Le grand bouc émissaire

Qu’il est simple d’en accuser un seul de tous les maux. Qu’il est aisé d’avoir dans son collimateur celui qui expiera les vrais fautifs de tous leurs péchés. Celui. celle que tout le monde s’est mis à matraquer, (l’) Amazon(e), à qui l’on voudrait couper davantage qu’un sein, pour l’empêcher de galoper encore, et toujours plus vite. La plate-forme de Jeff Bezos est évidemment devenue la cible. Celle de tout défenseur d’une égalité qui a cessé, il est vrai, d’exister le temps de misérables semaines. Et un bouc émissaire en remplace toujours un autre. Trouvez un nouvel adversaire pour que le courroux ne se fige plus sur vous ! Qu’il est bon d’identifier une nouvelle ligne de mire, surtout pour celui qui, auparavant, se prenait les coups. Ramdam médiatique pour tenter, sans grand succès, de mettre des bâtons dans les roues de l’ennemi déclaré et qui ne s’avèrent être, pour lui, que de minuscules brins de paille dans sa mécanique déjà bien huilée. Changement de souffre-douleur : ce n’est plus aujourd’hui le journaliste reporter d’images (JRI) qui doit changer sa bonnette de micro pour ne pas se faire reconnaître par quelque « gilet jaune » dans les rues de Paris, non, ce n’est plus lui. C’est maintenant au tour du livreur du mastodonte de devoir changer son veston, griffé « assassin du petit commerce », pour éviter le croc-en-jambe du magasinier frustré. Et le cheminement de la haine, qu’il ait été dirigé à l’encontre des médias, de la presse ou bien envers Amazon, est finalement exactement le même ! Considérées longtemps comme le quatrième pouvoir, la presse d’information et les chaînes d’infos en continu n’ont bien évidemment pas toujours eu cette mauvaise réputation auprès de la classe moyenne. Elle leur faisait même une confiance quasi aveugle !

Amazon n’a pas tué les libraires !

Problème. Idem pour le géant du Net : il a, à une époque, été plébiscité, telle une révolution absolument géniale pour qui, derrière son écran, n’avait pas à sortir de chez lui pour s’offrir sa console favorite ! Car oui, si Amazon a, selon certains, tué les librairies indépendantes, asseyons-nous deux minutes, et rendons-nous compte que les reliures ne représentent en 2020 que 4,5 % de son chiffre d’affaires total (contre 5 % en 2019). Et il est assuré que ceux qui l’ont cloué au pilori car il ôtait le pain de la bouche des libraires de quartier, continueront pour autant à ne pas ouvrir de livres tout le reste de l’année ! « Victor Hugo ? L’avenue dans le 16e ? » Bouc émissaire. Bouc émissaire car planqué de la misère ! Autre parallèle : même si le journaliste fait bien son travail, il est souvent regardé comme serviteur souterrain des seules « élites ». Et force est de constater que derrière la machine infernale de la vente à distance, se cachent de véritables success stories, enrichissant les puissants, et ça, ça ne passe pas… Les « gilets jaunes » ont conspué un système d’information dont ils ont été le cœur de cible, et à qui les grandes chaînes d’infotainement ont accordé une place considérable ! Les petits commerces conspuent une plate-forme qui se veut pourtant comme un gigantesque étal, sur lequel leurs marchandises sont les bienvenues. Le frein dans les deux cas ? Le bond technologique et idéologique pour celui qui se laisse larguer par l’évolution de la société. Les consommateurs, et les politiques en première ligne, ont finalement ouvert un boulevard à Jeff (Bezos), pour mieux l’attendre au tournant ! Une stratégie démagogique qui a déjà fait ses preuves, une manipulation idéologique qui en a vu mourir plus d’un ! Mais que Monsieur Bezos se rassure, tout le monde le déteste autant que tout le monde l’adore… Ah si, un conseil : les gens aiment bien quand, comme eux, on met un peu la main au portefeuille

Mathieu Wilhelm

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