Gafam, grosse gaffe ?

Mais où sont-ils ? « Mais qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes » numériques ? Plusieurs fois, ici, nous avons fustigé ceux qui dirigeaient nos peurs. Aujourd’hui, l’ennemi change de camp. Qu’avons-nous le droit de faire ? Qu’avons-nous le droit de cacher et surtout que pouvons-nous encore montrer ? Car si l’on nous encourageait, à une certaine époque, à déballer nos vies, il faut bien croire qu’aujourd’hui nous devons nous en créer de nouvelles, quitte à ce qu’elles soient illusoires pour bien rentrer dans le moule. Celui de la néobienpensance, néo mais déjà bien installée.

Attention, s’attribuer des louanges cache bien souvent quelque chose de bien moins honorifique… À force de nous répéter que nous sommes en « guerre », nous avons bien l’impression que le monde du numérique a, pour le coup, pris ses dispositions. Ou du moins les méthodes sont les mêmes, et les géants du Net sont en train, comme les régimes sombres d’un autre âge, de contrôler les populations. Comment ? En répartissant, à leur guise, certains articles. En attribuant, à leur convenance, les contenus qui, selon eux, correspondent à untel ou untel. À diffuser, à filtrer ou à stopper la substance qui leur paraît bonne ou moins bonne. Propagande n’est sûrement pas un mot trop fort. Il est dur à entendre car son souvenir fait froid dans le dos, mais sa définition colle tout à fait à notre actualité : « Action exercée sur l’opinion pour lui faire accepter certaines idées ou doctrines. » Et la censure à laquelle nous assistons fait partie intégrante du concept. Celle qui consiste à supprimer les informations qui n’iraient pas dans le sens de leurs communes envies. Déshumaniser l’ennemi ! Lorsque l’on voit aujourd’hui que notre identité passe avant tout par les réseaux sociaux, quel meilleur moyen de couper notre attachement au monde que de sectionner cela même qui nous y lie : un compte Twitter ? Car ce sont véritablement ce que ces plates-formes sont devenues : nos personnalités ! Et même pour certains, de nos tristes jours, les seules et ultimes fenêtres qui leur permettent de s’exprimer devant tous. Alors oui, il sera toujours possible de tomber par hasard sur des vidéos qui nous montrent à longueur de journée les atrocités commises par des groupuscules d’on ne sait où sur la planète. Oui, il sera encore possible d’assister, nos mains cachant in extremis nos yeux malhabiles, à des spectacles d’atroce maltraitance animale. Mais ne vous inquiétez pas, un « président » américain amer, aigri, incohérent, et de toute façon se rendant, sans l’aide de quiconque, ridicule, ça, ça se supprime !

Et c’est le retour de « l’œuf ou la poule » : est-ce le monde qui a créé les médias ou les médias qui tentent de recréer le monde ? Car que le « Monsieur orange en cravate rouge » Trump ne s’inquiète pas, il n’est pas le seul à être victime du courroux des grands manitous ! Le vrai problème ? Le lissage de l’information et des idées pour se retrouver autour d’un même idéal qui n’aura même pas été concocté par les premiers concernés : ceux qui seront amenés à le vivre… Et à force de toute puissance, ils iront jusqu’à donner des idées à certains…

Une polémique en amène une autre, certes à plus petite échelle, et Xavier Gorce en a fait les frais : dix-sept ans de bons et loyaux services à la satire, dix-sept années à être nécessaire, anéanties car la liberté d’expression a pris aujourd’hui une tout autre tournure : « L’obligation d’adaptation » ! Et la principale erreur du journal Le Monde a été de s’attacher à la perception que l’on aurait pu avoir d’un dessin et d’en oublier totalement le message initial. Qu’ils se sentent bienheureux, ces pingouins vont sans doute gagner leur place à la droite du père, et Charlie les accueillera, espérons-le, à bras ouverts ! Ah ? Plantu décide de mettre fin à sa collaboration avec le quotidien ? Au 31 mars ? Selon ses dires, aucun rapport avec l’affaire, mais dans le timing, ça illustre tout de même l’idée que lorsque la peur de la censure pointe le bout de son nez, cela nous pousse à la pratiquer sur nous-même, ne serait-ce que par prévention ou par amour propre. La petite souris va donc quitter le navire…

Si les médias ont pu, à un moment donné, être enrôlés par les grandes puissances industrielles, le renversement de situation est absolument inévitable ! Le pouvoir change de camp, et le monde se construira désormais non pas avec eux, mais pour et grâce à eux ! Conceptualisé à leur image. S’ils ont été hier étroitement liés, à leur insu, aux totalitarismes, ce sont eux, aujourd’hui et demain, qui nous prendront sous leur joug, et qui nous feront inexorablement tendre l’autre…

Mathieu Wilhelm

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