Congé paternité : place à « l’instinct paternel » ?

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En juillet 2021, la durée du congé paternité doublera.

Un grand pa(pa)s en avant. Les pères pourront désormais renforcer le lien avec leur progéniture un peu plus longtemps. Fortement pressentie, la durée du congé paternité s’allongera à partir du 1er juillet 2021. Pour des raisons de bien-être de l’enfant, d’égalité entre les femmes et les hommes et de justice sociale pour rééquilibrer le recours au congé paternité entre les travailleurs aux contrats divers (CDI, CDD, etc.) Une mesure qui donnerait l’occasion à la France de se hisser parmi les pays européens les plus généreux. Reste à mesurer l’impact sur les entreprises et l’emploi.

Encore une fois, la décision émane d’une commission d’expert·es. Non pas le Haut Conseil de la Santé publique cette fois, mais un rapport sur les « 1 000 premiers jours » de l’enfant, remis mardi 22 septembre à Adrien Taquet, secrétaire d’État à l’Enfance et aux Familles. Les expert·es avaient trouvé un point d’accord sur un allongement du congé paternité jusqu’à neuf semaines : il en découlerait alors des « effets positifs sur le développement de l’enfant », souligne le rapport. Le gouvernement ne prévoit pas une mesure si ambitieuse, mais a clairement changé de braquet : un passage de 14 jours (si l’on inclut les trois jours de congés naissance) à 28 jours. Soit un doublement, un vrai changement donc.

Une question de justice sociale…
L’allongement du congé paternité prendra effet le 1er juillet 2021. Non pas sans conséquence pour la Sécurité sociale qui devra dès 2022 (première année où la mesure sera complète) financer le projet  –  via sa branche famille – à hauteur de 500 millions d’euros. Non négligeable, mais nécessaire. Car depuis l’instauration en 2002 du congé paternité, son recours ne s’est en aucun cas emballé. Toujours de l’ordre de 67 %. Avec de fortes disparités selon les conditions de travail.

Le recours au congé paternité serait de 80 % pour les salariés en CDI et de 88 % chez les fonctionnaires. Loin devant les travailleurs qui exercent en CDD (48 %) ou des demandeurs d’emplois (13 %). Autrement dit, on comprend bien que plus le contrat de travail demeure précaire, moins les pères recourent au congé paternité. Le gouvernement souhaite alors qu’une partie de ce congé endosse un caractère obligatoire pour réduire les inégalités : « Pour nous, l’obligation, c’est à la fois un enjeu de protection, mais aussi de justice sociale pour que le congé paternité soit bien accessible à tous, indépendamment de la nature du contrat de travail du deuxième parent », justifie l’Élysée.

… et d’égalité femmes-hommes
L’arrivée d’un enfant va parfois mettre en péril la carrière d’une femme. Avec cet allongement du congé paternité, on se dirige sans doute vers un partage des tâches plus égalitaire entre les femmes et les hommes. Et peut-être casser les stéréotypes, le fameux instinct maternel : « Le fait que dès le début, le papa se penche aussi souvent sur le berceau que la mère va déconstruire les rôles stéréotypés dans la vie quotidienne des couples et renforcer la sécurité affective de l’enfant », et par la même occasion « alléger la charge mentale des mères », explique Marie Donzel, directrice associée au sein du cabinet AlterNego.

On attend l’étude d’impact sur les entreprises et l’effet sur l’emploi (intérimaire ?) du remplacement du papa salarié.

Parmi les pays européens les plus généreux en termes de durée du congé paternité existe un peloton constitué – entre autres – par la Finlande, l’Espagne ou le Portugal. Quand les choses vont dans le bon sens, c’est bien de le rappeler. GW.

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