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Londres veut réviser unilatéralement ses engagements.

Les imbroglios et les impasses du Brexit s’amoncellent. En pleine crise sanitaire, Londres et Bruxelles ont ouvert une huitième session de négociations pour tenter de parvenir à un accord post-Brexit. De son côté, Boris Johnson porte un nouveau texte visant à modifier l’accord déjà négocié, et qui aurait valeur de traité international. Un nouvel écueil qui fait craindre un inévitable double choc pour le Royaume-Uni : pandémie sans précédent + Brexit sans accord.

« Une obligation en vertu du droit international et une condition préalable à tout futur partenariat », voilà comment Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, l’organe exécutif de l’UE, qualifiait l’accord de retrait de l’Union signé entre Bruxelles et Londres. On comprend donc que tout le petit monde des dirigeant.es et des négociateur.trices européen.es ait été désarçonné et que certain.es se soient montré.es outré.es lorsqu’ils.elles ont appris que le Royaume-Uni pourrait contester l’accord signé fin 2019. Si rien n’est sûr, le gouvernement Boris Johnson semble prêt à franchir la ligne rouge. Londres envisagerait un texte de loi qui menacerait les compromis conclus sur le statut de l’Irlande du Nord dans les relations commerciales avec l’UE. Brandon Lewis, secrétaire d’État chargé de l’Irlande du Nord, évoque ainsi l’introduction d’un « filet de sécurité », pour « pouvoir tenir nos engagement vis-à-vis des Nord-Irlandais ». Pour rappel, le Royaume-Uni cherche à tout prix à éviter le retour d’une frontière physique entre République d’Irlande et Irlande du Nord, à la fin de la période transitoire post-Brexit. L’accord sur le protocole irlandais est au cœur des difficiles négociations entre Londres et Bruxelles. Puisque l’Irlande du Nord est une province britannique, la seule frontière terrestre entre le Royaume-Uni et l’UE sera donc sur l’île irlandaise. Outre cette épineuse question, les négociations bloquent sur les futures relations commerciales, notamment sur la question des conditions de concurrence.

Le risque sous-jacent du « no deal »
Oui, le Royaume-Uni a officiellement quitté l’Union européenne, 47 ans après l’avoir intégrée (1973) et quatre ans après un référendum historique et la victoire du « leave », mais la réglementation européenne s’appliquera encore jusque fin décembre. Pour la suite, encore faut-il s’entendre sur les tenants et aboutissants de la future relation. Cette semaine,  s’ouvrait le 8 septembre le huitième round de négociations. Reste notamment à définir un accord sur les modalités de la future coopération commerciale et sécuritaire.

À peine recommencées, les négociations sont déjà houleuses, Brandon Lewis reconnaît lui-même que le projet de loi qui remet en cause certains volets du traité de séparation conclu fin 2019 « viole le droit international d’une manière très spécifique et limitée ». Le texte vise, comme nous l’évoquions, à garantir l’absence de frontière physique entre Irlande et Irlande du Nord, pour éviter des tensions sur l’île. Il s’agit également de limiter les conséquences de l’accord pour l’économie britannique.
Résultat, les futurs ex-partenaires européens sont furieux. Les Vingt-Sept pensaient tenir un accord, les Britanniques font machine arrière. Bluff ou pas, c’est à se demander à quoi joue Boris Johnson. Le Premier ministre britannique tente tant bien que mal de faire pression pour obtenir un deal commercial avec l’Europe le plus favorable possible, il s’expose surtout à un no deal sur ce point si les pays membres ne prennent pas au sérieux sa menace de déchirer l’accord. Cette fois-ci, le désaccord pourrait être définitif, à quelques moins de la fin de la période de transition.

Contre vents et marées, Boris Johnson estime même qu’une sortie brutale serait « une bonne issue », qui offrirait à son pays « la liberté de conclure des accords commerciaux avec tous les pays du monde ». C’est oublier le coût considérable que représenterait un Brexit sans accord, « plus coûteux que la covid-19 » car étalé sur une plus longue période, selon Thomas Sampson, économiste à la London School of Economics. Le gouvernement Theresa May, la prédécesseure de Boris Johnson, avait évalué en fin 2018 le coût d’un no deal : 7,6 % du PIB britannique sur 15 ans. Les conséquences économiques et commerciales tombent déjà : le livre sterling plonge, la devise britannique représentait 1,3 dollar américain et 90 centimes d’euros le 8 septembre. Conséquence, le coût des importations flambe et les exportations rapportent moins. Déjà très meurtrie par la pandémie – le Royaume-Uni est le pays européen le plus endeuillé avec plus de 41 500 morts – les sujets de sa gracieuse majesté n’ont en pas fini avec les mauvaises nouvelles, une crise après l’autre.

Adam Belghiti Alaoui

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