La relance de l’économie ? Une « course contre la montre », estime Geoffroy Roux de Bézieux

Le président du Medef dresse le portrait de la situation économique post-covid : PGE, plan de relance et monde d’après.

Il se considère comme le porte-parole des patrons français. Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef depuis 2018, était l’invité mardi 30 juin d’un déjeuner-débat dont l’intitulé La crise a-t-elle changé le rapport du politique à l’entreprise ? campe une question essentielle. Un événement concocté par Éthic, une organisation patronale présidée par Sophie de Menthon, figure emblématique de la promotion de l’entreprise privée. Face à la crise sanitaire que nous traversons, jumelée à une crise économique, Geoffroy Roux de Bézieux a passé au peigne fin le caractère inédit de la crise covid, le plan de relance, et le monde d’après. Séance de rattrapage.

Une crise pas comme les autres. Une crise « sans précédent » pour le FMI. Les qualificatifs ne manquent pas. Geoffroy Roux de Bézieux, lui, évoque la dimension inédite du fléau covid-19 qui s’est abattu sur le globe il y a quelques mois. « Traditionnellement, les crises du capitalisme constituent des excès de spéculation dans un lieu géographique ou un secteur précis. Là, les pouvoirs publics ont décidé de ralentir, voire d’arrêter volontairement l’économie », a rappelé le président du Medef. Une fameuse crise exogène qui ne remet pas en cause les mécanismes de marché. Les entrepreneur.euses, les actionnaires et les salarié.es ne relèvent d’aucune responsabilité. Mais ils.elles paieront les conséquences économiques, difficiles à estimer pour le moment.

Les PGE sont allés au bon endroit
Une des principales bouées de sauvetage pour les entreprises, les prêts garantis par l’État, reste une exception de l’État-Providence français. Si l’on a tendance à se focaliser sur les très grandes entreprises comme Renault ou Air France KLM, bénéficiaires sans délais de ces prêts garantis, le succès de ce plan de soutien est allé bien au-delà. Geoffroy Roux de Bézieux avance que pas moins de « 520 000 entreprises ont obtenu un PGE », pour un « montant moyen de 170 000 euros ». Bien loin des cinq milliards versés au Losange.

C’est dans ce sens qu’il estime que « l’argent est bien allé là où il fallait qu’il aille ». Les prêts ont évité des faillites, au point d’aboutir à un étonnant paradoxe : « Le nombre de faillites au mois de mai 2020 se révèle inférieur au nombre de faillites au mois de mai 2019 », a souligné Geoffroy Roux de Bézieux. Une mesure a priori efficace, mais qui ne pourra s’éterniser. Il faut progressivement se passer de cet interventionnisme d’État et faire en sorte que « l’argent privé remplace l’argent public », plaide l’ancien de l’Oréal.

« Les investissements d’aujourd’hui représentent les profits de demain »
L’État ne doit pas perdre une seule seconde. Il doit relancer la machine économique. D’ailleurs, selon notre interlocuteur, « pour l’État, investir maintenant dans l’économie et dans les entreprises, c’est vraiment le meilleur investissement qu’il puisse faire ». Nous sommes entré.es dans une véritable « course contre la montre » où « chaque jour qui passe est un jour perdu », a illustré le porte-parole des patrons. Il s’agit de retrouver ce lien profond entre économie et confiance, condition sine qua non pour que l’argent circule. La prise en charge des salaires par l’État sous la houlette du chômage partiel devrait progressivement se réduire, avec un reste à charge plus élevé dès le 1er octobre. « Il faut que certains de mes collègues entrepreneurs sortent de cette situation où le chômage partiel apparaît comme une forme de confort », n’a-t-il pas hésité à tacler.

D’autant qu’à ses yeux, le plan de relance français se montre trop « complexe ». Après le mille-feuille administratif, celui des plans de relance sectoriels. Là où l’Allemagne a fait preuve de davantage de clarté en annonçant 125 milliards d’euros, d’un coup, la multiplication des plans de relance sectoriels a fait perdre de la visibilité et de la puissance à notre relance même, analyse-t-il. Plan aérien, plan auto, plan tourisme… la liste s’allonge.

D’autant que Roux de Bézieux ne voit pas dans les investissements de l’État français une relance démesurée : « Quand on regarde le compte de ce qui a été décaissé, ça reste assez raisonnable », surtout au regard d’autres pays comme les États-Unis. Traditionnellement, de l’autre côté de l’Atlantique, les chômeur.euses demeurent très peu – voire pas du tout – indemnisé.es, mais avec la crise sanitaire, « certain.es vont toucher, parfois, plus en ne travaillant pas qu’en travaillant », a-t-il révélé. Un réel tabou dans l’hexagone.

Et le monde d’après dans tout ça ?
Sceptique sur certains points. Geoffroy Roux de Bézieux s’inquiète quelque peu – bien qu’il ait été fort utile pendant le confinement – du télétravail. Il voit en sa généralisation « un danger pour le lien social ». Le télétravail ne doit pas devenir une norme, même s’il est apparu comme un progrès durant la crise sanitaire.

Symbole de demain encore, la Convention citoyenne où 150 membres – tiré.es au sort – ont été reçu.es à l’Élysée pour discuter de plus d’une centaine de propositions en faveur du climat. Quasi toutes ont été acceptées. Une page se tourne, vraiment ? Pour le Medef, cette Convention citoyenne se lance le défi de parvenir à « concilier la liberté d’entreprendre et la volonté collective de nos concitoyen.nes d’une transition énergétique et environnementale accélérée ». C’est le débat d’aujourd’hui. Résoudre la schizophrénie des citoyen.nes consommateur.rices, partagé.es entre désir de transition énergétique et incompréhension d’une inflation « made in France ».

Enfin, l’invité d’Ethic se montre particulièrement confiant en l’avenir. Il s’appuie sur l’une des forces de cette crise : le dialogue social. « Il y a eu une très forte densité du dialogue social, notamment dans les entreprises avec presque 6 000 accords d’entreprises entre syndicats et la direction », s’est-il félicité. Conscient de la force des autoprophéties en économie, le successeur de Pierre Gattaz se doit d’insuffler la confiance. « Un optimisme de volonté. »

Geoffrey Wetzel

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