David Nget : un entrepreneur dit « non conforme » 

La non-linéarité de son parcours prend tout son sens au travers de Sempaï

David Nget a toujours eu le sentiment de ne pas être « conforme » ni à sa place. Il n’est pas un autodidacte ni diplômé d’une grande école, il a mené sa barque souvent à contre-courant avec des vents contraires. Et bien que ses choix n’aient pas toujours été vraiment compris, il a avancé malgré tout. Récit d’une aventure à rebonds.

Des échecs ? Son expérience ne comprend pas un Échec avec un grand É, mais elle repose sur un enchaînement de difficultés et de pivots vécus comme autant de petits échecs qui ont ponctué son parcours professionnel. Une histoire qu’il a longtemps portée comme un fardeau parce que trop « hors cadre », mais qui se révèle aujourd’hui une force pour réussir son projet d’entreprise.

La fac et le terrain envers et contre tous

David a grandi dans une famille d’origine chinoise qui a dû quitter le Cambodge pour s’installer en Thaïlande puis en France, près de Besançon, en tant que réfugiés politiques après la prise du pouvoir par les Khmers rouges. Il sait que chez lui la réussite scolaire et universitaire ne se discute pas et qu’elle doit guider ses choix d’études et d’emploi. Pourtant, à la sortie du lycée, tout élève brillant de terminale S qu’il est, il décide de « sortir des rails » et de partir sur les bancs de la fac. À la voie « classe prépa-grande école », il préfère l’UFR d’économie de l’université de Strasbourg. Il sait qu’il prend des risques en s’affranchissant d’une forme de déterminisme socioculturel, que ce sera dur de réussir autant que de convaincre, que ses projets tangueront parfois, et qu’il lui faudra deux fois plus d’énergie pour démontrer qu’il a malgré tout fait le bon choix.

Une fois sa licence d’économétrie en poche, et malgré les bons résultats obtenus, il quitte cette voie qui ne lui correspond plus pour devenir… vendeur de pièces détachées pour concessionnaires automobiles. Rare orientation pour les étudiant·es de sa filière ! Depuis la Lorraine où il s’est installé, il parcourt en moyenne 200 kilomètres par jour pour aller à la rencontre de prospects et clients.

Premiers changements de cap

En 2012, changement de cap : il « monte à Paris » et intègre l’entité Neowebcar du groupe de presse Argus où il gère les annonceurs b to b pendant un an. Très vite, il évolue vers le marketing numérique et se voit confier la responsabilité du numérique et l’acquisition/monétisation. En parallèle, parce que ne pas avoir de bac+5 le freine, il reprend ses études et valide un master – un diplôme obtenu dans le cadre de la formation professionnelle et qu’il prépare le soir et le week-end, après ses heures de bureau.
Cette montée en compétences lui vaut l’attention d’un chasseur de têtes. Qui le propulse en 2016 au sein de l’agence média Key Performance Group en tant que directeur de projets digitaux grands comptes. Puis en 2018, c’est le saut dans l’univers des start-up : il part chez Feed, connu pour ses snacks et boissons, dont il devient directeur de la fidélisation client. Il découvre un univers qui lui était inconnu, mais marqué par de fortes doses de passion, d’échecs et de réussites. David apprend à faire « le grand écart » et mûrit son projet d’entreprise.

L’appel de l’entrepreneuriat

Après 9 années à « barouder » entre entreprises et divers secteurs, nourri de tout ce qu’il y a appris et vécu en ventes, marketing, numérisation, etc., il décide en 2020, en pleine crise covid, de créer sa propre structure. Ce sera Sempaï, dont les statuts sont déposés en fin d’année et à laquelle il donne un nom d’origine japonaise : « mentor » ou « aîné » .
Sempaï, c’est une PME qui, à l’image des convictions de son fondateur, veut aider les autres PME. Son domaine : le numérique. Son projet : les aider à s’y retrouver et à choisir parmi les très nombreux outils et solutions logicielles du marché. Le contexte crée l’opportunité : la crise sanitaire a révélé le rôle crucial du numérique pour continuer ses activités et a encouragé beaucoup d’entre elles à, enfin, prendre ce virage. Le défi : faire de ces projets des succès. C’est pour cela que le « mentor » intervient.

Créateur d’entreprise génération covid

David n’est pas rassuré pour autant, il se demande régulièrement si Sempaï va « tenir » . Malgré tout, il avance. Il ajuste les dépenses, développe son réseau, explore plusieurs leviers de business. Ses multiples expériences opérationnelles sur le terrain lui sont très utiles pour apprécier ce qui marche (ou pas) et s’adapter en continu.

Et finalement, le business « tient » . Sempaï est à l’image de l’engagement de son fondateur empreint de l’esprit du maître de karaté qu’il est depuis ses 13 ans. Il cherche tout le temps à connecter les bonnes personnes entre elles, à les faire s’élever, au service de l’efficacité et du respect réciproques. Un engagement nourri des rencontres accumulées, année après année, autant que des difficultés qu’il a rencontrées et surmontées. Finalement, son parcours non linéaire est l’addition de plusieurs des métiers qui font vivre une entreprise.

La possibilité permanente de l’échec ?

Entrepreneur depuis un peu plus d’un an maintenant, David vit avec la possibilité de l’échec en permanence. Car après avoir cherché sa voie sans la trouver pendant plusieurs années, sans jamais rentrer dans le moule, et en nageant à contre-courant… il s’est rendu compte que chaque erreur, chaque difficulté, chaque échec l’a amené là où il est aujourd’hui.
« Chaque jour est différent et chaque jour est un combat plus ou moins intense. L’entrepreneuriat, c’est jongler en permanence entre les réussites et les échecs. C’est mon challenge numéro 1 », répète-t-il à l’envi. Mais en aucun cas, ses idées et initiatives n’en sont freinées. Alors il crée : podcasts, vidéos, live… Et il s’investit pour la French Tech dont Sempaï devient lauréat, et pour l’entrepreneuriat des femmes.

Ce qu’il retient et qu’il veut à tout prix transmettre : qu’il est inéluctable de connaître des échecs lorsqu’on entreprend. Que les plans initiaux se déroulent rarement comme prévu et qu’il faut l’accepter. Que garder une bonne dose de courage, d’optimisme, beaucoup d’huile de coude et un entourage bienveillant est essentiel. Et qu’il faut suivre son instinct, même quand certaines sirènes vous appellent à devenir « conforme » .

Claire Flin

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