Semaine de quatre jours : « Ce n’est pas travailler moins, mais arriver reposé.e au travail », estime Laurent de la Clergerie, patron de LDLC

Laurent de la Clergerie

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Chez LDLC, la semaine de quatre jours sera mise en place dès 2021.

Et si nous travaillions quatre jours par semaine ? Pour la société LDLC, spécialisée dans la vente en ligne d’équipements informatiques, les salarié.es inaugureront la suppression d’un jour de labeur hebdomadaire dès 2021. Réduction du temps de travail pour une meilleure productivité. Une journée off supplémentaire histoire, pour les salarié.es, de pleinement se ressourcer. Et a fortiori de bénéficier d’un « vrai » week-end. Entretien avec Laurent de la Clergerie, président de LDLC, dont l’idée de mettre en place la semaine de quatre jours s’inspire d’une décision semblable prise par Microsoft pour sa filiale japonaise.

La semaine de quatre jours débutera en 2021 chez LDLC. Avez-vous consulté vos salarié.es avant de prendre cette décision ?
Pas du tout ! En réalité, 90 % d’entre eux.elles ont accepté sans problème. En revanche, celles et ceux pour qui l’annonce a représenté le plus grand stress furent les managers. Ils.elles travaillent en temps normal largement plus, donc s’ils.elles ont déjà du mal à tout accomplir en 35 ou 39 heures, en 32… Du côté des heures supplémentaires, au-delà de la 32e heure, cela sera comptabilisé comme une heure supplémentaire pour le.la salarié.e. Toutefois, l’État, lui, ne défiscalisera pas sous les 35 heures, puisque notre fonctionnement chez LDLC devient tout à fait spécifique.
Enfin, pour une minorité, les salarié.es pour qui l’entreprise représente un véritable lieu de vie, je leur enlève un jour  de sociabilité, donc peut-être ferai-je des exceptions. Certain.es ont besoin du relationnel du travail pour vivre, ceux.celles-là, comment vont-ils.elles réagir?

En quoi est-ce que travailler quatre jours par semaine va améliorer la productivité des salarié.es, selon vous ?
Moi, j’ai en tête que mes salarié.es travaillent 32 heures, soit 8 heures par jour. Pas plus, ce serait trop long. Bien sûr, j’ai eu des retours. Je pensais effectivement que cette journée allait servir au travail domestique et permettre de faire tout ce qu’on n’a pas le temps de faire pour avoir un vrai week-end derrière. Mais on se rend compte que suivant les personnes, beaucoup voudront prendre cette journée comme une bulle d’air et se recentrer sur soi-même. Cette journée peut aussi très bien servir à réaliser des économies de garde d’enfants ou même lancer d’autres projets. On devrait donner un jour au choix aux salarié.es. Dans l’idéal, nous aimerions éviter un week-end de trois jours et davantage couper la semaine.

Vous avez précisé ne pas vouloir renoncer à la hausse des salaires. Comptez-vous embaucher plus pour compenser la réduction du temps de travail ?
Ce n’est pas tant une notion de travailler moins, mais plus une notion d’arriver reposé.e au travail. Car en soi, je pense que les gens travailleront presque autant à la fin, je ne serai pas perdant. Bien sûr, il y aura des coûts, notamment pour les postes qui demandent des plages spécifiques d’horaires de travail et de la présence en continu. Là, il manquera des heures. D’où ma volonté de combler avec des embauches. Tout dépendra des postes. Pour les postes manuels constants, il faudra que je compense, idem pour la relation clients, donc là effectivement, il y aura des embauches. En revanche, tout ce qui rejoint globalement les postes de cadres – comme les chef.fes de projet –, le besoin d’embaucher sera moins important.

Souhaiteriez-vous que le modèle choisi des quatre jours se généralise dans toutes les entreprises ?
Non, je pense que le concept ne peut s’appliquer partout. Par exemple, pensez à un.e producteur.rice de tomates, s’il.elle devait payer au prix de 35 les 32 heures travaillées, il/elle ne pourrait tout simplement pas assumer, car victime d’une moindre compétitivité.
Donc pour y aller, vers cette semaine de quatre jours, il faut plutôt bien se porter. Nous concernant, ça représente un coût d’un million d’euros pour y parvenir, qui sera compensé par les bienfaits et les retombées. Bien entendu, si nous avions souffert de la crise covid-19, j’aurais reporté la décision sans pour autant l’oublier.

Propos recueillis par Geoffrey Wetzel

N.B : retrouvez le débat sur la semaine de quatre jours dans le numéro 72 d’ÉcoRéseau Business, disponible en kiosques dès le 4 septembre.

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