Usine Bridgestone de Béthune : avenir incertain pour 863 salarié·es

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Depuis l’annonce de la fermeture prochaine de leur site, les ouvriers·ères oscillent entre incertitude et faux espoirs.

En pleine crise sanitaire, les grandes entreprises lancent les grandes manœuvres pour sauvegarder leur activité minorée, au détriment parfois de centaines d’emplois. Les 863 salarié·es de l’usine Bridgestone de Béthune ont appris le 16 septembre la fermeture de leur site par le fabriquant nippon de pneumatiques. Une annonce qui provoque l’ire des politiques de tout bord. À commencer par Xavier Bertrand, un président des Hauts-de-France déjà lancé vers 2022.

Des montagnes russes, voilà ce que subissent les salarié·s Bridgestone à Béthune, dans le Pas-de-Calais (62) depuis l’annonce violente de leurs licenciements, prévus d’ici au deuxième trimestre 2021. Le groupe japonais compte fermer sa seule usine française, une décision justifiée par le fabricant de pneumatique par la conjoncture : « Le projet de cessation totale d’activité est toutefois la seule option qui permettrait de répondre à la surcapacité de production structurelle de Bridgestone et donc de sauvegarder la compétitivité de ses opérations en Europe. » Un coup de massue pour les 863 salarié·s et leurs familles, laissés dans l’incertitude face à l’annonce d’une fermeture sans sauvegarde de leur emploi.

La condamnation unanime du plan de Bridgestone par les responsables politiques de tout bord, du gouvernement et d’ailleurs, a ravivé un mince espoir. Dès le 17 septembre, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, assurait que le gouvernement allait « se battre », ajoutant que la décision  « est révoltante, avec une méthode révoltante et des conséquences révoltantes ». Le ministre souhaite trouver une solution, soit en développant une autre activité avec des pneus autres que ceux produits actuellement, soit en procédant à une réindustrialisation du site pour que les ouvrières et ouvriers disposent d’une solution de repli.

Dénonciation unanime
Le 21 septembre, Élisabeth Borne et Agnès Pannier-Runacher, ministre du Travail et ministre déléguée chargée de l’Industrie, se sont rendues sur le site de Béthune. Pour redonner espoir aux salarié·es menacé·es, les deux ministres ont annoncé, après un échange en visioconférence avec la direction européenne de Bridgestone, que le groupe se dit prêt à ouvrir des « scénarios alternatifs ». Comme l’exprime Stéphane Six, secrétaire du comité social et économique (CES), les élu·es et les responsables politiques font « bloc contre cette décision injuste ». En fin de journée, une déclaration de Laurent Dartoux, président de Bridgestone EMEA (Europe, Afrique et Moyen-Orient) tombe : « Notre priorité est la recherche active et de manière approfondie de projets alternatifs de reconversion du site, avec et sans Bridgestone, et de travailler à la revitalisation du territoire. » En somme, l’incertitude demeure, bordée d’une ouverture toute théorique.

Xavier Bertrand, président de la région des Hauts-de-France, est lui aussi monté au créneau dès l’annonce du plan pour fustiger ce qu’il qualifie d’ « assassinat prémédité ». Celui qui a signé un communiqué commun avec le gouvernement pour dénoncer la brutalité de ces futures suppressions d’emplois souhaite « tout faire pour forcer, je dis bien forcer, Bridgestone à envisager un autre plan industriel ». Pour l’élu régional, qui ne cache plus ses ambitions présidentielles pour 2022, les dirigeants européens du groupe ont « menti » dans leur communiqué.
Ailleurs sur l’échiquier, on dénonce la responsabilité de l’État, à l’instar de François Ruffin, député LFI, qui accuse les gouvernements successifs d’être les « complices » des multinationales comme Bridgestone. De son côté, Yannick Jadot, eurodéputé EELV, regrettait, dans un tweet, le manque de contrôle sur les grandes entreprises : « Le refus de contreparties sociales et environnementales que reproduit le gouvernement avec le plan de relance conduit à l’échec ou à la catastrophe comme à Bridgestone. »

On l’aura compris, les politiques de tout bord dénoncent la décision de Bridgestone dans une rare unanimité de la classe politique. À commencer par le gouvernement et le président des Hauts-de-France. Gare cependant aux faux espoirs et aux promesses non tenues. Les exemples passés incitent à la prudence. Et l’exécutif et le candidat non déclaré à la présidentielle ont tout à perdre en cas de coup d’épée dans l’eau. Le cas Bridgestone devient un repère de la crise sanitaire

Adam Belghiti Alaoui

 

 

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