sociale au Sénat, un amendement a été déposé pour que soit reculé l’âge légal de départ à la retraite à 63 ans en 2025 et allonger la durée de cotisations, soit passer à 43 annuités dès la génération 1965. Les sénateur·rices de gauche ont voté contre avec 118 voix. Les Républicains, avec l’appui des centristes, ont eux, voté pour avec 200 voix. Deux salles, deux ambiances. Car si l’amendement a provoqué l’indignation de la gauche : « Même le gouvernement a compris la nécessité de rassembler le pays plutôt que de le cliver […] C’est choquant de profiter d’un amendement pour faire revenir par la fenêtre la réforme des retraites […] particulièrement impopulaire », a jugé Laurence Cohen (CRCE à majorité communiste). À droite, la covid ne doit pas empêcher quelconque débat, « même en situation difficile, il faut avoir un discours courageux vis-à-vis des Français·es », a estimé Philippe Mouiller (LR).

Rééquilibrer les régimes de retraite
L’objectif est simple : l’amendement vise à atteindre l’équilibre financier de l’ensemble des régimes de retraite de base en 2030. Et pour cela, « plus on prend des mesures tardivement, plus lourde sera la note », a rapporté René-Paul Savary (LR). Côté chiffres, le déficit pourrait s’élever à 25,4 milliards d’euros en 2020, soit environ 1,1 % du PIB. Et la crise sanitaire n’a rien arrangé, activité partielle, baisses des cotisations versées… le Sars-CoV-2 aurait provoqué un besoin de financement supplémentaire de l’ordre de cinq milliards d’euros par an.

Sur la forme, c’est le calendrier de la réforme qui interroge, après la suspension du projet à la mi-mars, pas vraiment d’échéance certaine à venir. Pourtant, le projet initial prévoyait au 1er décembre 2020 la mise en place de la gouvernance du futur système. Pour janvier 2021, la première revalorisation salariale des enseignant·es, et janvier 2022 la mise en place du nouveau système pour la toute première génération concernée, née en 2004. Le tout était bien mijoté, mais le calendrier semble parti en fumée.

Son fonctionnement ?
Pour celles et ceux qui l’auraient oublié, la réforme des retraites repose sur un système universel par points, comprenez que « chaque euro cotisé donne les mêmes droits », quels que soient votre métier et votre statut. Ce qui signifie aussi la disparition des 42 régimes de retraites actuels au profit d’un seul et unique. Avec un fonctionnement à base de points et moins de trimestres : « Chaque heure travaillée ouvrira droit à des points », lisait-on dans le projet initial. Toutefois, l’intégralité de la carrière devrait être prise en compte et non plus les 25 meilleures années pour les salarié·es du privé et les… six derniers mois pour les fonctionnaires, d’où leurs fortes contestations ! La mise en place d’un âge pivot était aussi à l’étude, soit un âge à partir duquel partir à la retraite par antiipation entraînerait une décote et à l’inverse une surcote, une forme de bonus-malus, donc. Tout en prenant en compte bien sûr les critères de pénibilité comme travailler dans le bruit, la nuit, ou s’astreindre à des tâches répétitives. Entre autres.

Enfin, le rapport initial avançait l’idée d’un minimum retraite fixé à 1 000 euros net par mois. Dès lors que l’on peut attester d’une carrière complète (soit 516 mois dans le projet de loi). Le millier d’euros net mensuel dès 2022, puis 85 % du Smic en 2025. Une mesure qui avantagerait notamment « les travailleur·ses indépendant·es et les exploitant·es agricoles, les principaux·les concerné·es avec le faible montant de leur retraite complémentaire portant leur pension à un niveau global inférieur à celui des salarié·es du privé », pouvait-on lire dans le rapport. Réforme des retraites, acte II. Même si l’amendement a peu de chances de survivre à la navette parlementaire, le débat refait surface… GW.

 

 

 

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