Denis Fayolle et lafourchette.com

« L’échec, un de mes plus grands enseignements »

Serial-entrepreneur, Denis Fayolle fait partie des ambassadeurs des Rebondisseurs Français, initiative qui promeut la valorisation du rebond des entrepreneurs français. Ayant lui-même connu plusieurs échecs qui ont failli l’écarter du chemin entrepreneurial, il livre son approche de l’échec et du rebond.

Avant de lancer le site lafourchette.com avec le succès qu’on lui connaît, Denis Fayolle a créé deux start-up. La seconde s’est d’ailleurs soldée par un échec qui a eu pour effet de lui faire remettre en question son choix de vie entrepreneuriale. « Je me suis beaucoup interrogé, explique-t-il. Je n’étais plus sûr de vouloir continuer dans la voie entrepreneuriale alors que je cherchais à construire ma vie sur le plan personnel. Je suis donc parti vers le salariat dans un premier temps. »

Les raisons d’un échec qui deviennent les ingrédients d’un succès

Fort de son réseau auprès d’entrepreneurs ou aspirants entrepreneurs, Denis Fayolle ne reste finalement pas longtemps dans cette configuration et se relance rapidement dans une troisième aventure, sollicité par trois porteurs de projets afin de créer une plateforme dans la restauration : lafourchette.com. Pour autant, pas question pour l’entrepreneur de refaire les mêmes erreurs que lors de son dernier projet : « Si ma première entreprise a plutôt bien marché je trouvais qu’il manquait des compétences commerciales. Cela s’est encore plus vérifié avec la deuxième où je m’étais associé avec un génie du marketing mais il nous manquait encore à tous les deux ces compétences de vente. » Un échec qui lui fait dire qu’il doit s’associer avec des personnalités complémentaires à la sienne. « C’est ce qui m’a plu dans le projet La Fourchette. Les trois associés avaient des profils commerciaux et travaillaient déjà dans la restauration. Ils avaient donc déjà des contacts de restaurateurs, ce qui constituait un énorme accélérateur du projet. Pour ma part j’apportais la dimension Web, technique et marketing, ce qui créait une vraie complémentarité ! » Est-ce que cela a suffi à ne plus connaître l’échec ? « Non, répond-t-il, je suis entrepreneur depuis 18 ans et j’ai créé 15 entreprises. J’ai été confronté à la nécessité de rebondir dans les échecs évidemment mais aussi dans les succès. » Dans le cas de La Fourchette par exemple, le cofondateur se souvient du moment où il travaillait sur l’acquisition de trafic et le développement des partenariats. Alors qu’il discute avec un gros partenaire français avec qui les discussions étaient bien avancées, il apprend que celui-ci accompagnera en fait son concurrent pour des raisons politiques. « Je risquais de perdre le partenariat, du coup dans l’après-midi même j’ai contacté 30 autres partenaires. Six mois après j’avais signé les deux tiers des partenaires que j’avais contactés ce jour-là ce qui m’a finalement permis de récupérer le premier partenaire. En somme, l’échec de ma stratégie initiale m’a complètement libéré et a eu un impact énorme ! »

Un serial entrepreneur n’a pas que des succès

Au-delà de l’aventure La Fourchette, Denis Fayolle a commencé à entreprendre à 24 ans. Toutes les entreprises n’ont pas été des succès – « Certaines n’ont duré que trois mois ! » – mais toutes ont conduit à des remises en question bénéfiques. Suite à l’aventure La Fourchette il décide de lancer un nouveau modèle d’entrepreneuriat. Il travaille sur des projets, les lance avec des associés fondateurs opérationnels qu’il choisit puis laisse la barre à ces derniers même s’il reste au board et physiquement dans les locaux de l’entreprise pour venir en aide si besoin. Un modèle qu’il a bien failli ne pas continuer suite à l’échec d’une start-up avec laquelle il souhaitait disrupter le maintien à domicile des personnes âgées. « Nous devions lever un million d’euros le mardi à midi et la veille nous avons appelé les investisseurs pour leur expliquer que nous arrêtions le projet. » La raison ? « Les deux fondateurs opérationnels ne s’entendaient pas. » Un échec qui a conduit le serial entrepreneur à remettre en question son modèle. « Cela a été un moment dur, nous avions travaillé dessus pendant neuf mois et nous avons dû tout arrêter. Je me suis beaucoup demandé si mon approche était pertinente, si je devais arrêter ou changer. Il a fallu que j’arrive à apprendre de cet échec. »

Chercher des valeurs communes

Il en faut cependant plus pour arrêter Denis Fayolle qui décide finalement de continuer, motivé par d’autres beaux projets issus de ce modèle comme Habiteo, Adrenaline Hunter ou encore Singulart. « En revanche, je me suis dit qu’il faillait que j’apprenne de cet échec de sorte à ne pas le reproduire. » L’entrepreneur s’intéresse alors de près aux mécanismes qui font que deux personnes s’entendent, au-delà même d’un projet professionnel mais dans une association ou une amitié. « Je me suis rendu compte que ce «fit» que je recherchais était basé sur des valeurs communes et du coup j’ai intégré dans mon process de constitution d’équipe de m’assurer que les valeurs de l’associé que j’allais chercher correspondent aux miennes. » L’entrepreneur va même plus loin et, au lieu d’aller chercher deux associés pour leurs compétences opérationnelles et les rassembler autour d’un projet, cherche à présent le premier associé qui va à son tour chercher le deuxième. « Ainsi le deuxième associé vient aussi pour le premier, ce qui est logique puisque ce sont eux qui vont travailler ensemble dans la même aventure entre cinq et 30 ans. Il est donc primordial qu’ils s’entendent ! »

Sortir de soi

A l’entendre l’échec est une vertu. « Aujourd’hui on promeut beaucoup le succès, mais ce qui est intéressant c’est que derrière tous les succès il y a des échecs. Il n’est pas suffisamment valorisé aujourd’hui en France alors que moi je le valorise énormément. » L’entrepreneur en veut pour preuve que lorsqu’il recherche de nouveaux associés il cherche des profils qui ont déjà créé une entreprise. De fait, cette première entreprise est souvent un échec. « Ils ont du coup été confrontés à la difficulté, ils ont appris beaucoup de chose sur eux-mêmes. L’échec est à mes yeux un des plus grands enseignements. » L’entrepreneur cite d’ailleurs cette célèbre phrase de Nelson Mandela, « je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends ». « En ayant monté 15 start-up j’ai appris énormément de choses que je n’aurais jamais apprises si je n’avais pas connu ces échecs. Cela permet de sortir de soi, de regarder en arrière et d’accepter qu’il y a quelque chose que l’on n’a pas vu. » Si l’échec est très valorisé aux États-Unis, Denis Fayolle trouve qu’il y a encore des efforts à faire en France. Il prône un changement d’état d’esprit qui passe par des réseaux qui vont valoriser l’échec, à l’instar des Rebondisseurs Français.

Nicolas Pagniez

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