C’est un mot d’ordre, un cri unanime, la perspective du salut : re-lo-ca-li-ser. Un sondage en plein confinement mené pour le conseil en communication Comfluences a, entre autres consultations, bien établi que les Français·es, qui se sont à peine rendu compte du transfert vers l’étranger de 4,2 % des sociétés marchandes non financières de 50 salariés entre 2009 et 2011 (Insee, 2016), veulent désormais à tout prix les voir se réinstaller dans l’hexagone. Difficiles à chiffrer, les destructions d’emplois induites par le transfert à l’étranger de productions se comptent en dizaines de milliers. Pas de miracle : les grands groupes ne vont pas reconstruire des usines (d’autant que l’on veut préserver les terres arables) et recruter à grande échelle. Mais le réamorçage est réel. Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée de l’Industrie, nous l’a dit haut et clair : elle suit de près des dizaines de dossiers à commencer par l’usine Sanofi primitivement envisagée à Singapour mais qui s’élèvera en France. Au-delà de l’effet Montebourg qui voit désormais sa « vision » du made in France triompher, les avantages et les inconvénients de la « dé » et de la « re » (localisation) commencent à se rééquilibrer. Or les avantages de la « dé », manifestes, ne sont pas négligeables : abaissement des coûts de 30 à 60 %. Souplesse d’adaptation en cas de montée en charge ou de baisse d’activité. Compétences inexistantes en France. Recentrage sur son activité principale. Amélioration de la productivité. Effet de boost sur le système informatique. Mais justement, l’on prend conscience que ces avantages – hors le coût intrinsèque de la main-d’œuvre – appartiennent à une vision du passé. Car les inconvénients de la « dé » ne sont pas mineurs, à commencer par, souvent, la perte de contrôle de l’activité (et du savoir-faire). L’énergie parfois colossale à consacrer à l’installation off-shore (où entrent la langue et la culture). Le contrôle de la qualité (avec l’atteinte d’image de la firme française en cas de défaut). Les délais de livraison. Les exigences environnementales…

Relocaliser n’est pas simple. Un produit est composite et jamais 100 % « domestique ». Et si les prix du « fabriqué en France » augmentent, il n’est pas sûr que la volonté populaire parfois simpliste d’acheter français n’en soit pas entamée. Mais l’effet covid n’est pas étranger à cette prise de conscience que la Chine ne doit pas forcément rester l’usine du monde…

Olivier Magnan

Au Sommaire du dossier 

1. Interview Agnès Pannier-Runacher

2. La relocalisation dans tous ses états

3. À quoi ressemble une relocalisation en France ?

4. Mapping de l’innovation : Les firmes délocalisées un peu partout dans le monde…et qui ne se relocaliseront jamais

 

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