Le télétravail et ses conséquences dans une ville comme Londres

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Un économiste britannique tente d’imaginer les conséquences rationnellement prévisibles d’un télétravail pérennisé.

Keith Cuthbertson, professeur de finance à la Business School explique les conséquences du changement permanent des modes de travail et les effets probables que nous constaterons sur le bien-être, l’économie et la société en général.

Tribune libre. Le travail à domicile pendant la pandémie a été une courbe d’apprentissage majeure pour les organisations et les travailleurs, avec des bienfaits mitigés.

Alors que les plans des gouvernements pour alléger les confinements continuent à s’accélérer, les employeurs planifient maintenant la « nouvelle normalité », beaucoup favorisant un modèle hybride de travail flexible entre la maison et le bureau et très peu suggérant un retour au bureau à temps plein.

Le point de vue sur le télétravail sur le long terme varie selon le chef d’entreprise. David Solomon de Goldman Sachs a qualifié le travail à domicile d’« aberration », tandis que Joe Garner, directeur général de Nationwide, a déclaré que 13 000 de ses employés de bureau vont choisir de travailler de n’importe où au Royaume-Uni.

Les employés aiment-ils travailler depuis chez eux ?
Les premiers résultats des recherches suggèrent une forte préférence pour un modèle flexible, dans lequel les travailleurs vont choisir entre le télétravail et le présentiel un jour ou une semaine donnée pour s’adapter aux besoins.

Une enquête menée auprès de 5 000 travailleurs britanniques au début 2021 a montré une préférence substantielle pour le travail à distance. Environ 50 % des personnes interrogées ont exprimé une préférence pour le travail à domicile entre deux et quatre jours par semaine, tandis que 20 % seraient heureux de continuer à travailler à distance cinq jours par semaine.

Un avantage indéniable du travail flexible pour les employés est un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

Cet équilibre dépend beaucoup du temps de trajet et de la qualité du trajet. Au Royaume-Uni, le temps de trajet est d’environ 60 minutes par jour et 80 minutes par jour pour un trajet à Londres. Les déplacements aux heures de pointe sur les trajets ferroviaires et routiers encombrés ne sont pas propices à une productivité plus élevée.

Les gens utilisent donc davantage leur temps « en dehors du bureau ». Une enquête menée l’année dernière auprès de 10 000 travailleurs américains a révélé qu’environ 35 % des gains de temps ont été réaffectés à leur emploi principal, 8 % à un emploi secondaire, 30 % à des loisirs accrus tels que regarder la télévision et se livrer à des activités de plein air comme l’exercice physique et le reste dédié aux tâches ménagères et à la garde des enfants.

Rien qu’à partir de ces chiffres, nous pouvons clairement voir les avantages pour les travailleurs.

Les organisations sont toujours responsables de l’environnement de travail
Au cours des prochains mois, on constatera une augmentation des coûts d’organisation, y compris de nouveaux horaires de travail, des changements dans la disposition des bureaux et des espaces communs plus interactifs.

Les entreprises devront également veiller à ce que les conditions de travail et les équipements à domicile soient adéquats pour leurs employé·es, et que la baisse des interactions en face à face entre les employé·es et la direction n’entraînent pas une détérioration des perspectives de promotion.

Les nouveaux·lles employé·s ainsi que les moins performant·es seront éventuellement encouragés, par exemple, à passer plus de temps en moyenne sur leur lieu de travail contrairement aux autres salarié·es confirmé·es.

Comment le travail à distance affectera-t-il l’économie ?
Des rapports ont mis en évidence la façon dont les quartiers d’affaires (par exemple Canary Wharf à Londres) sont en train de se déserter rapidement en raison des changements dus à la pandémie.

Avec un travail substantiel à domicile, la fréquentation des centres-villes sera moindre, remplacée par une augmentation des dépenses en ligne et accompagnée d’une augmentation de l’activité économique dans les banlieues.

Les villes et les zones rurales autour des grandes villes en bénéficieront par rapport aux centres-villes eux-mêmes. Les entreprises pourraient également migrer une partie de leur espace de travail principal des centres-villes vers les villes et les parcs commerciaux pour profiter de loyers moins chers.

Certaines entreprises vont autoriser le travail à domicile trois jours ou plus par semaine, ce qui pourrait inciter les employé·es à déménager plus loin, là où les prix des logements et les loyers sont moins élevés.

Une réduction de l’utilisation des bureaux dans le centre-ville entraînerait des conversions en logements résidentiels, comme ce fut suggéré récemment à la City de Londres. La baisse des loyers commerciaux, elle, a de quoi attirer des start-up créatives où l’interaction en face à face est plus importante.

Les grandes villes survivront, mais l’activité économique quotidienne sera réduite, en particulier dans le commerce de détail et l’hôtellerie.

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