Consultant en stratégie : enfer ou paradis ?

Par Yasmine Bensouda et Pierre-Louis Bouygues, étudiants Audencia Grande Ecole

Le métier de consultant en stratégie a toujours suscité l’intérêt des étudiants et des consultants travaillant dans d’autres domaines. La stratégie, pour les entreprises, est le plan à long terme comprenant les buts et objectifs à atteindre pour assurer sa viabilité et sa rentabilité. Pouvoir recommander de nouvelles stratégies visant à assurer le succès d’une entreprise est ce qui attire les futurs consultants. En outre, traiter avec les cadres supérieurs d’une entreprise et essayer de les convaincre et de les satisfaire par vos recommandations est un véritable défi pour un consultant junior. Cependant, si la stratégie est la branche la plus prestigieuse du conseil, c’est aussi la plus exigeante. On entend souvent parler d’environnements exigeants, mais que signifie ce terme exactement ?

La personne qui a accepté de nous rencontrer souhaite rester anonyme. Appelons-la Léa. Elle a fait une prestigieuse école de commerce parisienne avant d’intégrer un cabinet de conseil en stratégie axé sur le numérique. Elle va nous dévoiler ce à quoi nous devons nous attendre en termes de charge de travail si nous souhaitons intégrer une société de conseil en stratégie.

Différencier les plus grandes sociétés de conseil en stratégie des autres

Il est essentiel de différencier les sociétés de conseil entre elles, car leurs conditions de travail respectives peuvent être totalement différentes. Tout d’abord, il y a le top 3, également appelé MBB, à savoir Boston Consulting Group (BCG), McKinsey & Company, et Bain. Elles sont considérées comme les sociétés de conseil les plus prestigieuses au monde et sont extrêmement sélectives lors du processus de recrutement. Leur taux de recrutement est d’environ 1 % selon Léa. Cette sélection s’inscrit dans le cercle vertueux qu’elles ont mis en place avec succès.

Plus de prestige.
Plus de revenus.
Des salaires plus élevés.
De meilleurs employés.
Une plus grande satisfaction des clients1.

Cependant, être recruté par l’une de ces sociétés de conseil a un prix en termes d’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, ce que nous évoquerons plus tard.

Puis vient le « big four » : PWC, EY, Deloitte et KPMG. Elles présentent les mêmes caractéristiques que les trois premières, dans une moindre mesure. Chacune d’entre elles a une branche stratégie très prisée des étudiants en commerce et en ingénierie. Léa nous a confié qu’en termes de méthodes de travail, le top 3 peut être considéré comme appartenant à l’ancienne école, tandis que le big four représente quant à lui la nouvelle école.

« En travaillant dans la stratégie, vous n’aurez plus de vie sociale. »

Pierre-Louis Bouygues

Il est bien connu que dans cette branche du conseil, le rythme de travail est effréné. En règle générale, les missions de stratégie sont commandées par des cadres supérieurs de multinationales dont les délais sont courts et les attentes très rigoureuses. C’est généralement la raison pour laquelle la charge de travail est intense et qu’ils font appel aux meilleurs consultants. Toutefois, nous observons aujourd’hui un changement de tendance entre « l’ancienne école » et la « nouvelle école ». S’il était auparavant normal de finir son travail chaque jour après minuit, ce n’est plus le cas à présent.

Pourquoi est-ce cette image de rythme de travail effréné qui nous vient à l’esprit lorsque nous pensons aux consultants en stratégie ? En réalité, l’intensité du travail dépend de deux facteurs, comme nous l’a expliqué Léa. Le premier est le facteur temps. « Si votre client a besoin de recommandations dans un mois car son projet doit être présenté au Comex, il est hors de question de lui dire de reporter sa réunion ». Le second est le facteur ressources. Par exemple, si le délai est de deux mois et que vous n’avez pas de ressources de travail supplémentaires (c’est-à-dire d’autres consultants disponibles), vous devez inévitablement accélérer votre rythme de travail et faire plus d’heures. De plus, ce mythe du consultant en stratégie qui n’a pas de temps pour lui et qui sacrifie sa vie personnelle au profit de son travail vaut généralement pour les plus grandes entreprises, notamment celles du top 3. Et, dans ce type d’entreprises, Léa nous a expliqué que la méthode appliquée est celle du 80/20. Cela signifie que 80 % du travail est effectué en 20 % du temps, ce qui conduit inévitablement à une forte intensité de travail.

« Le conseil en stratégie n’est pas un travail horrible, je ne sais pas où vous avez entendu une chose pareille. »

Bien entendu, le travail des consultants est géré de façon à être supportable de deux manières différentes :

  • Une bonne gestion des ressources humaines
  • Un management flexible

Une bonne gestion du personnel signifie qu’un consultant ne va pas se voir confier deux missions difficiles d’affilée. Le management flexible, ou marge de manœuvre, est « un peu la tambouille interne du cabinet ». Le cabinet peut augmenter le nombre de consultants affectés à une mission, ce qui entraîne alors une augmentation des honoraires. Sachant que les associés sont souvent rémunérés en fonction des performances et de la rentabilité de leur mission, ils ne souhaitent pas toujours baisser leur marge pour augmenter le personnel. Cependant, il peut s’avérer inutile d’augmenter le nombre de consultants. En effet, davantage de personnel n’équivaut pas forcément à une meilleure productivité. Pour aller plus vite, il faut être capable de mener plusieurs tâches en parallèle, et il faut garder à l’esprit que pour augmenter le nombre de personnes affectées à un projet, les tâches doivent être totalement indépendantes les unes des autres et/ou parallèles.

Affecter trop de consultants est donc parfois inutile, c’est en réalité plus un tracas qu’autre chose.

La gestion du personnel se fait de façon à ce que les consultants ne soient pas débordés tous les jours. Cependant, ils sont malgré tout très occupés, et travailler tard n’est pas un problème en soi car ils sont absorbés par ce qu’ils font et ne réalisent pas à quel point il peut être tard. En outre, si vous avez fini ce que vous aviez à faire à 18 heures, vous êtes libre de rentrer chez vous et vous n’êtes en aucun cas obligé de rester au bureau si d’autres restent.

« Personne dans le conseil en stratégie ne travaille jusqu’à trois heures du matin pendant un an, ça n’existe pas ! »

1 https://igotanoffer.com/blogs/mckinsey-case-interview-blog/big-3-consulting-firms-mbb
2 https://unsplash.com/photos/5fNmWej4tAA

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