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Des bosses au bosseur

 

Profession : sportif de haut niveau. Et après les exploits ? À tout·e champion·ne se pose la question lorsque les médailles ne nourrissent plus son homme, sa femme. Edgar Grospiron, champion du monde du ski acrobatique rayon bosses, champion olympique, s’est (mal) posé la question à 26 ans. Vingt ans plus tard, il révèle comment il a trouvé la bonne piste.

Les carrières longues, Edgar connaît ! La sienne a commencé à 18 mois, sur des skis. Ce Jurassien transplanté à Avoriaz puis Morzine dans les Alpes grimpe sur son premier podium de coupe du monde à La Clusaz en 1987. Dix-huit ans… Après, c’est un enchaînement de bosses et de médailles – premier champion olympique, 1992, champion du monde, 1989, 1991, 1995 et champion de la coupe du monde des bosses, 1990, 1991, 1992, 1994. Au passage, il oublie le BEP de commerce entamé. À 26 ans, celui qui « évacuait le sujet de l’après-carrière » se disait simplement « si je réussis, j’aurais des sponsors ».

Et c’est un peu le parcours « naturel » des champion·nes retiré·es des pistes. Pour lui, Pepsi, Salomon, La Clusaz qui lui procuraient des « fixes » font appel à sa notoriété, dans la foulée des contrats. Il vient de « sortir par la grande porte », il est « bankable » au possible. Mais sans primes, le revenu de l’or diminue. Avec feu Tam-Tam, entre autres parrains, il boucle bien un indoor de skis de bosses à Bercy, il commente bien quelques manifestations à la télé, mais Edgar Grospiron sent bien qu’il ne tient pas un métier.

 

Châteaux de sable

Même ses participations à des concours professionnels de ski accro aux États-Unis, ses shows et ses succès malgré des cotes à 41 contre 1 qui enrichissent les rares parieurs à miser sur le Frenchie, près du lac Tahoe, lui donnent le sentiment, malgré les dollars encaissés, de simplement « vivre sur ses acquis ». À l’heure du bilan, il s’aperçoit, dit-il, primo, qu’il n’est pas fait pour l’entreprise (« je suis trop indépendant »). Secundo, ses prestations lui inspirent une image : il fait des tas de sable à côté du beau château bâti par le sport qu’il laisse crouler.

Et tertio, comment consolider une activité sans partir de zéro alors que des diplômé·es de 5 à 10 ans d’expérience lui seront toujours préféré·es ? Un documentaire lui livre la « bonne » question. Tant que les Américains cherchaient où Ben laden pouvait se cacher, ils faisaient chou blanc. Ils l’ont « logé » quand ils ont répondu à la question « Qui peut le cacher ? ». Edgar traduit l’image en une formule superbe : « La question n’est pas “que faire dans la vie”, mais “que faire de ma vie” ? » Il en découle les réponses à « quel projet ? », « quelle valeur ajoutée ? » et « quel business lucratif en tirer ? »

 

Programmer les bonnes questions

Les formations dans lesquelles il investit – 25 jours par an – vont lui donner les clés. Notamment celle qu’il consacre à l’apprentissage des neurosciences. « Le cerveau, comprend-il, se programme pour aller chercher les bonnes réponses, les bonnes rencontres si on a posé les bonnes questions. » Ce que l’on prend parfois pour du hasard ou de la chance n’est que la focalisation plus ou moins consciente d’un mental tourné vers des lectures, des rencontres, une induction. Les chiffres qu’il a appris se montrent vertigineux : « Le cerveau humain traite 4 milliards d’infos en permanence, il induit 33 000 décisions à tout moment, seul 0,76 % remonte à la conscience. » Creci Consultants, spécialiste des ressources humaines, l’a fait venir à Courchevel, un jour, simplement pour qu’il raconte sa vie.

Lui succède un consultant de métier dont il boit les paroles. Il comprend qu’il a trouvé sa voie : il se formera au conseil en entreprise : coaching, formation, conférences. « J’apprends très vite car je suis dans ma zone de talent, celle que le sport – pourquoi on performe, pourquoi ça “percute” – m’a donné de façon intuitive. » Vingt ans plus tard, Edge, sa boîte, n’arrête pas de sortir de sa zone de confort.

 

Pivoter vite et investir

Une zone que Grospiron avait trouvée… avant la pandémie, la conférence, depuis 2008. Quelque 80 par an dans la fourchette de rémunération haute des 6 000/10 000 euros. Un ensemencement patiemment bâti via des sites, les réseaux sociaux, la prospective, les agences spécialisées de conférences et même… un encart publicitaire dans feu TGV Magazine ! Mais en 2020, le virus balaie le fort programme. L’ex-champion d’une seule discipline comprend qu’il vend un produit unique sur un monomarché qui exige sa présence physique, « autrement dit, je ne suis pas scalable ». L’idée de l’adaptation, il l’a facilement : multiplier les « produits » et les cibles (1 % du travail).

Il a parcouru le reste du chemin du passage à l’acte (99 %) en concevant, tournant et commercialisant des master classes et des visioconférences. Après 50 000 euros d’investissement dans un plateau de tournage et un recrutement, celui qui vendait sa présence 8 000 ou 10 000 euros commercialise du clé en main à 500 euros. Il en faut ! Sur tous les sujets assortis de webinaires gratuits pour les vendre. Un seul concept, « filer la pêche aux gens. » Vaincre leur résistance. Les rendre libres d’évoluer dans les transitions. Celle de l’environnement comme les autres. Motiver. Celui qui effaçait les bosses aplanit les terrains. Ça mérite une nouvelle médaille d’or.

OLIVIER MAGNAN

 

Les Rebondisseurs Français

Ce qu’en disent Les Rebondisseurs Français : association partenaire d’Écoréseau Business

Le parallèle entre le sport et l’entrepreneuriat vaut par bien des aspects, dont la capacité de rebond. Le parcours d’Edgar Grospiron inspire beaucoup de chef·fes d’entreprise : par ses performances mais aussi par son audace et sa capacité à se réinventer pour créer plus de valeur ailleurs et autrement.

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