« Nous sommes avant tout des entrepreneurs souhaitant faire bouger les lignes de l’éducation » par Michel-Edouard Leclerc

Il y a trois mois, j’ai pris la présidence de NEOMA Business School. Un choix qui semble surprendre. D’ailleurs, nous ne sommes que deux distributeurs, avec mon confrère Philippe Houzé, président du directoire du groupe Galeries Lafayette et à la tête de l’ESCP Europe, à jouer ce rôle dans le paysage des écoles de commerce françaises. Pourtant, ces écoles n’ont-elles pas été créées pour former les acteurs du commerce et de l’économie ? Depuis le changement d’appellation du label historique « Ecole de commerce » en « Ecole de Management » ou « Business School », on tend à l’oublier et à voir la mission comme plus technique. Ce fut donc une motivation supplémentaire de saisir cette occasion pour revenir aux fondamentaux et partager mon expérience avec les étudiants.

La distribution et l’enseignement supérieur sont deux secteurs très concurrentiels qui connaissent des mutations profondes. La distribution est un véritable observatoire de la société et de ses évolutions. Quant à l’éducation, elle a la mission de former les managers de demain qui devront s’adapter à ces changements perpétuels. Ces deux secteurs peuvent donc se nourrir l’un de l’autre. Il a fallu, et il faut toujours, nous adapter à la digitalisation, à l’arrivée des réseaux sociaux, aux nouveaux comportements des consommateurs et de la jeune génération. De nouveaux acteurs arrivent dans nos secteurs, à l’instar des GAFA*, qui se proposent de changer les règles. A nous d’être innovants et proactifs et de faire évoluer les modes de distribution comme d’enseignement.

Être dirigeant, c’est se remettre constamment en question pour faire évoluer son entreprise en fonction des besoins et des attentes de la société. De notre côté par exemple, au sein des centres Leclerc, nous avons su détecter les opportunités et développer de nouveaux marchés pour les rendre plus accessibles comme les bijoux, les parapharmacies, les voyages, la culture… Nous sommes des patrons, mais nous sommes avant tout des entrepreneurs et nous avons donc beaucoup à partager avec le corps professoral et les étudiants. Nous souhaitons faire bouger les lignes de l’éducation pour porter haut certaines valeurs qui nous semblent fondamentales.

Tout d’abord, il faut replacer l’humain au cœur des stratégies. L’enseignement supérieur a un rôle primordial à jouer pour apprendre aux futurs dirigeants à faire preuve d’empathie, à devenir des leaders bienveillants capables de valoriser la performance collective, à s’adapter aux attentes de leurs clients. L’école doit préparer ses étudiants aux nouvelles approches de management et de leadership.

Une autre qualité attendue chez les étudiants, c’est la curiosité. Il faut se lancer, tester, croire en soi. L’enseignement est en train d’évoluer à ce sujet. Toutes les écoles proposent aujourd’hui des cours d’entrepreneuriat et développent leurs propres incubateurs. C’est une vraie révolution et c’est exaltant. Notre rôle est de les aider à aller encore plus loin en partageant nos visions de l’innovation, en leur faisant profiter de nos relations, en allant chercher de nouveaux partenaires entreprises. En outre, dans les carrières d’aujourd’hui, on doit s’adapter et évoluer tout au long de sa vie. L’école doit proposer aux étudiants de nouvelles façons d’apprendre, de trier l’information, de travailler et de créer collectivement.

Enfin, il est essentiel de s’ouvrir sur le monde. L’enseignement supérieur français, surtout dans les écoles de management, est déjà très international, mais il doit encore renforcer cette dimension. NEOMA Business School a fait le choix des partenariats académiques avec de grandes institutions implantées dans chaque pays. En Chine, nous allons créer un campus joint avec l’Université de Nankai. Nous poussons nos étudiants à s’immerger dans d’autres cultures et d’autres approches pédagogiques et économiques.

L’humain, la curiosité, l’ouverture sur le monde : trois points essentiels qui vont permettre aux étudiants de s’épanouir dans leur formation et de renforcer leur employabilité. Car c’est bien là mon objectif premier en tant que président : mettre ma vision au service de la stratégie de l’école pour accompagner les étudiants à se réaliser, à trouver leur premier emploi puis à évoluer dans leur carrière.

J’ai conscience d’avoir un rôle important à jouer en tant que président d’école. Cependant, n’oublions pas que la réciproque est vraie : les professeurs et les étudiants ont également beaucoup à m’apporter ! Je me plais à dire que je retourne à l’école grâce à cette nouvelle fonction. C’est très stimulant de rencontrer la jeune génération et d’interagir directement avec elle, tout comme d’échanger avec les professeurs et les équipes de l’école. n

*les géants du Web, notamment Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft

 

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