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C’est une étude attendue chaque année tant elle aide à comprendre et à analyser un secteur au cœur de toutes les attentions : le Baromètre des flottes et de la mobilité publié par l’Arval Mobility Observatory France. L’analyse – à travers plus de 6 000 entreprises européennes – des évolutions des parcs automobiles professionnels. Et pour 2021, les chiffres se montrent très bons. D’abord parce qu’ils dénotent un véritable intérêt des entreprises pour leurs flottes de véhicules : malgré la crise sanitaire, les crises énergétiques et les enjeux climatiques, 92 % des dirigeant·es français·es pensent que leur flotte automobile va rester stable dans les trois prochaines années, voire augmenter.

Et le télétravail, un temps généralisé en entreprise, n’a impacté qu’une entreprise sondée sur cinq. En clair, les entreprises continuent à s’équiper en véhicules et ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. Autre donnée importante, celle de la location longue durée, qui reste le financement privilégié pour près d’une entreprise de l’hexagone sur deux, tant elle présente des avantages dans la gestion et le financement des parcs automobiles. À l’image de l’entreprise Athlon, par exemple, qui propose des gammes de véhicules en location moyenne ou longue durée pour amortir le coût d’acquisition de véhicules.

 

La loi d’orientation des mobilités : un véritable boom pour le secteur

Une autre composante a également contribué à un véritable bouleversement dans le domaine, la dimension réglementaire. La loi d’orientation des mobilités (LOM) a fixé des objectifs très clairs de quotas de véhicules propres dans les parcs automobiles des entreprises et des collectivités locales. Les flottes publiques de l’État et de ses établissements publics devront se recycler en véhicules propres à hauteur de 50 %. Pour les entreprises, cet objectif de renouvellement est fixé à 10 %. Conséquence directe, 73 % des sociétés se disent favorables à enclencher l’achat de véhicules propres dans les plans de renouvellement des parcs automobiles. On part de loin : pour l’heure, seuls 3 % du parc automobile professionnel est composé de véhicules propres. Cet enjeu de verdissement de l’automobile en entreprise ne se limite pas au b to b. Les actions prises à l’échelle professionnelle ont un rejaillissement quasi immédiat sur la population.

« Près de 40 % des véhicules achetés neufs chaque année en France sont des véhicules professionnels, détaille Arnaud Gauffier, directeur des programmes au WWF France. Au bout de 4 ou 5 ans, ces voitures entament une deuxième vie sur le marché de l’occasion où près de 75 % des ménages modestes s’approvisionnent. » L’impact se montre donc considérable pour les particuliers comme les professionnels. « Si les flottes d’entreprises s’électrifient, un grand nombre de Français·es pourront avoir accès, via ce marché de l’occasion, à des voitures de faibles émissions et bon marché. » Oui, mais, dans cette volonté d’électrification des parcs automobiles en entreprise, une crise de l’offre frappe le secteur depuis plusieurs années.

« Les parkings sont vides, résume Didier Barbeau, fondateur du site flotte-auto. fr, qui s’occupe de mise en relation entre clients acheteurs de flottes de véhicules et revendeurs. Il nous est compliqué de répondre à toutes les demandes de renouvellement des parcs automobiles. Vouloir acheter un utilitaire neuf, qui plus est électrique, par exemple, relève aujourd’hui du parcours du combattant. »

 

La pénurie impacte durablement les flottes automobiles

Ce n’est pas nouveau. Depuis 2020, le marché automobile est frappé de plein fouet par une pénurie de semi-conducteurs, de petits composants électroniques indispensables dans la production du matériel informatique de certaines voitures. Conséquence, une baisse du nombre de véhicules disponibles sur le marché. En 2020, les constructeurs automobiles avaient drastiquement réduit les commandes de ces semi- conducteurs pour plusieurs années pour anticiper une baisse de la demande post crise sanitaire. Mauvais choix ! La demande est repartie à la hausse bien plus vite que prévu.

« Beaucoup semblent avoir oublié que l’on sort de deux années de crise sanitaire, analyse Nicolas Clément, chef de projet chez Electro Mob. Pourtant, cette crise a augmenté les délais de production à cause de la raréfaction des matières premières. » Pour autant, le spécialiste de ce sujet, qui ne manque pas d’arguments lorsqu’il s’agit d’expliquer l’intérêt d’équiper son entreprise de véhicules électriques, n’observe pas des délais d’attente trop rallongés. « Pour une entreprise, il faut attendre quelques mois pour obtenir les véhicules commandés. » Une affaire de patience, donc.

 

Bornes de recharge : une logistique à penser

Mais un enjeu majeur demeure, pour la mise en place de flottes de véhicules électriques, l’installation de bornes électriques dans les entreprises et dans le réseau public. En la matière, les ambitions sont grandes pour les pouvoirs publics. En Europe, par exemple, on souhaite un déploiement d’un million de bornes de recharges électriques d’ici à 2025. Concernant la France, ce sont plus de 55 000 bornes qui sont d’ores et déjà en service. « L’augmentation du nombre de bornes est une excellente nouvelle et participe à l’essor du secteur, poursuit Nicolas Clément. Dans notre entreprise, par exemple, notre carnet de commandes se remplit jusqu’à l’automne prochain.

Dans notre entreprise, par exemple, notre carnet de commandes se remplit jusqu’à l’automne prochain. Mais il ne faut pas non plus faire n’importe quoi lorsqu’on lance des projets de construction, car ce qui devait être une source d’économie d’argent peut vite se transformer en gouffre financier – Nicolas Clément, Electro Mob.

Mais il ne faut pas non plus faire n’importe quoi lorsqu’on lance des projets de construction, car ce qui devait être une source d’économie d’argent peut vite se transformer en gouffre financier. » Et le spécialiste de citer des exemples d’entreprises où il intervient : « Lorsque l’on se lance dans l’acquisition de bornes de recharge, on a tendance à en vouloir plus pour anticiper l’achat à venir d’une flotte électrique. Mais à mon sens, il vaut mieux installer le juste nécessaire pour éviter de se retrouver avec des frais d’entretien trop importants, quitte à mettre en place les dispositifs logistiques pour augmenter rapidement le nombre de bornes dans son entreprise. » De ce fait, le chef de projet regrette d’ailleurs le manque d’acculturation des particuliers comme des professionnels sur ce marché de l’automobile électrique.

« Aujourd’hui, il manque une vraie culture de l’automobile électrique. Ainsi, les gestionnaires de flottes devraient davantage réfléchir aux usages de leurs véhicules pour mieux anticiper l’achat des automobiles et des bornes de rechargement. Il ne sert à rien d’avoir des outils trop puissants pour des véhicules qui restent de longues heures à l’arrêt tous les jours. » Il n’empêche. Ce secteur des bornes de recharge représente un vrai eldorado pour les entreprises qui les installent. Enedis a obtenu un financement européen de 800 millions d’euros pour le raccordement des énergies renouvelables décentralisées et des bornes de recharge de véhicules électriques en France métropolitaine sur la période 2022-2024. Affaire d’opportunité, de nombreux acteurs voient le jour dans le secteur. Méfiance. « Il convient de toujours s’assurer de la fiabilité des constructeurs pour être sûr que la solution proposée réponde aux besoins et aux usages en entreprise », alerte Nicolas Clément.

 

Guillaume Ouattara

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