Francis Lelong : multi-entrepreneur récidiviste

Il a été mis à la porte de Sarenza qu’il avait fondé.

Sarenza, vous connaissez. Des chaussures, des pointures, des prix. Mais connaissez-vous son créateur ? Il se nomme Francis Lelong, c’est un multi-entrepreneur récidiviste et un infatigable créateur de projets. Pendant 20 ans, il a dirigé une dizaine de sociétés dans le numérique, dans des industries diverses, avec des succès comme Sarenza mais aussi des échecs comme le site communautaire pour footballeurs amateurs TooFoot et l’éditeur de meubles contemporains communautaires L’edito.com. Rebonds et (més)aventures.

Son histoire en tant qu’entrepreneur commence en 1999. Il est de formation commerciale. Commence sa carrière comme chargé de clientèle en Chine, puis comme consultant en systèmes d’information chez feu Andersen Consulting, crée sa première entreprise : Blackorange. En 2001, soit tout juste deux ans plus tard, ce distributeur online de logiciels packagés figure dans le top 15 français de l’e-commerce. L’entrepreneur Francis Lelong est lancé !

En 2003, il fonde avec Alexandra André Vecteur d’images, une agence de relations presse. Puis en 2005, ce sera Sarenza, un site de vente en ligne inspiré de l’américain Zappos qui deviendra numéro 1 pour les ventes de chaussures sur Internet. Toofoot naît en 2007, L’Edito.com en 2010…

Quand il ne crée pas ses propres entreprises, Lelong pilote les sociétés d’autres entrepreneurs comme Hapsatou Sy dont l’entreprise Beauty Revolution International était en liquidation. Il en devient CEO, l’aide à transformer la marque en HapsatouSy, produits cosmétiques et capillaires distribués en France et à l’international. C’est aussi Qobuz, service de streaming et de téléchargement musical français fondé en 2007 par Yves Riesel et Alexandre Leforestier dont il devient le directeur général et qu’il a réorganisée pour créer les conditions d’une croissance forte. Et ce n’est pas fini ! Après avoir découvert il y a cinq ans les outils NoCode, il part sur un nouveau projet de création de start-up pour la fin 2020 : Alegria. tech.

Le goût du partage

Et comme ce n’est jamais assez pour ce passionné d’entrepreneuriat, il s’investit en tant que bénévole auprès de plusieurs sociétés dans le cadre du Startup Leadership Program, communauté mondiale d’entraide bénévole entre entrepreneurs, portée en France par François-Alexandre Glaudet. Dans ce cadre, il assure un accompagnement intensif sur huit mois de fondateurs de start-up, sans prise de participation, pour accélérer la croissance et acquérir des réflexes de serial entrepreneurs. Multi-récidiviste, on vous dit…

Parmi ses aventures, forcément aussi des histoires d’échecs. Celui qui l’a le plus déçu, Toofoot. Tout était réuni pour réussir, c’est l’exécution du plan qui a péché : la réalisation technique du site a pris trop de retard, il a sombré sous les bogues. Impossible de délivrer une promesse pourtant séduisante.

Le plus violent reste incontestablement son éviction de Sarenza après cinq ans d’investissement personnel aux côtés de ses associés pour imposer la marque en tête des sites e-commerce à un moment où les modes de consommation ne connaissaient pas la maturité qu’ils ont acquise en 2020. Et pourtant, c’est aussi en Sarenza qu’il puise ses plus beaux souvenirs.

Sarenza, du succès à l’échec

En 2005, Francis et ses deux associés mettent en commun leurs économies, achètent un stock de chaussures, se partagent les postes de direction et lancent leur site. Très vite, l’activité rencontre son marché : la société réalise 800 000 euros de chiffres d’affaires la première année et projette 5 millions pour l’année suivante. Pour accompagner cette croissance, ils lèvent des fonds d’abord auprès de business angels, un moment d’euphorie dont Francis parle encore avec émotion et enthousiasme. Un de ses plus merveilleux et plus beaux souvenirs en tant qu’entrepreneur.

Pour accélérer encore, ils lancent une seconde levée de fonds clôturée avec Galileo et la Sgam (Société Générale Asset Management) qui entrent au capital. Là et las, des difficultés se font jour : bogues informatiques, impasses logistiques… Les relations se tendent entre les associés et avec les investisseurs qui demandent à Francis de devenir l’unique dirigeant. En parallèle, ils mandatent un audit externe auprès de Stéphane Treppoz, ex-dirigeant d’AOL France.  L’aventure Sarenza s’arrête brusquement pour Francis Lelong, en février 2007, par ce jeu d’ombre des investisseurs où la money chasse l’humain.

Parler, assumer et ne pas se morfondre

Comment rebondir après une telle déception/trahison ? Francis éprouve le besoin d’en parler autour de lui et jusque dans les médias. Sans ce « délestage », rebondir aurait été compliqué. On se trompe si l’on pense qu’après l’échec, rien n’est plus possible. Ses échanges avec d’autres entrepreneurs l’ont aidé à avancer. Il a pu assumer, reconnaître ses erreurs et les pressions financières qui pesaient sur ses amis/associés.

Il savait aussi qu’il devait tourner la page rapidement et très vite remonter une société. TooFoot se lance quatre mois après son débarquement de Sarenza.

Puisque Sarenza n’était pas sa première entreprise, il était convaincu que d’autres occasions de réussir se présenteraient – et qu’il ne répéterait pas les mêmes erreurs ! L’important ? Gnôthi seauton, se connaître soi-même, savoir quelle est sa capacité de résilience. Celle de Francis est élevée. Peut-être parce qu’il a toujours gardé un très bon sommeil ? Allez savoir.

Face à la covid-19, entreprendre, encore et toujours !

Aujourd’hui, alors que la crise sanitaire bouscule les entreprises et les entrepreneurs, Francis Lelong avance, avec un nouveau projet d’entreprise en ligne de mire. Alegria. tech devrait voir le jour prochainement.

Il ne cesse de s’étonner du contraste entre ceux qui font 40 % de croissance et ceux qui chutent de 70 % à cause du contexte pandémique et économique. Pour lui, la période actuelle est vraiment incroyable, avec une grande incertitude (ce qui est mauvais pour l’économie) mais aussi de formidables opportunités à saisir (ce qui peut être aussi très bon pour l’économie… et le sommeil). Alors, Francis relativise… et estime que le job le plus compliqué en ce moment, finalement, ce n’est pas entrepreneur. C’est celui de président de la République ! À quand un sauvezlepresident.com ?

Claire Flin

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