Jean Perzel, le fiat « luxe » de l’éclairage

Un créateur français a éclairé le monde entier. Il faut que sa lumière demeure. Immersion dans un paquebot de lumière qui ne doit pas disparaître.

Rue de la Cité Universitaire, on longe le Parc Montsouris. Les immeubles d’habitation d’un Paris cossu s’alignent, sans guère de boutiques. Mais là, au 3, un tableau arts déco peint en lumière douce semble émaner d’une façade sur deux étages, comme si l’immeuble tout entier était devenu écrin. Pas de néon, pas de projecteurs, pas d’enseigne, mais une harmonie lumineuse que l’on confond avec un musée flaque de lumière. Au-dessus d’une porte qui ressemble à un tableau de Buffet, un nom, Jean Perzel. À l’image d’un grand joaillier, on sonne et on attend. Pas longtemps. Les mille luminaires vus de la rue froide vous enveloppent dans leur chaleur douce. Et vous vous mettez à voyager…

1931. Jean Perzel, compagnon du devoir d’origine allemande, né en Bavière, fils et petit-fils de maîtres verriers, maître verrier lui-même, installe ses showrooms et ses ateliers dans cet immeuble sur-mesure conçu par l’architecte Michel Roux-Spitz. Il a créé sa marque en 1923 après des années de voyages à pied en Europe. Son devoir de compagnon : « Traiter la lumière électrique comme les vieux verriers traitaient le soleil. » Dans les années 1920 où bougie, huile et gaz disparaissent peu à peu éblouis par la lumière brute des ampoules à blanc, Perzel recherche l’opacité relative des verres nacrés et dépolis. Il dessine des liseuses, des lampadaires, des lustres, des suspensions, des lampes de table, de chevet, des appliques extérieures et même des meubles « allumés » – guéridons, mobilier…

Près de 8 000 créations depuis l’origine

Un salon d’exposition, en 1925, illumine le baron de Rothschild qui achète toute la collection Perzel. C’est la notoriété et le succès. Jean Perzel qui a associé son neveu François Raidt à sa Maison – il en reprend la direction en 1951 – conçoit les lampes d’étude de la Cité universitaire toute proche, éclaire des paquebots, des palaces, des yachts, des résidences privées, des cours royales, des palais de maharajah, des restaurants – La Coupole –, des cathédrales, des ambassades. Il a même créé une collection entière de luminaires pour Henry Ford ! Ses luminaires entièrement conçus par son neveu et lui naissent dans les deux sous-sols de la rue de la Cité universitaire, des mains de compagnons bronziers, orfèvres, verriers. Tout, absolument tout, pièce après pièce, est créé sur place, verre, métaux. Puis assemblé, sans colle. Des coques pivotantes règlent la luminosité, des lampes exploitent la lumière sur 360°. Depuis 1923, le design Perzel-Raidt n’a rien cédé au tarabiscoté. L’art déco de la lumière perdure dans les arrondis, les lignes pures. Quelque 8 000 créations uniques, sans cesse fabriquées à la demande, peuplent un catalogue pour connaisseurs, initié·es, gourmets de la lumière. D’une lampe au catalogue à 700 euros à une création sur-mesure (pas de stock, chaque commande est réalisée sur demande !), la lumière Perzel se mérite. On achète une œuvre, pas un « objet ». On investit dans un « créé en France » inestimable. Allez contempler le showroom : les vitrines sont à elles seules des tableaux d’art. Mais sonnez, surtout : on vous ouvrira ! 

Olivier Magnan

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