La confiance : ce bien précieux en voie de disparition

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Tribune libre signée Carole Couvert, vice-présidente du Conseil économique, social et environnemental, présidente d’honneur de la CFE-CGC.

Nous nous rappelons tous cette célèbre scène du Livre de la jungle durant laquelle le serpent Kaa essaie d’endormir Mowgli. Sa formule exacte était : « Aie confiance, crois en moi. Que je puisse veiller sur toi. Fais un somme sans méfiance, je suis là, aie confiance… »
À force de promesses non tenues, le lien s’est distendu entre les politiques et les citoyens. Et depuis peu, pour d’autres raisons, entre les syndicats et les citoyens, il suffit de consulter le dernier baromètre du Cevipof.

Le mouvement des gilets jaunes est né d’un ras-le-bol fiscal, d’un sentiment d’injustice mais également d’une défiance dans les corps intermédiaires constitués. La pandémie liée à la covid-19 et plus particulièrement l’épisode des masques (du « n’en portez pas, ça ne sert à rien », à son obligation quelques semaines plus tard en sa qualité de rare arme contre le virus…), tout cela a terminé de distiller la défiance à tous les étages.

Or, pour que notre économie reparte et pour, ensuite, construire la relance à moyen et long terme, la confiance est vitale. Le problème est qu’elle ne se décrète pas, elle se gagne !

Comment reconquérir ce bien si précieux ?
Il est peut-être temps de revenir à des principes de bon sens :

  • Dire les choses simplement, telles qu’elles sont, sans travestir la réalité.
  • Parler des efforts qui vont être nécessaires, des efforts partagés par tous·tes et pas sur une seule catégorie.
  • Demander des efforts aux actionnaires car la donne a changé et les versements de dividendes doivent être revus à la baisse, voire neutralisés un temps. Un temps seulement, afin de poursuivre l’investissement en R&D et la modernisation de l’outil de production des entreprises, pour innover encore et toujours.
  • Redonner des perspectives au travers, notamment, d’un juste partage de la valeur ajoutée ou créée lors du retour à bonne fortune de l’entreprise. C’est important, voire fondamental. Partager la difficulté c’est bien, mais redonner en parallèle des perspectives, par exemple de gain de pouvoir d’achat, c’est mieux. Ce serait un incroyable levier de motivation, de fidélisation et in fine de compétitivité globale pour une entreprise, quelle que soit sa taille, et l’occasion pour le chef d’entreprise de partager sa vision et de fédérer le collectif.

La confiance reviendra sur la base d’un discours honnête, empreint d’humilité. Ce qui nécessite du courage, celui d’aller au contact du plus grand nombre, même si l’inconnu est anxiogène. Juste dire « je ne sais pas », que l’on soit dirigeant ou chef d’entreprise, c’est un début de réponse qui entame le dialogue.

Attention, pas de fausses promesses et encore moins de surpromesses.
Demain est un autre jour et bien malin serait celui ou celle qui se lancerait maintenant dans un pronostic ou dans une prévision. Personne n’a vu arriver cette crise, d’abord sanitaire puis économique, sociale, voire politique. Les prochaines élections sénatoriales puis départementales et régionales, nous donneront une idée de l’état d’esprit des Français·es.

C’est certain, notre sursaut économique passera par une gouvernance renouvelée des entreprises. Il nous faut donc envisager de donner une plus grande place aux salarié·es dans les conseils d’administration.

Essayons de tirer du positif de cette crise dramatique. Cherchons des leaders qui sauront incarner cette confiance renouvelée et partagée par le plus grand nombre. Repensons également nos modèles, tous nos modèles.

Ensemble, retrouvons le chemin de la confiance, pour retrouver le chemin de la croissance !

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