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Les buralistes ne décolèrent pas depuis que le gouvernement a annoncé sa volonté d’interdire les sachets de nicotine. Dans une récente tribune dans le Journal du Dimanche (JDD), le président de la Confédération des buralistes, Philippe Coy, dénonce une décision « incompréhensible et injustifiée ». Retour sur les raisons de la colère des buralistes.

Les bureaux de tabac devaient devenir les commerces de référence des produits de nicotine

La colère des buralistes s’inscrit dans une perspective plus large que celle de l’interdiction potentielle des sachets de nicotine. L’ancienne ministre de la Santé, Geneviève Darrieussecq avait en effet annoncé en décembre vouloir en matière de produits nicotiniques « tout interdire, sauf le vapotage ». Ces derniers jours, c’est sa remplaçante, Catherine Vautrin, qui a assimilé les sachets de nicotine à une « porte d’entrée vers les drogues dures ». Des positions qui tranchent avec celle de leurs prédécesseurs, qui auraient donné des garanties aux buralistes pour leur octroyer la commercialisation de différents substituts à la cigarette et leur permettre de trouver de nouveaux débouchés dans un contexte d’effondrement des ventes de tabac. « Depuis des années et avec l’assentiment des exécutifs successifs, le réseau des buralistes porte le projet de devenir le commerce de référence de la vente de produits nicotinés. Deux ministres successifs nous ont promis cet avenir. Plusieurs propositions de loi avaient été déposées, preuve que ce sujet trouvait un écho politique, transpartisan de surcroît », s’est indigné M. Coy dans sa tribune au JDD. Pour le patron du syndicat des buralistes, c’est la survie des 23 000 bureaux de tabac de l’Hexagone qui est en jeu.

Pris de court par les annonces du gouvernement sur les sachets de nicotine, les buralistes regrettent l’absence de concertation et « une volte-face absurde » par rapport aux promesses d’une réglementation stricte de la commercialisation des substituts à base de nicotine. Ils considèrent qu’ils sont idéalement positionnés pour garantir une commercialisation de produits sécurisés, légaux, et à destination exclusive des consommateurs majeurs. En filigrane, ils dénoncent les risques d’explosion d’un marché noir des sachets de nicotine, dont la composition ne sera pas contrôlée par les autorités sanitaires et la vente ouverte aux mineurs.

Sachets de nicotine : un contexte réglementaire en pleine évolution

Les sachets de nicotine, également appelés « pouches », sont des produits à usage oral contenant de la nicotine mais dépourvus de tabac. Leurs promoteurs affirment qu’il s’agit d’une méthode complémentaire potentiellement efficace pour le sevrage tabagique de certains fumeurs. A l’instar du gouvernement français, d’autres voix s’inquiètent au contraire de leur consommation par des mineurs.

Avant l’annonce du gouvernement sur une future interdiction, le statut juridique des sachets de nicotine demeurait ambigu en France, à la différence d’autres pays européens comme la Suède ou le Royaume-Uni, où ces produits sont réglementés et accessibles aux adultes, et où les autorités estiment qu’ils peuvent jouer un rôle positif dans la lutte contre le tabagisme. Outre-Atlantique, la FDA américaine a autorisé la commercialisation de 20 sachets de nicotine ZYN, jugeant que ces produits répondaient à la norme de santé publique prévue par la loi de 2009 sur le contrôle du tabac dans la famille et prenant en compte leurs avantages et risques pour l’ensemble de la population. L’évaluation a montré que les sachets de nicotine contiennent beaucoup moins de composants chimiques nocifs que les cigarettes ou d’autres produits du tabac, comme le tabac à priser ou le snus. Ils présentent ainsi un risque réduit de cancer et d’autres problèmes de santé graves.

Malgré la croissance des ventes aux USA (358 millions de boîtes vendues en 2023), l’utilisation des sachets par les jeunes reste faible : selon une enquête de 2024, seulement 1,8 % des collégiens et lycéens américains en consomment. La FDA a toutefois imposé des restrictions strictes sur le marketing pour éviter d’attirer les mineurs et a demandé une surveillance post-commercialisation.

De leur côté, les buralistes mettent en avant le fait que plusieurs études internationales indiquent que ces produits, à l’instar des substituts nicotiniques ou du vapotage, permettent de réduire l’exposition aux substances toxiques issues de la cigarette et qu’ils ne sont pas particulièrement attrayants pour les jeunes. « Toutes les enquêtes réalisées sur le sujet montrent que 99 % des moins de 18 ans n’ont jamais consommé de sachets de nicotine. La pseudo-explosion d’appels aux centres antipoisons repose en réalité sur 16 appels depuis 2017. Soit 0,0001 % des appels totaux ! », regrette Philippe Coy.

Une décision qui fragilise le dialogue avec les buralistes

Pour les buralistes, cette interdiction constitue un nouveau coup dur après les hausses de taxes écrasantes appliquées aux produits du tabac depuis des décennies et en particulier ces dernières années, ainsi que les restrictions croissantes sur la vente de certains produits. Philippe Coy regrette le manque de dialogue avec le gouvernement. « Cette séquence est catastrophique, tant pour le dialogue transparent que tout corps intermédiaire devrait pouvoir entretenir avec les pouvoirs publics, mais aussi pour le crédit de la parole de l’État et sa capacité à prendre des décisions fondées et éclairées. »

Alors que le gouvernement prône une politique de santé publique ambitieuse, les buralistes dénoncent une absence de pragmatisme et de réalisme. Ils s’inquiètent également pour l’avenir de leur profession, alors qu’ils sont dans de nombreuses régions des acteurs de proximité. A l’image de la tribune de Philippe Coy, les buralistes veulent peser dans le débat public et plaident pour une réglementation plus équilibrée plutôt qu’une interdiction pure et simple. Une approche inspirée des modèles suédois ou britanniques qui viserait selon eux à permettre un encadrement rigoureux de la vente, notamment via une limitation aux adultes et une restriction du marketing sans favoriser le marché noir.

 

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