Face à la multiplication des pénuries de médicaments en France, l’UFC-Que Choisir s’inquiète…

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L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) prévoit 2 400 ruptures de stock en 2020 parmi les médicaments dits d’intérêt thérapeutique majeur.

On se souvient toutes et tous de l’esclandre des masques au début de la pandémie covid-19. Mais depuis quelques années, c’est un manque bien plus global qui ronge le pays : les pénuries de médicaments. À travers une étude publiée le lundi 9 novembre, l’association de consommateur·rices UFC-Que Choisir dénonce la multiplication des pénuries de médicaments, qui étaient encore marginales durant les années 2000. L’association pointe aussi du doigt les laboratoires pharmaceutiques et les pouvoirs publics, qui seraient les principaux responsables selon l’UFC-Que Choisir. Et propose une série de mesures.

Le fléau aurait commencé à l’aube de la décennie. En 2010, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a listé environ 132 ruptures de stock parmi les médicaments dits d’intérêt thérapeutique majeur (MITM). Puis, 405 pénuries en 2016, 1 200 en 2019… et jusqu’à 2 400 en 2020, prévoit l’ANSM. Soit six fois plus qu’en 2016. Des pénuries certes, et pourtant le marché mondial du médicament a atteint 1 106 milliards de dollars de chiffres d’affaires en 2019 (environ 977 milliards d’euros), et en croissance de plus de 5 % par rapport à 2019. Bien entendu, le marché américain domine les débats, la première entreprise française, Sanofi, se place à la septième place avec 4 % des parts de marché mondiales.

Des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur
Anesthésiants, anticancéreux, antalgiques, vaccins… la liste des trous d’airs ne cesse de s’allonger. Inquiétant pour l’UFC-Que Choisir puisqu’il s’agit de médicaments pour lesquels « une interruption de traitement peut être susceptible de mettre en jeu le pronostic vital des patient·es », peut-on lire dans l’étude. Ainsi, dans près de 30 % des cas, les industriels renvoient vers un autre médicament alors que « les substitutions peuvent entraîner des effets secondaires plus importants ou nécessiter un temps d’adaptation à la nouvelle posologie, particulièrement pour les patient·es âgé·es », s’alarme l’UFC.

Pire, l’association révèle que dans environ un cas sur cinq (18 %), les laboratoires « ne proposent tout simplement aucune solution de substitution ».

Les laboratoires responsables pour l’UFC
Les « labos » mis en cause. Sur la liste des médicaments signalés en rupture de stock (et en tension d’approvisionnement par l’ANSM au 15 juillet 2020), environ 75 % sont commercialisés depuis plus de 20 ans. Mais un phénomène révolte le président de l’UFC-Que Choisir, Alain Bazot : « On n’a trouvé aucun des médicaments récents vendus à prix d’or. En ces temps de covid, les laboratoires se présentent comme sauveurs de l’humanité, mais ils sont là avant tout pour faire du business », ironise-t-il. Trois quarts des médicaments en situation de pénurie coûtent moins de 25 euros, précise l’étude. Alors stratégie délibérée des labos pharmaceutiques ?

Les pouvoirs publics, eux aussi, n’échappent pas aux critiques. Avec au premier chef la faiblesse des sanctions : « Une seule sanction prononcée en 2017, une en 2018, deux en 2019, uniquement pour défaut d’information, avec amendes de 830 euros et 5 807 euros. Rien de dissuasif. La France ne sanctionne pas la pénurie, elle la gère », souligne le président de l’association. GW.

PS : l’ensemble des recommandations de l’UFC-Que Choisir :

  • L’obligation pour les laboratoires de constituer des stocks suffisants pour répondre aux besoins des usagers du système de santé pour l’ensemble des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur.
  • Le renforcement, dans la loi et dans les faits, des sanctions envers les laboratoires négligents dans leur gestion de l’approvisionnement du marché français.
  • Que, si des relocalisations devaient être entreprises grâce à des financements publics, celles-ci ne concernent que des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM), et prioritairement les plus anciens et concernés par des pénuries récurrentes.
  • Le développement d’une production publique de médicaments, à même d’assurer la fabrication continue de ceux délaissés par les laboratoires.

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