Pequignet à l’heure de la reconquête

En quarante-cinq ans, Pequignet a connu des hauts et des bas, des avances et des retards. Mais l’unique manufacture française d’horlogerie résiste encore et toujours grâce à sa capacité d’innovation et à son indépendance assumée. Depuis 2017, quatre anciens salariés de l’entreprise la dirigent. Ils se sont associés pour la remettre à l’heure en lui rendant sa fierté. Non sans de solides atouts.

À Morteau, la reconquête a sonné, Pequignet a repris le chemin d’une croissance raisonnable. En 2017, quatre de ses cadres se sont associés à parts égales pour reprendre l’entreprise, alors en difficulté, pour lui redonner sa place sur le marché des garde-temps de belle facture. Pour y parvenir, la nouvelle équipe fait le choix d’un retour aux fondamentaux : l’innovation d’abord, le recentrage des gammes autour de l’identité classique de la marque ensuite.
Les horlogers de l’entreprise se sont alors penchés sur le lancement d’un nouveau modèle, capable d’envoyer au secteur le signal d’une dynamique retrouvée. Avec la Royale Saphir, dévoilée en 2019, Pequignet a atteint son objectif : cette montre ajourée, dotée d’une grande date à triple saut instantané, bénéficie d’une réserve de marche de 88 heures : elle a prouvé la capacité à innover des repreneurs. « Le marché a besoin de signes forts de développement. La Royale Saphir, avec son prix de 9 000 euros, très accessible pour un garde-temps de manufacture, a suscité l’enthousiasme du secteur », se félicite Aymeric Vernhol, l’un des quatre dirigeants. Sur les 50 modèles de cette édition limitée,
48 ont d’ores et déjà été vendus !

Cohérence de gamme

Parallèlement, la marque jurassienne s’est attaquée à l’épuration de ses collections. « Depuis 2012, sous l’impulsion de l’ancienne direction, nos gammes s’étaient multipliées tous azimuts, si bien que l’image de Pequignet s’était diluée. Il était donc nécessaire d’écarter les modèles trop spécifiques pour se concentrer sur l’essentiel, tant pour notre gamme manufacture que pour notre gamme grand public », explique le patron.

Forte de sa nouvelle dynamique, la marque à la fleur de lys travaille à consolider ses marchés. La France, d’abord, qui constitue 70 % de son chiffre d’affaires – entre 2 et 2,4 millions d’euros prévus en 2019. Pequignet s’appuie sur un réseau de 150 points de vente, mais souhaite renouer un contact direct avec ses clients en participant à des événements grand public – salons, rencontres de clubs automobiles… Objectif : s’affranchir des marges accaparées par des détaillants dont la valeur ajoutée en termes de force de vente se révèle parfois aléatoire. Quant à l’international, l’entreprise de Morteau s’y engouffre avec l’ouverture de nouveaux marchés, notamment les États-Unis et le Mexique qui rejoignent le Japon, deuxième marché de Pequignet, ainsi que le Portugal et les Pays-Bas. Là, son label EPV – Entreprise du patrimoine vivant –, reçu en 2014 et renouvelé depuis, joue un rôle marketing important en garantissant à la clientèle le savoir-faire authentique porté par la manufacture.

Confiants en dépit d’un contexte difficile pour l’horlogerie mécanique, Aymeric Vernhol et ses associés regardent maintenant droit devant. Avec en ligne de mire, d’ici à 2021, le lancement d’un nouveau calibre maison simplifié, trois aiguilles et date. L’enjeu : se positionner sur le segment des montres de manufacture à moins de 2 000 euros. Regarder dans le rétroviseur ? Inutile, sinon pour la fierté de constater que quarante-cinq ans après sa création, Pequignet est toujours là, seul rescapé de la grande tradition horlogère française. Ce qui n’est pas rien.

Romain Rivière, avec Jean-Baptiste Leprince

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