L’entreprise au XXIe siècle : ce qui change, ce qui coince, ce qui s’ouvre

Imaginer l’entreprise du futur, dans dix, vingt ou trente ans, relève d’une futurologie que ne gouverne plus la seule statistique : projeter les tendances, comme les prospectivistes s’y employaient, ne suffit plus. Il faut désormais jongler avec l’imprévisible (Nassim Nicholas Taleb) et se rendre à l’évidence : les scénarios, rationnels comme littéraires, se contredisent. Aujourd’hui, IA et robots, grande affaire des grands groupes, pataugent : une enquête d’IDC sur l’adoption de l’IA en entreprise, menée auprès d’organisations mondiales, délivre un premier bilan pas si étonnant : « Une entreprise sur quatre voit 50 % de ses projets d’intelligence artificielle échouer. » L’avenir, pourtant, sera pavé d’adaptations réussies. Ritu Jyoti, vice-président aux Stratégies IA chez IDC, directeur de l’étude, persiste : « Les entreprises doivent adapter leurs employés, processus, technologies et données afin de pouvoir tirer pleinement parti de l’intelligence artificielle. Celles qui le feront profiteront d’un engagement accru des consommateurs, d’une meilleure compétitivité, d’un rythme d’innovation accéléré et d’une productivité en hausse. La mise en place d’une stratégie IA est donc indispensable pour pouvoir atteindre les objectifs de l’entreprise… »

À condition de centrer cette stratégie sur des compétences humaines revalorisées, aidées par une automatisation maîtrisée. « Mon sentiment est qu’on vit un effet de trompe-l’œil. L’attention est polarisée sur certains aspects numériques de l’usine du futur. Or le besoin réel n’est pas numérique, il est manufacturier ! » affirme Maxime Hardouin, dirigeant d’AeroSpline, PME de dix personnes, spécialisée dans la robotique collaborative – la cobotique. Il « rejette en bloc les fantasmes d’une usine du futur entièrement gouvernée par le numérique ». Son autoroute du futur est sillonnée de « cobots légers, déplaçables, qui s’adaptent à l’environnement de travail et qui sont pilotés par les compagnons ».

L’entreprise ? Un cirque…

Tout aussi éclairante s’avère l’analyse de trois professionnels en entreprise, Clément Bérardi, Julien Eymeri et Francis Rousseau, dont le livre, On ne dirige pas une boîte avec des camemberts ! Manifeste pour l’entreprise du futur, paraîtra en février 2020 chez Flammarion. En substance, anticipe Clément Bérardi, la croissance, sélective, pilotera nos entreprises. À l’image de sa filiale Dalkia, EDF va travailler à abaisser la consommation énergétique, a priori contre son intérêt intrinsèque. Mais le groupe a déjà exprimé sa volonté d’accompagner la société à respecter l’environnement. « L’avenir, soutiennent nos auteurs, appartient aux entreprises qui, aux antipodes des GAFAM qui veulent nous faire consommer plus, mettront en place des technologies de consommation moindre et plus qualitative. » Nos prospectivistes poussent à « repenser le pack entrepreneurial » : y entrent la remise en cause de la rémunération exorbitante des dirigeants et l’optimisation fiscale outrancière, la financiarisation de l’entreprise, parallèle à sa chaîne de production. Leur image ? Le cirque, modèle de l’entreprise du futur : antithèse de l’approche pyramidale processée, le cirque privilégie la troupe en mode horizontal (le jongleur n’est pas supérieur au clown), fonctionne en mode transgénérationnel au rythme du spectacle. Et vous, comment voyez-vous votre entreprise au XXIe siècle ?

Au Sommaire du dossier 

1. Entre automatisation, numérisation, accélération et doutes

2. Les régions : climats d’avenir

3. Quel travail demain ?

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