Covid-19 et Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) : le « jeu de la vérité »

Par Fabrice Beillevaire, Antoine Guyot, Éric Michineau, Philippe Robin et Arnaud Tremedet, Audencia Executive MBA.

L’annonce fracassante d’Emmanuel Faber, PDG de Danone – 1re « société à mission » cotée – de réduire ses effectifs de 2000 emplois, interroge. Entre effets d’annonce et authenticité, la crise sanitaire fait figure de test de sincérité pour de nombreux dirigeants engagés sur la voie de l’impact positif. En matière de RSE et au-delà de la sphère du CAC40, où en sont les PME et ETI, acteurs majoritaires du tissu économique français ? La covid-19 a-t-elle rebattu les cartes de leurs engagements ? 

Des PME engagées avant la crise sanitaire
« Depuis plus de 10 ans, la RSE a permis de créer des liens forts de confiance entre la direction et les salariés », témoigne Yann Roland, président de Cetih, fabricant de portes employant 1 000 salariés à Machecoul. Nombreuses sont les petites entreprises qui n’ont pas attendu 2019 et la loi Pacte pour se définir « société à mission » et contribuer au bien commun. Ainsi Alexis Raillard, qui a repris en 2017 la société nantaise de transport Transeco et ses 25 salariés, revendique lui aussi des actions concrètes : « Je n’ai pas le statut d’entreprise à mission mais je considère agir positivement chaque jour pour la société toute entière ».

De la réduction de consommation de carburant chez Manitou, leader du matériel de manutention, au papier peint avec encre éco-responsable chez Golden Tree, entreprise de peinture bio-sourcée de Vertou, l’enjeu environnemental est déjà bien ancré. La dimension sociale est tout aussi importante pour ces dirigeants. Ainsi Christophe Babarit, président de Briogel, PME vendéenne, insiste sur son engagement dans « la relocalisation et l’embauche des personnes en situation de handicap ».

La covid-19, un test de sincérité
Bien sûr, certains projets RSE ont dû être arrêtés en même temps que le confinement. Par exemple, les émissions CO2 de Transeco, dont 30 % des véhicules sont décarbonés, ont temporairement augmenté. Dans le même temps, des accords de télétravail existants ont, ici, été élargis et là, un plan de continuité d’activité a unanimement été accepté dans l’objectif du maintien de l’emploi.

Au moment où l’Agence France Trésor (AFT) annonce avoir levé 290 milliards d’euros d’OAT (obligations à moyen et long terme)[1] pour faire face à la crise et « sauvegarder l’essentiel », les entreprises à capitaux familiaux, malgré leurs difficultés, ne semblent pas disposées à se désavouer ni abandonner leur modèle. Il apparaît même que les acquis RSE ont constitué une base solide pour mieux traverser la tempête et son impact sur les collaborateurs. « J’ai eu pour priorité la mise en sécurité physique et économique de mes salariés », témoigne David Tourquetil, directeur de la plate-forme des services de Boulanger,  car « il était essentiel de préserver le capital humain avant tout le reste ». Si « le capital confiance a aidé l’entreprise à traverser la crise avec sérénité et efficacité », selon le dirigeant de Cetih, Alexis Raillard constate « davantage de solidarité de la part de ses collaborateurs, au moment où l’entreprise en a eu le plus besoin ».

Le sociétal, locomotive de l’après crise sanitaire ?
Avant la covid-19, l’engagement RSE était souvent résumé à sa dimension environnementale. Avec la crise, il a pris un accent social affirmé. Certaines entreprises font même de ce trouble sanitaire une opportunité d’accélérer. Aude Brezac témoigne que « la crise a amplifié la volonté de Manitou d’aller encore plus loin » et l’entrée de la RSE au cœur de la stratégie des entreprises est une évolution déterminante, parfois au point de s’interroger sur leur utilité pour la société.

Certaines ETI ne se posent plus la question et sont passées d’une « raison d’être » à une raison d’agir. Boulanger, en soutenant les soignants et désormais les restaurateurs, s’inscrit dans l’authencité de son message Si bien ensemble. On peut parier qu’il n’y aura pas de retour en arrière pour ces entreprises.

Enfin, le dialogue avec les parties prenantes s’amplifie. Manitou encore a lancé en 2020 une grande consultation interne et externe de 1000 personnes dans le but de formaliser collectivement des objectifs et de fixer des indicateurs d’impact. Les PME ne sont pas en reste puisqu’elles constituent la majorité de la centaine de sociétés à mission créées depuis un an[2].

Confrontées à une crise sans précédent, on pouvait s’interroger quant à la solidité des engagements sociaux ou environnementaux des entreprises. Il ne semble y avoir pourtant aucune dissonance entre les discours et la pratique des dirigeants que nous avons interrogés. Tout juste quelques ralentissements mais un engagement historique poursuivi et parfois même renforcé. Le concept récent de « capitalisme responsable » s’épanouit-il mieux dans l’économie « réelle » que dans de grandes entreprises cotées ? L’avenir le dira.

[1] Source : www.aft.gouv.fr/fr/budget-etat

[2] Source : www.entreprisesamission.com/lobservatoire-des-societes-a-mission/

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