« Socialement, c’est inacceptable de laisser de côté les indépendant.es », estime Hind Elidrissi, porte-parole d’Indépendants.co

Deux millions d’indépendant.es se retrouveraient exclu.es des aides du gouvernement.

Les indépendant.es, grand.es oublié.es de la crise ? Face au syndrome Sars-CoV-2 qui sévit depuis de longs mois en France, trois millions d’indépendant.es ont – eux.elles aussi – vu leur activité fondre comme neige au soleil. Parmi eux.elles, deux tiers se retrouveraient aujourd’hui exclu.es des aides de l’État, constate Hind Elidrissi, porte-parole du syndicat Indépendants.co, fondé en février 2020. Entretien.

Comment les indépendant.es ont vécu ce confinement, j’imagine que l’impact sur leur activité s’est montré violent ?
Clairement. Pas moins de 90 % des indépendant.es ont été durement frappé.es par la crise. Bien sûr, on parle beaucoup dans les médias des grandes entreprises, des PME, mais les indépendant.es eux.elles aussi, ont pâti de ce que nous avons vécu. Et il n’y a pas que les restaurants. D’autres indépendant.es, moins visibles, ont vu leur activité chuter. Je pense à la communication et aux projets informatiques, deux secteurs où nombre de personnes se sont retrouvées du jour au lendemain sans revenu. Certes, un dispositif « fonds de solidarité » a été créé pour tous les indépendant.es pendant les quatre premiers mois de crise. Mais, pour des raisons budgétaires, environ deux millions d’entre eux.elles se retrouvent aujourd’hui exclu.es des aides du gouvernement. Sur le plan global de 100 milliards d’euros, 60 se dirigeront vers l’investissement, le reste servira à une volonté de solidarité. Alors certes, les indépendant.es se voient éligibles au premier volet, mais le second ? Aujourd’hui, le fonds de solidarité se trouve réservé aux secteurs considérés comme les plus touchés, alors que d’après nos observations, tous les secteurs sont très touchés.

Selon vous, n’est-il pas contradictoire pour des indépendant.es, dont l’identité propre insiste sur l’autonomie, de revendiquer une aide étatique ?
Oui, les indépendant.es demeurent autonomes. Quand vous travaillez, vous générez des revenus, mais vous payez aussi… des cotisations sociales et des impôts. Sans évoquer le plan de relance de 100 milliards d’euros, issu d’une dette de l’État français, qu’il va falloir rembourser. Une dette pour laquelle les indépendant.es devront aussi participer. Donc, à l’arrivée, tout le monde va rembourser, d’où l’injustice de dépenser davantage pour les salarié.es. Si, socialement, c’est inacceptable de laisser les salarié.es de côté, il en devrait être de même pour les indépendant.es.

Est-ce que vous êtes optimiste pour la reprise ? Ou pensez-vous que nombre d’indépendant.es vont mettre la clé sous la porte ?
Je suis optimiste pour les indépendant.es qui ont fait preuve de résilience tout au long de la crise. Ils.elles témoignent d’un état d’esprit de rebond, je ne suis pas inquiète sur leur moral. D’ailleurs, j’encourage de potentiels candidat.es à la création d’une entreprise de se lancer. Créer son statut de micro-entrepreneur.euse ne coûte rien : c’est gratuit sur le site de l’État. Que toutes celles et ceux qui regorgent d’idées et de motivation n’hésitent pas ! De plus, je suis convaincue que les projets qui naissent durant une crise se présentent comme les plus solides et prometteurs. Un business qui survit à une crise… survivra à tout. Sans oublier que les recrutements en entreprises sont généralement moins nombreux en période de crise économique.

Propos recueillis par Geoffrey Wetzel

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