Comment revenir sur le ring de l’entrepreneuriat malgré un K-O cuisant suite à l’éclatement de la bulle Internet ? Eléments de réponse avec Anne-Cécile Worms, entrepreneure et chantre des arts numériques.

Un parcours haut en couleurs…
Un parcours haut en couleurs…

Débuts prometteurs. Au moment de créer sa première start-up, Anne-Cécile Worms était déjà à la tête d’une société de production. Déjà dotée d’un bagage entrepreneurial certain, elle se lance dans un nouveau projet de musique en ligne avec son associé et empoche le prix de l’Anvar de 500000 francs en 1999, devenant lauréate du premier appel du CNT – programme pour lancer les start-up sur Internet. Deux tours de table sont également conclus dans la foulée. Le premier avec des business angels, le second avec l’un des premiers incubateurs de France, Tokamak créé en 1997. « Nous étions en avance sur le marché. iTunes et les modèles de téléchargement n’existaient pas. Nous voulions représenter et diffuser des artistes qui n’avaient pas de “major”. C’était le début de la musique électro qui se développait via des labels indépendants et le lancement de vinyles sur des petites séries. Et la bulle Internet était pour l’instant un mirage… », nous narre Anne-Cécile Worms.

Un concept inédit mais trop en avance sur la technique et les mentalités

« Outre le concept de musique en ligne, nous devions montrer aux investisseurs cette fameuse courbe de croissance où l’on commençait à dépenser beaucoup d’argent avant d’en gagner énormément, ce qui nous permettait ensuite de revendre. Bref, afficher une perte pour aller dans le “go global, go fast”. J’en suis revenue, de ce modèle », se remémore Anne-Cécile Worms. Au tournant du millénaire, le modèle de la musique en ligne était à ses prémices et le mini-disc encore vivant, la bande passante très coûteuse et les investissements lourds : « Nous voulions trouver la bonne formule pour faire une radio en ligne. Nous avions développé toutes sortes de partenariats avec notamment Apple qui nous avait placés sur la homepage de son site et envoyé quelques Mac. Ils nous avaient considérés comme porteurs d’un projet innovant et pilote. Nous avions investi dans une antenne satellite à hauteur de 100000 euros pour retransmettre des concerts », énumère la dirigeante. Mais la faillite pointe définitivement son nez en 2001 par manque de résultats.

Leçons de maux

« La première leçon que j’ai tirée ? Celle qu’il faut savoir arrêter son activité au bon moment. J’ai fermé un peu trop tard, même si l’entreprise n’avait pas de dettes. Nous devions revendre l’entreprise à France Télécom. Mais avec le recul, j’aurai dû renoncer plus tôt, relativise la serial entrepreneure. La seconde leçon que j’ai apprise est la conséquence de la première. Celle de la solitude de l’entrepreneur. »

Outre des partenaires qui prennent rapidement la poudre d’escampette, une désillusion plus grande attend Anne-Cécile Worms au moment de la faillite : « J’avais 17 salariés. Je croyais qu’avec le fonctionnement start-up, il y avait une plus grande proximité avec l’équipe, qu’on réussissait mais aussi qu’on se plantait ensemble. Mais en fait, tout cela est faux, on se plante tout seul », explique Anne-Cécile Worms.

Malgré cet échec, les relations avec les investisseurs restent bonnes. « Nous avions co-construit le business model avec les investisseurs qui vivaient également de plein fouet l’éclatement de la bulle Internet. Mais de cette expérience, je retiens qu’il faut surtout apprendre à dire non quand les décisions sont seulement prises au nom de la performance et non pour la pérennité de l’entreprise. Il faut savoir imposer sa vision et ne pas penser à revendre son entreprise trop vite. Cette aventure m’a donné une posture de prudence », confie Anne-Cécile Worms.

De l’associatif à une nouvelle soif d’entreprendre

Après cet échec, « je me suis dit que je ne serais plus jamais entrepreneure, mais j’avais en tête la création d’une association pour lancer ce qui deviendrait le MCD (magazine des cultures digitales) », relate l’ancienne directrice des publications. Mais après 13 ans de diffusion, Anne-Cécile Worms a récemment décidé de stopper la conception de son média. « Le papier est un business sans modèle où il faut sans cesse se battre pour trouver de nouveaux partenariats. Mais le métier, je l’adorais : faire de la veille, être éditrice, journaliste, rencontrer des producteurs, des artistes, monter des formations qui mêlent numérique et art… » Au fil des années, l’entrepreneure se constitue un carnet d’adresses foisonnant de contacts internationaux. Le magazine lui servira dès lors de tremplin pour repartir sur les voies de l’entrepreneuriat. L’expérience sur le terrain associatif amène également Anne-Cécile Worms sur de nouveaux chantiers, comme son média en ligne « Makery », dédié à l’univers des « makers », le lancement de MOOCs ou de formations en lien avec le numérique…

Le déclic? Une rencontre avec un éditeur spécialisé dans les arts numériques, qui crée une communauté en ligne à chaque sortie pour actualiser son contenu. « Je décide alors de co-fonder la SARL Digital Art International qui propose aux entreprises et aux collectivités des productions artistiques sur mesure. Nous avons décidé de mieux choisir nos partenaires. Axa rentre ainsi au capital parce que ce grand groupe est leader mondial dans le domaine de l’art. Conjointement, je suis également une formation sur le leadership à Stanford », relate la dirigeante.

La collaboration avec son premier associé se termine en 2013. « Je décide de lui revendre la marque commerciale Digital Art et continue avec une nouvelle identité Art2M. Aujourd’hui, Jérôme Chailloux, également entrepreneur, m’a rejoint en tant que directeur de l’innovation. Notre modèle économique repose sur la commercialisation de co-production artistique exclusive et donc sur le talent de l’artiste et la vigueur de la communauté qui soutient les productions. Et nous tenons également à répartir équitablement les richesses sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Les droits d’auteurs représentent 50% de la prestation. Nous avons également lancé un “Art Lab” », se réjouit l’entrepreneure. Aujourd’hui, ce travail de réseautage et de production artistique commence à porter ses fruits. EADS, la Gare de l’Est, Airbus et des grandes marques d’alcool font appel aux services d’Art2M qui a déjà lancé des œuvres telles que le gant connecté du beatboxer Ezra, les lapins fluorescents d’Edouard Kac, le projet Waterlight – des leds qui s’illuminent au contact de l’eau – d’Antonin Fourneau… Mais la soif d’entreprendre d’Anne-Cécile Worms n’est pas encore étanchée. Si bien que l’entrepreneure a récemment lancé Art Jaws, plateforme de vente d’œuvres d’art en ligne, en partenariat avec Axa, tout en perpétuant son asso, ses médias web et bien sûr son entreprise Art2M. Sacré rebond.

Geoffroy Framery

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