Le financement des entreprises en 2018

Encore trop tôt pour anticiper les effets de la loi Pacte…
Encore trop tôt pour anticiper les effets de la loi Pacte…

Choisir la bonne option selon ses besoins

Les entreprises disposent aujourd’hui de nombreuses options pour se financer, même si elles ne sont pas nécessairement simples à utiliser.

Pour toute entreprise (ou presque), la question du financement est toujours importante – et parfois délicate. « De façon générale, les sociétés françaises manquent de fonds propres », souligne Nicolas Brige, directeur des entreprises et du développement économique à la CCI de Caen. « Cela a des répercussions notamment sur l’innovation, qui demande de la trésorerie. » Après quelques années un peu difficiles (compréhensibles en temps de crise économique mondiale), cependant, la situation s’améliore : le capital-investissement a levé en 2017 16,5 milliards d’euros (contre 14,7 milliards d’euros l’année précédente), un record ; l’encours des crédits aux entreprises a augmenté de 5,6 % sur un an en 2017, contre 4,4 % l’année précédente… Plus important encore, de nouveaux modes de financement sont apparus, et d’autres confirment leur potentiel. Il est trop tôt encore pour se prononcer sur l’influence de la loi Pacte (qui veut inciter les Français à placer leur épargne dans les entreprises), sur le prêt interentreprises (qui semble pour l’instant ne pas avoir été utilisé par grand-monde), ou encore sur les prometteurs minibons (un système de financement participatif par bons de caisse, maintenant revendables). Mais les options disponibles sont nombreuses : dette bancaire, subvention, augmentation de capital, aides publiques, financement participatif…

Le prêt bancaire toujours roi

Chez les TPE et les PME, en matière de financement, le crédit bancaire reste très majoritaire. Bonne nouvelle, aujourd’hui, le contexte est favorable : les taux sont bons, et devraient le rester – et le secteur semble en 2018 être tout aussi dynamique qu’il l’a été l’an passé. « Il y a, en un sens, un effet d’aubaine, mais l’analyse faite par les banques reste la même », souligne Frédéric Rochoux, responsable du développement commercial entreprises chez ‎BNP Paribas. « Aujourd’hui, un dossier correctement bâti trouve à se financer. » De plus, en professionnels aguerris du milieu, les banques multiplient les services, digitalisent leurs offres – il est maintenant possible de demander et d’obtenir un crédit entièrement à distance… Certains acteurs se sont même spécialisés dans un profil particulier d’entreprise à l’image de la banque Palatine, référente sur le marché des ETI. Judicaël Perrin, Directeur Adjoint du Marché Entreprises précise : « La banque Palatine est tournée toute entière vers les ETI et ses dirigeants. Nous cultivons un lien stratégique avec eux, notamment sur leur réflexion en matière de croissance. Cela se décline côté services en solutions de financement classique, bilatéraux ou en organisation de dettes avec plusieurs établissements. Notre offre “6-15”  (millions d’euros, NDLR.) couvre de nombreux cas de figures où les entreprises veulent une solution de financement agile et rapide, associant leurs 2-3 principales banques sur des montants raisonnables. Nous organisons aussi la dette non bancaire de nos clients en organisant notamment des émissions d’Euro PP. Nous accompagnons enfin les ETI sur les introductions boursières et les levées de fonds ».

D’autres enfin capitalisent sur leur data pour proposer des solutions de sécurisation comme le met en avant Creditsafe, fournisseur d’informations BtoB mondial qui avec 240 millions de rapports complets sur des entreprises actives de 90 pays vous permet de clarifier la situation d’un client ou d’un fournisseur. Bref, la domination du crédit bancaire n’est pas près de s’arrêter. Malheureusement, la préférence des établissements bancaires pour le matériel n’évolue pas non plus, malgré l’apparition de solutions dédiées notamment au financement de l’innovation.

Les banques présentent l’avantage certain d’être un des rares acteurs du financement à pouvoir agir sur du court terme, et ce n’est pas un hasard si elles proposent toutes aujourd’hui des solutions d’affacturage (cf. encadré). Mais pour pouvoir bénéficier de cette rapidité, voire de façon générale, il vaut mieux ne pas découvrir son interlocuteur le jour du dépôt de sa demande. « L’élément le plus important, pour réussir son opération de financement, est d’avoir une vraie proximité avec son chargé d’affaires : avoir des échanges fréquents, le tenir informé de l’évolution de l’entreprise, lui présenter en amont les projets… », estime Frédéric Rochoux.

La jungle des financements publics

Entre des subventions, des crédits d’impôt, des exonérations fiscales et des prêts à taux zéro ou bonifié, les aides publiques en France proposent de multiples accès au financement. Il ne faut pas hésiter non plus à jeter un œil au niveau supérieur : l’Europe propose plusieurs dispositifs – en majorité tournés vers le financement de la R&D –, et d’autres devraient suivre. Malheureusement, y recourir est rarement une opération simple. Le premier problème est de s’y repérer. « Il y aurait entre 800 et 1 000 dispositifs en France, explique Frédéric Rey, directeur associé d’Aread. Mais ils sont cependant très ciblés. Tous visent le même objectif : créer de l’emploi en France. » Quatre critères de base sont partagés : le secteur d’activité (certains ne peuvent pas bénéficier d’aides), la taille de l’entreprise (les TPE et PME sont favorisées), la localisation (il y a plus d’aides pour s’installer dans la Creuse qu’à Paris), et le domaine (l’expertise ou innovation apportée). Et ensuite, chaque dispositif a ses propres critères, exigences et démarches. Autant dire que pour trouver la perle rare, l’aide d’un expert est précieuse. « Sur le principe, nous ne devrions pas exister. Mais le besoin est réel », sourit Frédéric Rey.

Le deuxième problème est qu’il faut avoir du temps et de la patience. « En moyenne, une demande est traitée entre trois et neuf mois, estime Frédéric Rey. L’obtention d’avances se fait souvent sur des justificatifs de dépenses… » De plus, la plupart des dispositifs sont plafonnés aux fonds propres de l’entreprise. Tout cela fait que les aides publiques ne peuvent pas être la pièce centrale d’un financement, et ne doivent être recherchées que comme complément. De fait, même après avoir été obtenues, elles ne sont pas de tout repos : « Pour beaucoup d’aides, chaque versement nécessite de faire un dossier – qui doit, lui aussi, être traité », souligne Frédéric Rey. Par exemple, 30 % des aides de l’ADEME ne sont pas versées, notamment parce qu’elles sont liées à des indicateurs et demandent un suivi qui n’est pas toujours assuré… De même, il ne faut pas compter pouvoir utiliser les fonds obtenus à d’autres fins que celle exprimée lors de la demande, même s’il s’agit d’acheter une version plus récente du bien que celle précisée dans le dossier. Malgré tous ces obstacles, cependant, les aides publiques ne sont pas à négliger.

Faire appel à la foule

« Environ 20 % de nos porteurs de projets sont des entreprises, souligne Margaux Thierrée, directrice du pôle projet chez Ulule. Nous avons par exemple beaucoup de librairies qui veulent sauver leur activité. Mais beaucoup collectent à titre personnel car la création de leur entreprise est encore en cours. » Si elles gagnent incontestablement en popularité (et en médiatisation), les solutions de financement participatif ne représentent encore qu’une proportion très minoritaire du montant global du financement aux entreprises. Mais elles remplissent un rôle de plus en plus important, notamment en apportant une solution nouvelle et dynamique au financement de l’immatériel. Il existe aujourd’hui trois formes de financement participatif : le plus connu est le crowdfunding, du don contre don – c’est ce que pratique Ulule, par exemple – mais il existe aussi du crowdequity, qui consiste en la souscription de titres de capital ou de créance, et du crowdlending, qui délivre un prêt.

Une campagne réussie de crowdfunding apporte plus sur la table que des fonds. « C’est une vraie campagne de communication qui donne un coup de projecteur sur le projet, et en même temps un crash-test, pour voir si le produit ou le concept séduit », souligne Margaux Thierrée. Autre avantage : lancer une campagne peut être fait en ligne, et ne demande pas d’apport préalable autre que du temps. Le crowdfunding, notamment, s’associe très bien avec un crédit bancaire : les fonds récoltés lors de la campagne servent d’apport complémentaire pour la banque, et les données récoltées lors de la campagne appuient d’autant le projet. « On voit aussi l’inverse se produire : après l’obtention d’un crédit, en cas de besoin non anticipé, le crowdfunding permet d’obtenir le financement complémentaire nécessaire », décrit Frédéric Rochoux. Pour autant, ce n’est pas une panacée : les montants sont limités par la nature même du procédé, et tous les projets ne sont pas adaptés.

Les plus récents crowdequity et crowdlending, qui se développent rapidement, sont moins aisés d’accès : il faut avoir un dossier suffisamment convaincant – ce qui est normal, les investissements étant de plus long terme. « L’avantage du crowdlending est qu’il permet de couvrir des besoins allant de la dizaine de milliers à plusieurs millions d’euros, avec beaucoup de souplesse : il est possible de monter une opération en ligne en moins de 48 heures. Et une fois les projets approuvés, ils partent vite, souvent en moins d’un quart d’heure », décrit Olivier Goy, président de Lendix. L’activité souffre encore d’un manque de notoriété, mais va se développer sur les chapeaux de roue.

Mélanger les genres

Toutes ces solutions ne sont pas interchangeables, et ne répondent pas au même besoin. « Dans les grandes lignes, on peut dire que si l’on veut financer du matériel, la dette bancaire est la plus appropriée ; pour soutenir l’innovation ou renforcer les fonds propres, on se dirigera plutôt vers les solutions d’apport de capital ; pour la création, les dons ou les subventions. En matière de financement, il n’y a pas une réponse unique, mais un besoin spécifique à un instant donné », résume Nicolas Brige.

Il ne faut donc pas hésiter à avoir recours à plusieurs solutions, ni à les combiner, ce qui présente l’avantage supplémentaire de répartir les risques sur différents supports. Par exemple, le montage évoqué précédemment, où une opération de crowdfunding sert à constituer l’apport nécessaire à l’obtention d’un prêt, est aujourd’hui recommandée par les banquiers eux-mêmes. BNP Paribas et Ulule ont d’ailleurs noué un partenariat… Petit bémol cependant au mélange des genres : pour des financements complexes, le recours à un expert en ingénierie financière devient indispensable.

Préparer l’avant match

Car un des charmes de l’univers du financement des entreprises est que chaque méthode – voire, dans certains cas, chaque aide – a ses propres critères d’éligibilité et démarches à accomplir. S’il est impossible de préparer à la chaîne ses demandes et dossiers, il reste néanmoins des éléments communs, tournant autour de la même idée : pour bien présenter son cas, il faut déjà bien le comprendre soi-même. « Qui sont les dirigeants ? Quel est le projet de l’entreprise (qui est souvent lié de près ou de loin à une notion d’avantage concurrentiel) ? Quels sont les facteurs-clés de succès ? Quel est le modèle économique, le business plan prévisionnel, la capacité à rembourser ou à dégager un bon retour sur investissement ? Il faut pouvoir expliquer et défendre le cas échéant tous ces points avec clarté, et cela ne s’improvise pas », souligne Nicolas Brige Et Judicaël Perrin, Directeur Adjoint du Marché Entreprises d’ajouter : « Le meilleur conseil aux entreprises ? Choisir un interlocuteur qui a une compréhension fine de vos besoins. De notre côté, notre rôle est de traduire la stratégie économique en stratégie de financement. Plus la stratégie de croissance est claire, plus les financements que nous pourrons profiler seront sur-mesure ». Il ne faut pas hésiter à recourir aux services d’experts. Une fois tout cela établi, il reste à le transcrire sous le format nécessaire pour le mode de financement voulu. On comprend du coup aisément qu’on ne décide pas d’obtenir un financement sur un coup de tête – c’est une opération qui, pour avoir les meilleurs résultats, doit être réfléchie.

Financement TPE-PME

L’affacturage a toujours la cote

« L’enjeu est de démocratiser l’affacturage »

En 2017, selon l’Association française des sociétés financières (ASF), l’affacturage a été le premier moyen de financement court terme des entreprises et a constitué une solution de financement pour plus de 43 000 entreprises. Et 2018 semble témoigner du même dynamisme – tant du point de vue des besoins que des acteurs se multipliant pour y répondre. Il faut dire que la solution a de quoi séduire. L’affacturage consiste pour une entreprise commerciale à sous-traiter par contrat à une société financière le recouvrement de ses factures. Contre une commission, elle finance son cycle d’exploitation tout en se protégeant contre les impayés et en externalisant leur recouvrement. Une formule qui plaît particulièrement aux TPE et aux PME. Malgré son succès, le secteur ne se repose pas sur ses lauriers. Aujourd’hui, « l’enjeu est de démocratiser l’affacturage », explique Eugénie Aurange, directrice du développement des marchés et de la communication, Crédit Agricole Leasing & Factoring. « On constate aujourd’hui un changement dans les attentes de nos clients, notamment auprès des professionnels, TPE et PME. » Les offres et les prestations évoluent, devenant plus rapides et plus digitales pour plus de simplicité et de transparence, comme l’illustre par exemple la dernière offre du Crédit Agricole intitulée Cash in Time qui sous réserve de la conformité des factures et du respect des conditions générales de financement vous paye vos factures en moins de 24h. Qui disait que le besoin de trésorerie ne pouvait pas attendre…

Jean-Marie Benoist

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