Nouveau budget britannique : vers la stagnation

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Une tribune signée Michael Ben-Gad, professeur en économie à la City, University of London.

Michael Ben-Gad, professeur en économie à la City, University of London.

TRIBUNE. Après le chaotique épisode Truss, le nouveau gouvernement britannique tente de ramener le calme sur les marchés en présentant un budget d’allure austéritaire. Suffisant pour rétablir la confiance ?

Le Royaume-Uni est en grande partie gouverné par des diplômés en philosophie, en politique et en économie, y compris l’actuel Premier ministre, son prédécesseur et le chancelier en poste.

Comme le démontrent les budgets successifs, nous pouvons toujours compter sur les leçons apprises dans les cours de politique pour être mises en œuvre de manière fiable. Dans les cours d’économie seulement in extremis (lorsque l’argent vient à manquer) et dans les cours de philosophie, jamais.

Assumer le sérieux budgétaire

Commençons par l’économie. L’effondrement qui a immédiatement suivi le « mini-budget » a démontré qu’alors que la Grande-Bretagne s’est précipitée de crise en crise. Le tout en accumulant à chaque fois encore plus de dettes, ses créanciers ont finalement atteint les limites de leur patience.

Si la plupart d’entre eux ont blâmé les réductions d’impôts, l’introduction du plafonnement des prix de l’énergie a été au moins aussi dommageable. Le chancelier aurait dû aller plus loin. En ce qui concerne la taxation des biens, l’augmentation de la taxe d’habitation est une autre bonne politique.

Le déficit sera à 7,1 %

L’assainissement budgétaire sera-t-il suffisant pour convaincre les marchés financiers ? Le déficit sera de 7,1 % du PIB en 2022-23. La plupart des réductions de dépenses prévues dans le cadre de l’assainissement budgétaire de 55 milliards de livres vont être reportées après les prochaines élections.

Cela crée un problème familier en macroéconomie appelé « incohérence dynamique ». Les politiques qui sont politiquement désagréables aujourd’hui ne sont jamais mises en œuvre, parce qu’elles sont tout aussi désagréables demain.

J’ai critiqué les affirmations de Truss et Kwarteng concernant l’autofinancement des réductions d’impôts. Pourtant, l’accent qu’ils ont mis sur la croissance, plutôt que sur la distribution, n’était pas injustifié.

Premièrement, nous devons nous débarrasser du mythe selon lequel le Royaume-Uni est la cinquième économie la plus riche du monde. Elle est, pour l’instant, la cinquième plus grande. Mais sur une base par habitant, la seule comparaison qui ait un sens, elle se classe 24ème sur la liste des 40 économies développées du FMI.

Le revenu d’un habitant de Taïwan supérieur à 24,4 % à celui d’un Britannique

En termes de parité de pouvoir d’achat, l’Américain moyen bénéficie d’un revenu supérieur de 34,6 %. Les Néerlandais et les Belges ont un pouvoir d’achat supérieur de 24,8 % et 11,1 %. Les Allemands bénéficient de revenus supérieurs de 14,3 % à ceux du Royaume-Uni. En 1980, le revenu par habitant à Taïwan ne représentait qu’un tiers de celui du Royaume-Uni ; aujourd’hui, il est supérieur de 24,4 %.

Un débat philosophique sur le rôle de l’État

En ce qui concerne la philosophie, ce budget n’aborde pas la question plus fondamentale des fonctions qui devraient être assurées par l’État. Il en va de même de celles qu’il vaut mieux reléguer à la société civile ou laisser à la responsabilité de chaque citoyen.

Si, en temps de paix, une charge fiscale de 37,5 % du PIB d’ici 2024-25 est compatible avec le concept de société libérale libre des Tories, de combien sera-t-elle augmentée lorsque, comme nous l’attendons, ils seront remplacés dans deux ans par les travaillistes ?

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