Il faut croire que les jardins d’Éden ne nous ont jamais autant manqué… Depuis maintenant une dizaine d’années, se trame une collaboration très étroite entre les économies d’aujourd’hui et le futur de nos perceptions sociales et sensorielles. « Oculus Rift », ça vous dit quelque chose? Imaginez-vous assistant à un match comme si vous étiez dans les gradins, participant à un cours magistral à la fac face aux professeurs les plus brillants toutes générations confondues, ou partageant un thé sous une yourte mongole, simplement en mettant des lunettes… de réalité virtuelle ! Futur marché du siècle, elles rentreront bientôt dans nos foyers tout aussi naturellement que le micro-ondes il fut un temps, (devenu à l’époque la nouvelle télé devant laquelle on ne pouvait décrocher), l’ordinateur portable ou la box internet. Et si les investisseurs misent à peu près tous leurs kopecks sur cette nouvelle technologie (Facebook en tête depuis 2012) c’est que la virtualisation de notre monde est bel et bien en train de devenir une norme vers laquelle nous courons tous comme une sorte de nouvel eldorado. Mais peut-elle réellement remplacer nos modes de vie dans toutes les phases de notre existence ? Culturelle, professionnelle, amicale, amoureuse… sexuelle… ? Ces derniers mois nous ont évidemment fait passer à une étape supérieure. Culturellement parlant, les scènes de théâtre se sont transformées en studios fond vert de 3m² entre le lavabo et la baignoire, permettant aux pauvres diables en manque d’applaudissements de continuer à lever leur rideau (de douche) autant que faire se peut. Les humoristes de tous bords se sont alors mis à créer dans la solitude et le silence, sans même s’apercevoir si leurs trouvailles provoquaient quelconque réaction auprès d’un public qu’ils ne voyaient même pas. Et ils s’y sont quasiment tous jetés à corps perdus, nous laissant face à un gloubiboulga inégal de tout ce qui pouvait se faire de bon, comme de moins bon… Peut-on imaginer qu’Instagram puisse remplacer de vraies planches qui craquent ? Et surtout : comment faire sans le trac ? Louis Jouvet disait que celui-ci venait avec le talent, force est de constater que sans lui, certains ont malheureusement perdu leur aptitudes quasi-divines… Professionnellement parlant, la distanciation sociale a également pris le pas sur nos habitudes. Les gens sont très bien chez eux, leurs collègues de travail et leurs habituelles rengaines ne leur ont pas vraiment manqué ! Il faut aussi se rendre compte qu’enfiler un peignoir, garder une barbe de trois jours et faire des économies de produits de beauté, ça a ses avantages ! Ce dernier point est effarant : effondrement des ventes de 53 % pour l’eau de toilette et le parfum. -26% pour le dentifrice et -43% pour les brosses à dents. Même chose pour le déodorant qui dégringole de près de 45%… On ne peut plus dire que les interactions sociales manquent aux employé·es de bureau, c’est une hypocrisie totale que nous observons depuis le début de l’enfermement ! Si l’on parle à présent d’amour, c’est peut être déjà un sujet éculé. Le tout premier site de rencontres date de 1995, et les « bébés claviers » foisonnent déjà aux maternités depuis bien longtemps. En revanche, en termes de sexualité… On en revient ici à notre fameuse paire de lunettes ! Il est donc possible aujourd’hui en trois clics d’être immergé au cœur d’une relation sexuelle, alors même qu’on est solo dans son salon. Même le plus vieux métier du monde a du souci à se faire… C’est dire ! Dans un sens, on peut y trouver du positif, et la « SexTech » questionne des problématiques élémentaires : notre corps, notre genre, notre couple, nos attirances, notre orientation. Mais ne risque-t-elle pas, après nous avoir permis de nous découvrir et de nous comprendre nous même, de ne plus avoir envie d’explorer l’autre ? Ces mondes virtuels deviennent irrémédiablement des mondes fantasmés, pour nous-mêmes, dans lesquels les autres individus faits de chair et d’os deviennent quasiment obsolètes. Solitude. Et nous nous mettons à compter les points : les risques dans tout cela ? La virtualisation nous fait presque redouter de revenir au monde réel… Sans doute par manque de courage, du fait de l’installation de nouvelles habitudes, et cela en très peu de temps. Pourquoi les salles de spectacles ne se remplissent plus autant qu’avant ? En étant vent debout pour leurs réouvertures, le public aurait-il simplement voulu se faire passer pour intellectuel ? « On est quand même bien mieux à la maison, c’est moins cher, et il y a des nouveautés sur Netflix. » Les rames de métro ne se remplissent aussi sûrement que mollement aux heures de pointe car les employeur·ses ont bien compris qu’ils faisaient des économies en parquant les bosseur·ses chez eux·elles ! Le plaisir et les relations humaines ont donc bien changé et ce n’est que le début. On attend avec impatience qu’Afflelou nous propose « Oculus Rift » en Tchin Tchin ! 1 euro la deuxième paire, madame et monsieur pourront enfin dîner chacun de leur côté, sans avoir à se supporter outre mesure…

Mathieu Wilhelm

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