Phénix: start-up anti gâchis, renaître après un divorce d’associés

Phénix, ni un Chevalier du Zodiaque, ni une ville d’Arizona. Juste un concept anti-gaspillage.
Phénix, ni un Chevalier du Zodiaque, ni une ville d’Arizona. Juste un concept anti-gaspillage.

Jean Moreau et Baptiste Corval, fondateurs de Phénix

Créer un champion de l’anti-gaspillage c’est osé. Le faire à la barbe et au nez de son ex-associé avec une entreprise concurrente l’est encore plus. Récit.

Créée en mars 2014, la start-up PHENIX gère aujourd’hui un parc de 500 magasins en France, au Portugal, en Espagne et au Danemark. Sans compter ses multiples relations avec le monde associatif et les collectivités territoriales. Aujourd’hui, la start-up voit le verre plutôt à moitié plein, la PME emploie 52 salariés et vient de remporter un prix PM’up avec une dotation de 180 000 euros émanant de la Région Île-de-France qui aide les TPE à supporter leur transition en PME.« Concrètement PHENIX, c’est 40 000 repas et 25 tonnes de déchets économisés par jour », s’enthousiasme Baptiste Corval, son co-fondateur. Les serial entrepreneurs n’en sont pas d’ailleurs à leur galop d’essai. « PHENIX symbolise à la fois la revalorisation des produits mais également notre résilience entrepreneuriale après les problèmes que nous avons rencontré sur notre deuxième projet d’entreprise », explique Jean Moreau. Et Baptiste Corval d’ajouter : « Nous sommes fiers de bâtir une entreprise qui possède une finalité d’intérêt général tout en ayant un modèle économique autonome. PHENIX démontre qu’il existe une voie médiane entre le monde non marchand et les start-up. Notre projet correspond davantage à la vision anglo-saxonne du social business ». Un discours dont la couleur optimiste est à contextualiser

Le démarrage ne s’est pas fait sans sueur. La faute à un concept neuf qui oblige donc ses fondateurs à évangéliser sur les façons de valoriser les invendus tandis que les Etats-Unis, ou plus près de chez nous, la Belgique ou le Danemark sont des pays beaucoup plus matures à ce sujet. La loi du 11 février 2016 relative à la lutte contre le gaspillage – qui interdit les magasins de grande distribution excédant les 400 mètres carrés de détruire les produits encore consommables, va circonscrire favorablement le marché de la start-up qui non contente de performer dans la supply chain des invendus va se jeter corps et âme dans la création de leur propre écosystème.

Jean Moreau ajoute : «Nous collaborons étroitement avec d’autres start-up qui nous sont complémentaires. A l’image de TooGoodToGo fondée par Lucile Basch qui vend à bas prix le surplus des restaurateurs. Nous venons aussi de lancer le PHENIX Lab pour industrialiser des projets pilotes. Et nous nourrissons l’objectif de travailler sur la transformation de produits (fruits et légumes abimés ou invendus transformés respectivement en confitures, sucreries et soupes, NDLR). La valorisation des déchets et le déstockage des consommables est en train de devenir un acte militant plutôt qu’un simple acte d’achat où la personne fait une bonne affaire » L’organisation de cette verticale sur le sujet de la récupération va permettre à terme de supporter quatre projets parmi lesquels on compte déjà Kollektou dont l’activité se concentre sur la récupération de pain rassis pour en faire de la poudre alimentaire pour animaux ou encore une autre start-up qui s’occupe de l’upcycling de ressources alimentaires pour en faire des peintures notamment à base de chocolat..

Leçons de maux

« Du jour au lendemain, nous nous parlons uniquement par courrier recommandé ou par huissier »

Racontez-nous votre mésaventure. Etait-ce possible de l’anticiper ?

J’étais en 2012 en poste en banque d’affaires. Baptiste lui avait monté une boite de prêt à porter. Via les alumni de Sciences Po, j’avais rencontré notre futur associé qui était en recherche de compétences techniques, commerciales et managériales. Notre futur associé souhaitait également trouver des profils capables de levers des fonds. L’ensemble me correspondait plutôt bien. En 2012, nous déposons à trois les statuts de notre entreprise. C’est toujours délicat de faire la part des choses dans les désaccords entre associés. La question se pose de savoir si la mésentente permet de continuer à avancer ou au contraire ralentit la croissance. Rapidement, les conflits rythment nos journées. Ce fut très lourd psychologiquement. Imaginez que du jour au lendemain, nous nous parlons uniquement par courrier recommandé ou par huissier alors que pendant un an, nous partagions le même bureau.

Y avait-il des répercussions directes sur le management et la gestion ?

Dès que la boite a grandi, le climat était tel que nous n’arrivions pas à garder les stagiaires, ni à entretenir des relations cordiales avec notre prestataire associé qui s’occupait de notre plateforme numérique. Une interview tenue dans un journal par notre associé nous a beaucoup questionné sur notre relation d’associés et l’avenir de la boîte. Cela a été le déclencheur et remis en cause toute notre aventure, un peu comme la révélation à la fin d’un film où vous vous refaites toute l’histoire à l’envers… Le climat était de plus en plus délétère au quotidien et cela touchait l’ensemble des équipes.  Nous possédions 51% des parts avec les investisseurs. La boîte était sclérosée. Nous avons fait appel à un mandataire judiciaire le temps que nous trouvions un porte de sortie. C’était soit le rachat soit la liquidation. Par deux fois, notre associé a refusé de se faire racheter ses parts. Il s’est aligné pour faire une contre-offre. Nous avons accepté à condition de pouvoir monter une nouvelle structure dans le respect d’un principe de concurrence directe.

Qu’avez-vous retenu de ce chemin de croix ?

Le mandataire est arrivé en novembre 2012 et le 21 mars 2013, nous créions PHENIX.. Nous y avons laissé pas mal d’argent et beaucoup d’énergie. Surtout au niveau psychologique mais on a gagné en maîtrise du droit des procédures et en expérience notamment en gestion de conflits et dans la relation avec les fonds d’investissement. Nous nous sommes faits notre cuir d’entrepreneur. On est ensuite reparti de zéro pour recréer une marque, une équipe, une confiance. . Cela nous a en définitive rapprochés avec Baptiste. On a fait la guerre ensemble, et on a pu tester la résistance et la complémentarité de notre duo. Je comprends mieux pourquoi les investisseurs ne jurent que par l’équipe. Et aujourd’hui c’est ce que je fais quand je rencontre les entrepreneurs dans le cadre du PHENIX Lab.

Propos recueillis par G.F

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