Crise covid : le salaire des cadres, lui aussi, menacé ?

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L’Apec prévoit une baisse de la part variable de la rémunération des cadres en 2020.

Les cadres hermétiques au syndrome Sars-CoV-2 ? pas sûr. Dans son baromètre annuel, l’Association pour l’emploi des cadres (Apec) confirme la hausse globale du salaire des cadres en 2019. Pour cette année – crise covid oblige –, les prévisions se révèlent beaucoup moins flatteuses. Premier élément d’une probable déconvenue, la baisse de la part variable de rémunération. Ou encore une moindre mobilité externe, synonyme de hausse de salaires moins flamboyante. Chiffres clés.

Après deux années d’augmentation, le salaire des cadres du secteur privé confirme sa bonne forme en 2019. L’Apec avance le chiffre d’une rémunération brute annuelle médiane (qui inclut parts fixe et variable) de 50 000 euros. Comprenez que la moitié des cadres a gagné moins de 50 000 euros bruts annuels, l’autre moitié davantage. Malgré quelques inégalités, « à profil identique, les hommes ont perçu un salaire 8 % plus élevé que les femmes », constate l’Apec, pour 2019. Autre source de disparités : la zone géographique. L’année passée, là où les cadres du secteur privé touchaient (en médiane) 54 000 euros bruts annuels en Île-de-France, ce même chiffre plafonnait à 48 000 pour le reste de la France métropolitaine.

Un scénario plus pessimiste en 2020 : la part variable de la rémunération affaiblie
Ah, il nous manquerait presque notre monde d’avant ! Et a fortiori pour les cadres. Qui ne devraient pas être épargné.es pour cette année 2020. Pour rappel, au plus fort de la crise sanitaire, 50 % des salarié.es du privé se trouvaient en chômage partiel. L’activité économique a été bouleversée – chute de 5,7 % du PIB au deuxième trimestre –, la rémunération des cadres ne connaîtra, sans doute pas, ses heures les plus glorieuses cette année : « La crise économique a d’ores et déjà un impact visible sur l’emploi des cadres mais elle aura aussi certainement un impact sur leurs rémunérations », a prévenu le directeur général de l’Apec, Gilles Gateau.

La part variable de la rémunération, constituée notamment de la prime sur objectif ou de la commission sur le chiffre d’affaires risque bien de battre de l’aile. Bien handicapant lorsque l’on sait que plus de 70 % des cadres commerciaux en ont bénéficié en 2019. Mais sans surprise, car la variabilité du salaire s’avère corrélée au degré de performance de l’entreprise. Or, face à une activité en chute libre une grande partie de l’année, beaucoup d’entreprises vont logiquement achever un exercice 2020 en-deça de leurs attentes. D’où des prévisions à la baisse pour la part variable. L’intéressement et la participation devraient aussi en pâtir.

Moins de mobilité externe pour les cadres
Autre volet de l’étude publiée par l’Apec : la mobilité externe. Pour certain.es cadres, changer d’entreprise rime souvent avec hausse du salaire. Une façon d’évoluer plus rapidement. Par exemple, « ces dix dernières années, la part des cadres ayant changé d’entreprise dans l’année fluctuait entre 6 et 9 % », souligne l’Apec. Un taux non négligeable qui a priori chutera en 2020. Qui dit moindre mobilité dit espoir d’un emballement de son salaire plus faible.

Enfin, cette crise sanitaire et économique frappe aussi et surtout les jeunes. Y compris parmi les cadres. Car la fréquence des augmentations individuelles se ferait plus rare en cette année 2020. Et celles et ceux qui en bénéficient le plus, les jeunes. « En 2019, les cadres de moins de 30 ans ayant bénéficié d’une augmentation individuelle ont été augmenté.es de 4,2 % en médiane contre 2 % pour celles et ceux âgé.es de plus de 50 ans », pouvait-on lire dans le baromètre 2020 de la rémunération des cadres. En bref, sale année aussi pour les cadres, de là à remettre en cause la théorie de la segmentation… GW.

N.B : la théorie de la segmentation en économie défend l’idée qu’il existe plusieurs types de marchés du travail. Un marché primaire qui concentrerait les meilleurs postes (CDI, rémunérations attractives, bonnes conditions de travail…) et un marché secondaire plus précaire (CDD, postes non qualifiés, temps partiel…).

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