Airbus décroche

15 000 suppressions d’emplois, dont 5 000 en France.

L’industrie aéronautique internationale connaît une crise sans précédent. Airbus, géant du secteur et fleuron européen porté aux nues, est dans l’œil du cyclone. Après un mois de réflexion et d’analyse des perspectives du marché aéronautique, la nouvelle redoutée est tombée. Réunie en Conseil économique et social européen (CESE), la direction du groupe a annoncé un plan de restructuration d’ampleur, fondé sur la suppression de postes.

Selon les mots de Guillaume Faury, président d’Airbus, c’est « l’ampleur et la profondeur de la crise due à la covid-19 » qui poussent aujourd’hui l’avionneur à faire le choix fort de la suppression de quelque 15 000 emplois d’ici à l’été 2021, donc 5 000 sur le territoire français. Un plan de restructuration concentré sur le périmètre des avions commerciaux, qui compte près de 90 000 salariés dans le monde. Rapporté à l’ensemble des effectifs d’Airbus (135 000), le plan concerne plus de 11 % des salariés du groupe ! Plus précisément, 14 931 postes seront supprimés, dont 4 952 sur les 49 000 salariés que compte Airbus en France. Sur ces suppressions de postes français, 1 464 appartiennent à la filiale d’aérostructures Stelia Aerospace. Le même sort attend la filière allemande du groupe, avec 5 100 suppressions de postes. Viennent ensuite le Royaume-Uni, 1 700 postes et l’Espagne, 900 postes.

À crise historique, mesures historiques
Une perte d’activité de plus de 40 %, un trafic aérien international cloué sur le tarmac et une perte sèche de 500 millions d’euros au premier trimestre… Airbus est mal en point. Guillaume Faury avait annoncé des décisions « difficiles » et « amères » à venir pour faire face à la crise. Et quelles décisions ! Il s’agit là de la plus grosse réduction d’effectifs et du plus gros plan de restructuration de l’histoire de l’aviateur européen. Le dernier vaste plan de réduction d’effectifs chez Airbus remonte à la crise de 2007, avec le plan « Power 8 » qui avait abouti à 10 000 suppressions de postes. L’américain Boeing, son rival de toujours, avait déjà annoncé 16 000 suppressions de postes en avril. La crise n’épargne personne. Et pour cause, selon les dernières études de marchés commandées par les avionneurs, le trafic aérien ne devrait pas retrouver son niveau d’avant crise avant 2023 au mieux. Airbus n’aura finalement pas pu éviter l’inévitable.

Dès avril, le groupe avait réduit sa production de plus d’un tiers, voici maintenant venu le temps de l’adaptation structurelle des effectifs, jugée inévitable pour retrouver un semblant d’équilibre financier. Pour sauver les meubles, le groupe européen compte bien profiter du nouveau dispositif de chômage partiel de longue durée, qui devrait permettre aux entreprises de l’aéronautique, en vertu de leur appartenance à un secteur particulièrement touché, de bénéficier d’une aide financière de l’État sur deux ans. Car fidèle à sa notion d’entreprise « stratégique », l’État a tenté, mercredi, de démontrer au consortium que les dispositifs d’aide devraient pouvoir « sauver » 2 000 emplois, sur les 5 000 menacés, ce qui n’est pas rien. Mais tout en admettant la pertinence de la déclaration du secrétaire d’État aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, la direction d’Airbus n’a parlé que de 1 500 postes « sauvables ». Tractations d’autant plus essentielles quand il s’agit d’hommes et de femmes passé.es de l’essor fier à l’essorage penaud.

En outre, Airbus ne fait pas figure d’exception dans la filière aéronautique occitane. Dans la foulée de l’annonce du plan de l’avionneur, les sous-traitants et équipementiers aéronautiques de la région lancent aussi leurs plans sociaux. Pour rappel, l’industrie aérospatiale emploie 110 000 salariés en Occitanie.

Adam Belghiti Alaoui

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