Le poids des mots

Le « maître mot » ! Paul Valéry en avait fait une définition tout à fait intéressante : le sens du mot s’efface complètement derrière sa valeur. Car si les mots ont un sens, ils ont aussi une intention, une responsabilité ! « Il faut trouver le mot juste » ! On ne s’étonne plus aujourd’hui de voir que les grands médias contribuent inlassablement à diffuser, quand ils ne les ont pas créées, des expressions, qui, toujours davantage, déforment nos réalités. Une grève devient une « prise d’otage », un assassinat se transforme en « dommage collatéral » et la technique n’est pas nouvelle ! La « guerre » d’Algérie a le plus souvent été présentée comme les « événements » d’Algérie ! Tout ou partie de ces emplois contribuent à modifier notre perception… Que l’on ait été un jour « rouge », « superrouge » ou « écarlate », finalement cela n’a rien changé, la petite musique de la couleur sanguinolente était rentrée et la peur avait réussi à s’installer ! Dernier « gros » mot en date ? Vous l’avez ? Il ne vient pourtant pas des chaînes infos, mais son émetteur a, semble-t-il, saisi les rouages bien huilés de la machine de l’effroi : « Couvre-feu » ! Les communications ont l’air identiques. « Maître mot » ou « maître des mots », qui enchaîne celui à qui il est destiné ? Trop bien choisi pour ne pas y voir une volonté de rendre celui qui l’écoute, esclave de la parole dite sacrée ! Un des plus beaux exemples de l’efficacité implacable de tel ou tel terme reste le fameux bandeau d’infos en continu ! Celui que l’on croit écrit par un stagiaire, alors qu’il est bel et bien assumé par un journaliste à carte de presse. Il est aujourd’hui le meilleur moyen pour maintenir le téléspectateur dans un état d’alerte maximal et permanent ! Et le tout en 150 caractères, espaces compris. Chapeau l’artiste dactylo ! On critique souvent ces deux petites lignes à tendance anxiogène, mais pour autant, son retrait est très souvent mal vécu par les téléspectateurs qui s’y sont habitués, et qui leur permet, de temps en temps, de couper enfin le son de leur poste de télévision ! Ce bandeau qui s’est d’ailleurs installé de façon permanente depuis… les attentats du 11-Septembre. Preuve évidente que le mot juste doit être efficacement trouvé pour répondre à une crise majeure. Pour l’amenuiser, ou pour lui donner une ampleur et une intensité tout à fait dramatique. Les mots manipulent, certes, mais ils peuvent aussi donner un nouveau cap dans le cadre d’une transformation de la société et des comportements. Mais alors que faudrait-il penser ? Les médias construiraient-ils vraiment notre réalité ? Est-ce pour cette raison qu’une grande partie de la population les rejette ? Peut-être car elle ne leur plaît pas, va savoir… Mais à l’inverse, ne sommes-nous pas des consommateurs de sensations ? Il y a évidemment un léger côté « malsain non assumé » par certains de se retrouver face à la hard news qui tient en haleine… Et si l’on nous assénait le monde des Bisounours à longueur de journée, ne serait-ce un peu ennuyeux, voire, à l’inverse, encore plus anxiogène ? Probablement ! Chacun sa responsabilité. En haut lieu, on l’a bien compris.

Mathieu Wilhelm

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