« J’ai beau me dire que cela sera profitable à terme, j’ai encore un doute… »
« J’ai beau me dire que cela sera profitable à terme, j’ai encore un doute… »

Montagnes russes

Après une croissance fulgurante, Nicolas Doucerain, à la tête du cabinet de conseil en recrutement Solic, a connu en 2009 une descente aux enfers, qui lui a été… profitable.

A ses yeux, l’échec est une nécessité. « Il faut se casser la figure pour apprendre à marcher, fait valoir le dirigeant. C’est la même chose pour l’entrepreneur. »

L’échec, Nicolas Doucerain l’a connu sur le tard ; l’entrepreneur a d’abord été coutumier des success stories. Lorsqu’il reprend en 1996 Solic carrières, à l’époque filiale d’une société de services en ingénierie informatique fondée par son père, le futur dirigeant n’a pas encore 20 ans. Mais le défi ne fait pas peur à cet autodidacte, qui peut déjà se prévaloir d’un beau parcours professionnel : « J’ai arrêté mes études avant même ma majorité, fait valoir Nicolas Doucerain. J’ai démarré dans le secteur de l’automobile, où je suis passé directeur commercial au bout de trois ans et demi. »

Grandeur et décadence

Ces débuts prometteurs encouragent le jeune homme dans son ambition. Lorsqu’il prend les rênes de Solic carrières, la société n’est encore qu’une coquille vide. Avec l’arrivée de l’euro et le passage à l’an 2000, Nicolas Doucerain mise sur la révolution numérique : « J’ai décidé d’en faire un cabinet de conseil en recrutement spécialisé dans les systèmes d’information », indique le dirigeant.

Le pari s’avère gagnant. Très vite, la société connaît un essor fulgurant. « Solic enregistrait une croissance de près de 40% par an, s’enorgueillit Nicolas Doucerain. Nous avons ouvert des bureaux en région, puis sommes partis à l’international pour accompagner de grands groupes français dans leurs déploiements. » C’est le début d’une aventure sans nuages qui dure plus d’une décennie. En 2008, la société compte 92 collaborateurs et réalise 10 millions de chiffre d’affaires par an.

Tout bascule le 15 septembre de la même année, jour de la faillite de Lehman Brothers. Solic compte parmi ses clients de grands groupes bancaires et prend la tempête de plein fouet. « Il n’aura pas fallu attendre une demi-journée avant que les premiers gros donneurs d’ordre annoncent le gel temporaire de tous nos contrats », s’afflige Nicolas Doucerain. Et l’orage n’en est qu’à ses débuts : en deux mois, l’entreprise perd plus de la moitié de son chiffre d’affaires.

Ce retournement spectaculaire est très dur à accepter pour le dirigeant et ses collaborateurs, d’autant que l’échec leur était jusqu’ici étranger. « Cela a été un véritable tsunami, reconnaît Nicolas Doucerain. Mes salariés étaient complètement déboussolés par la violence de la crise. »

Mobilisation générale

Pour le chef d’entreprise, pas le temps de tergiverser : l’heure est aux économies drastiques. « Il y avait un élément essentiel pour moi : lorsqu’on est en pleine tempête, l’équipe dirigeante doit se montrer exemplaire pour mobiliser les salariés », souligne Nicolas Doucerain. Le dirigeant commence donc par baisser son salaire et demande à l’ensemble du comité de direction de faire de même.

Evidemment, cette mesure ne suffit pas à redresser la barre. La société de services doit bientôt procéder à des licenciements. « Cela a été très dur humainement, car mes collaborateurs m’étaient très proches », se souvient Nicolas Doucerain. Mais cette expérience s’avère également être une grande leçon de management : « Je pensais que les salariés qui resteraient à mes côtés se mobiliseraient pour affronter la tempête avec moi, indique le dirigeant. Mais très vite, je me suis aperçu qu’ils n’avaient qu’une seule peur, c’était d’être licenciés à leur tour. »

A l’inverse, Nicolas Doucerain connaît quelques bonnes surprises : « Certains de mes collaborateurs, que je croyais les plus fragiles, ce sont montrés les plus courageux, estime-t-il. Comme dans l’amitié, c’est dans l’adversité que l’on se rend compte de la vraie valeur des gens. »

Pour remobiliser ses troupes, le dirigeant lance à ses équipes un appel à projets destiné à développer de nouvelles offres plus adaptées au marché. « Il s’agissait d’abord d’occuper les esprits pour éviter les messes basses devant la machine à café, reconnaît le jeune homme. On a retenu trois ou quatre projets, qui nous ont permis de générer quelques succès et d’enclencher un cercle vertueux. » Remotivés, les salariés n’hésitent pas à faire des heures sup’ et à travailler le week-end pour sauver leur entreprise.

Une seconde chance

Mais l’ampleur de la crise conduit le dirigeant à prendre une décision que beaucoup d’entrepreneurs redoutent. « En juin 2009, j’ai placé mon entreprise en redressement, indique-t-il. Peu de gens font la différence entre un redressement judiciaire et une liquidation. Or, un redressement ne signifie par la mort de l’entreprise : cela permet d’avoir une dette pas trop importante. »

C’est ce coup de poker qui va lui permettre de sauver ce qui reste de sa société, qui compte encore une trentaine de salariés. Au bout de six mois, le tribunal de Commerce décide de valider son plan de continuation. Solic échappe de justesse à la liquidation. « Nous n’avions statistiquement que 2% de chances de survie, et nous avons réussi ! » s’enorgueillit Nicolas Doucerain.

La société, qui a remporté entre-temps un gros appel d’offres, redresse progressivement la barre. Peu à peu, elle restaure son CA. « Nous avons fini par rembourser nos dettes », fait-il valoir.

La crise comme opportunité

Son expérience de la crise, le chef d’entreprise a décidé de la mettre à profit. D’abord en la partageant dans un ouvrage (1). Ensuite en lançant le mouvement Entreprendre pour la France, qui vise à faire entendre davantage la voix des entrepreneurs. La crise ne lui a pas été entièrement préjudiciable ; paradoxalement, cette expérience et la sortie de son livre lui ont ouvert de nouvelles portes. « J’ai été sollicité pour accompagner des chefs d’entreprise dans la gestion de crise », indique le dirigeant. Pour profiter de ces opportunités naissantes et repartir sur de nouvelles bases, Nicolas Doucerain a lancé en juin dernier un nouveau cabinet spécialisé dans la gestion de crise, baptisé U-men. « C’est grâce à mon expérience de l’échec que je peux faire mon métier aujourd’hui », lance le dirigeant. Une belle façon de rebondir – et un joli pied de nez au destin..

« Ma petite entreprise a connu la crise » (cf. brèves page culture) de Nicolas Doucerain, éd. François Bourin, 2011.

Catherine Quignon

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