Céline Santini : en se « réparant », elle a nourri et sublimé ses nouveaux projets

Des lignes de failles aux lignes de force

Sublimer ses failles en les couvrant d’or, c’est ce que Céline Santini a appris à faire avec l’art japonais du kintsugi. Il consiste à souligner d’or les failles d’un objet brisé au lieu de les cacher. Cette découverte, au hasard de ses lectures dans une phase post-échec, l’a très vite inspirée. Intimement convaincue qu’elle allait lui être d’une grande richesse. Restait à trouver comment…

Céline Santini a très vite eu envie d’entreprendre, une envie qui l’a gagnée alors qu’elle n’avait que 12 ans. Elle s’en souvient : ce fut dans la suite de la lecture d’un article qui racontait le projet et la vie des fondateurs de la marque Caudalie. Tout juste diplômée (ESCP Europe en 1999), elle passe quatre ans en entreprise. En 2003, l’entrepreneuriat l’attrape : l’organisation de mariages sous la marque Pièce Montée ! La voilà dix ans durant à courir partout, à avancer à 100 à l’heure. Aventure folle, stimulante, qu’elle dévore à pleines dents, en développant un solide réseau de professionnels partenaires avec qui elle partage sa méthodologie et qu’elle forme, en bâtissant des relations de proximité et de confiance avec ses clients. Elle écrit aussi sur le sujet, et publie son premier livre, Un mariage inouï, paru en 2007 chez Leduc. s éditions.

Développement personnel après épreuve personnelle

La pro du mariage… divorce. Sa fille n’a que 9 mois. Le choc l’éloigne des couples à marier. Un an et demi plus tard, sa mère décède, brutalement. Céline apprend à ralentir, à se poser. Et démonte la Pièce Montée en juin 2012. Sans salarié à licencier, l’affaire lui prend quatre heures pour tourner la page de dix ans de sa vie.

Qu’elle enrichit. La voilà plongée dans le développement personnel. Appréhendé, approprié à travers ses nombreuses lectures, stages, conférences… « Telle une plante assoiffée, je buvais et assimilais ces nouvelles notions qui m’aidaient à me poser les bonnes questions et à tenir le choc », se rappelle-t-elle. Deux ans plus tard, en 2014, elle démarre un blog sur le sujet : https://jour-apres-jour. com/. L’exercice la répare. Elle avance dans l’acceptation de ce qu’elle vit et des échecs qu’elle choisit d’assumer.

De l’or liquide pour cacher ses failles

En 2015, premier, puis deuxième, puis troisième livre… Ses thèmes ? L’éducation positive. Elle découvre la pédagogie Montessori avec ses enfants. Les Santini s’empilent : Céline écrit et publie plus de 30 livres en 5 ans sur ces thèmes.

Et alors… le kintsugi vient à elle. Elle a connu un deuxième divorce. C’est une véritable révélation. L’esprit du kintsugi l’aide à se reconstruire. Les éditions First lui offrent l’opportunité de publier un ouvrage sur le sujet. Ce sera Kintsugi, l’art de la résilience en avril 2018. Mince, le tourbillon est revenu. Son livre est traduit en 11 langues. Céline Santini enchaîne les conférences à travers le monde pour parler du sujet…

2020. La pandémie de covid-19 se répand. Ses conférences s’arrêtent brusquement. Céline reprend l’écriture, cette fois pour les enfants. La série du Petit Scarabée lancée chez First Editions en janvier 2020 la tient sur l’année, avec déjà six opus (Petit Scarabée vit ses émotions, Petit scarabée agit pour la planète, Petit Scarabée deviendra grand, Petit Scarabée prend confiance en lui, Petit Scarabée se détend, Petit Scarabée ressent son corps). On en attend six de plus.

Ralentir, l’atout de la covid…

Ce qu’elle a appris de ses rebonds : apprendre à ralentir, à se poser, à « laisser infuser » au lieu de foncer tête baissée dans l’action. « On peut croire que c’est une perte de temps, mais c’est surtout l’occasion de se consolider pour repartir sur de bonnes bases saines. C’est d’ailleurs ce que nous enseigne aussi le kintsugi, un art qui demande beaucoup de patience car les étapes sont nombreuses et la laque exige des temps de séchage longs entre chaque phase : il est parfois nécessaire de patienter pour mieux rebondir. Sinon les plaies encore fraîches risqueraient de ne pas être suffisamment cicatrisées et de se rouvrir… Il est parfois indispensable de laisser le temps au temps. » Air connu. Pas si souvent mis en œuvre.

La covid, nouveau défi. Donc source d’opportunités pour qui sait rester à l’écoute et les saisir. Car Céline considère que ne pas savoir n’est pas un obstacle, on peut toujours apprendre si on décide de se lancer. Il faut accepter l’éventuelle difficulté. Si ça ne fonctionne pas comme prévu ? On puisera dans sa capacité de résilience pour se relever.

« Cette crise, qui nous oblige à regarder et à nous concentrer sur ce qui est vraiment essentiel pour nous, est peut-être là aussi un choc salutaire. Elle nous amène à nous briser pour mieux nous reconstruire, sur de nouvelles bases plus saines… Plus beau, plus fort et plus précieux qu’avant, dans l’esprit du kintsugi. » Souligner d’or ses failles, puissant moteur de résilience… 

Claire Flin

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