Fabrice Develay : L’ex-huissier a rebondi en réinventant le recouvrement

GCollect

Quoi qu’il arrive à Fabrice Develay, il reste debout et se relance. Devenu huissier pour échapper au modèle familial et parce qu’après des études de droit, il a eu l’opportunité de reprendre une étude et donc de se mettre à son compte, Fabrice est de ces multirebondisseurs dont les parcours inspirent parce qu’ils montrent qu’impossible n’est pas français.

Quand on naît dans une famille d’universitaires, l’on est quelque peu formaté pour s’inscrire dans le courant. Ou pas. Pour Fabrice Develay, c’est « pas ». Le jeune homme voulait mener son propre chemin de vie. Au sortir du collège, il décide de rejoindre un lycée agricole. Motivation : un profond attachement à la nature et à ses valeurs. Bac scientifique en poche, la terre ne l’appelle plus. Direction, fac de droit. Avocat, magistrat ? Non, il découvre le métier d’huissier. Un stage lui montre les opportunités professionnelles. Huissier de justice, c’est un peu le « mouton noir des métiers du droit ». Mais c’est un moyen de se mettre à son compte. En 1996, examen professionnel réussi, il rachète très vite une étude.

Pas comme les autres…

Sur le chemin tracé, Develay l’atypique se démarque. Son métier, il le vit au nom d’un très fort esprit entrepreneurial. Ça détonne dans la profession, plutôt standardisée. Comme une erreur de casting qui a duré 18 ans. Fabrice pense grand, se dote d’un site Internet, s’équipe d’un logiciel de gestion des dossiers, met en place des conventions d’honoraires, etc. Des pratiques peu présentes chez ses confrères·sœurs. La profession d’huissier dit-il, est « réglementée, aux contours indiscutables et dogmatiques, porteuse d’une image souvent violente liée aux décisions d’expulsion ou de saisies». L’huissier pas comme les autres suscite la réaction des braves huissiers qui n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux (air connu). Critiques et inimitiés très fortes vont jusqu’au blocage de certains de ses projets. En plus, deux accidents (pas des agressions !) lui valent des pauses forcées.

L’appel de la réinvention

Le temps passe. En 2008, Fabrice commence à se sentir à l’étroit dans son étude. Le rapport Attali et ses 316 propositions pour la libération de la croissance française lui inspirent une réflexion sur les enjeux de demain en termes d’ouverture des marchés. Celui du droit notamment, et donc naturellement celui du recouvrement dont son métier d’huissier lui avait donné une parfaite connaissance. En 2014, il quitte sa profession, réfléchit quelque trois années à comment ouvrir le recouvrement à tous. Comment faire en sorte que chaque entrepreneur puisse être payé du fruit de son travail.

Le concept prend forme en 2015 avec le lancement de GCollect. La volonté de Fabrice D. : casser la mécanique du recouvrement. Mettre en place ce que personne n’a fait à ce jour. S’appuyer sur les technologies numériques et concevoir une solution bénéfique à tous. Peu importe le montant dû, le nombre de factures à recouvrer, et qui doit quoi…

Le recouvrement, levier de rebond pour les PME

Sa conviction est que « pour bien faire du recouvrement, il faut aimer les gens et vouloir les aider ». Houla ! Trop d’huissiers gardent une approche désincarnée du recouvrement. Or, pour un·e entrepreneur·se, rencontrer des difficultés de trésorerie n’est pas et ne doit pas être infamant ! L’ADN de GCollect emprunte à l’empathie. Son projet : apporter à chacun·e une solution adaptée pour aider chacun·e à rebondir. Une façon de tendre la main, avec bienveillance et en accompagnant l’autre.

Une idée en fait naître une autre. Fabrice Develay mobilise d’autres acteurs du secteur pour lancer le collectif Smart Recouvrement. Sept fintechs y participent. Un écosystème d’autant plus essentiel que depuis mars 2020 payer ses factures est devenu pleinement d’actualité. Le cash : sujet prioritaire pour une majorité d’entrepreneurs.

Et face à la covid ?

L’huissier à solutions sait qu’innover exige que l’on soit le premier. Objectif : devenir et rester le leader de son secteur. Le défricheur pétri de certitudes au début de sa vie professionnelle a compris que l’échec fait partie de la vie de l’entrepreneur, qu’à un moment ou un autre il ne pourra pas l’éviter. Aujourd’hui, il s’engage au travers du collectif Smart Recouvrement et au sein d’associations comme les Rebondisseurs Français. « La résilience m’a permis de ressortir d’épisodes de vie, plus fort et donc différent. »

La crise actuelle inspire à Fabrice qu’on a besoin des autres pour rester debout. Pour lui, la solution est l’ambition collective qui aide à surmonter les difficultés et l’échec. Portés par la solidarité, l’entraide et la coopération, les entrepreneurs vont oser repenser leur modèle, expérimenter de nouvelles pratiques, trouver des solutions nouvelles seuls ou à plusieurs pour rebondir. Le format Develay 2021 a des accents de foi : « Se faire confiance et s’aimer ». Pas vraiment le style huissier d’injustice…

Claire Flin

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