En pleine crise économique, la foi des dirigeant.es chrétien.nes mise à rude épreuve

Romain Subtil, journaliste chez La Croix L’Hebdo

Pour un.e patron.ne chrétien.ne, il serait encore plus douloureux de licencier.

Les patron.nes chrétien.nes à l’épreuve du Sars-CoV-2. Dans une enquête parue dans La Croix L’Hebdo, deux journalistes – Romain Subtil et Héloïse de Neuville –, ont tenu à donner la parole à ces dirigeant.es d’ordinaire plutôt discret.es. Pourtant, ils.elles représentent un certain nombre de patron.nes français.es : Pierre-André de Chalendar à Saint-Gobain, Emmanuel Faber chez Danone, Gérard Mulliez, fondateur du groupe Auchan, ou encore Élizabeth Ducottet pour Thuasne. Comment ces patron.nes croyant.es vivent-ils.elles cette double identité ? et d’autant plus en période de crise. Entretien avec l’un des auteurs de l’enquête, Romain Subtil, journaliste et croyant assumé.

Durant toute l’enquête, on comprend l’extrême discrétion des patron.nes chrétien.nes en France. Est-ce trop dangereux d’exprimer sa foi aujourd’hui lorsque l’on dirige une entreprise ?
Je pense qu’il en ressort de multiples motivations. Pour beaucoup, leur manière d’être ne tend pas à s’afficher depuis l’Église. La façon de vivre sa chrétienté s’accomplit en toute discrétion. Certain.es patron.nes m’ont concédé qu’afficher publiquement leur religion pourrait freiner leur carrière. Notamment au sein des entreprises publiques ou dans la magistrature. Aujourd’hui, je crois qu’on assiste à une ligne de conduite moyenne où nous sommes toutes et tous incité.es à la prudence dès qu’il s’agit d’afficher nos convictions. A fortiori les chef.fes d’entreprise. Selon moi, plus l’entreprise est importante et exposée, plus les patron.nes se retrouvent conseillé.es par des gens spécialistes de la communication. Or, ces gens-là, plaident pour une extrême discrétion – notamment sur la sphère confessionnelle –, afin de ne heurter aucun pays.

Cette crise que nous traversons se révèle-t-elle plus difficile pour les chef.fes d’entreprise chrétien.nes ? Peut-on licencier « humainement » ?
Bien sûr, cette crise s’avère difficile à appréhender pour tous.toutes les patron.nes. Chrétien.nes ou pas. Puisqu’ils.elles répondent aux mêmes logiques, et notamment celle de la pérennité de l’entreprise. Toutefois, il est vrai que leur foi chrétienne se retrouve mise à rude épreuve. Concernant les licenciements, je crois qu’ils sont plus douloureux pour les patron.nes chrétien.nes qui doivent respecter la dignité de tout homme. Il apparaît plus complexe de prendre la responsabilité de licencier. On fait en sorte que ce type de scénario se déroule « le moins mal » possible. Jusqu’à interroger leur double identité : suis-je patron catho ou catho patron ? En réalité, ces dirigeant.es ne concilient pas les deux identités. Ils.elles ne se considèrent pas comme « patron.nes chétien.nes » et préfèrent fuir l’expression. Toutes.tous refusent de porter cet étendard « catho », il ne s’agit pas d’un parti. Celles et ceux qui portent leur croix comme une bannière relèvent d’une minorité.

À travers vos travaux, on ressent que les patron.nes chrétien.nes ont un rôle à jouer dans le monde économique « violent » d’aujourd’hui…
Il ne faut surtout pas que les « cathos » se restreignent à un champ limité, ce serait prendre le risque d’un parcage, sans prise réelle avec le monde. Et ainsi laisser une forme de violence dans les rapports économiques et sociaux. Un drame à éviter. Les patron.nes chrétien.nes ne doivent pas forcément se diriger vers l’économie sociale et solidaire : on a besoin d’eux.elles dans les secteurs « violents » comme l’aéronautique ou l’automobile pour rendre plus humains ces domaines de l’économie.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris en réalisant cette enquête ?
Je ne pense pas avoir été surpris mais j’ai plutôt plutôt reçu la confirmation de la sérénité dont ces dirigeant.es d’entreprise font preuve. Ils.elles ne se laissent pas noyer dans les inquiétudes. Alors certes, les difficultés actuelles ne semblent pas minorées, mais elles sont mises en rapport avec la fin des temps vers laquelle les croyant.es tendent, à savoir la Réconciliation. En aucun cas ces patron.nes n’apparaissent étranger.ères à ce que nous vivons. Au-delà de cette évidence, ce n’est pas la fin du monde !

Propos recueillis par Geoffrey Wetzel

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