Le Moulin Rouge, plongée dans les secrets d’une Féerie

Moulin rouge
Il jette, boulevard de Clichy, sa lumière vermillon sur le pavé parisien. Ses ailes « néonées » semblent servir d’hélice aux immeubles qui le gardent. Le tout petit moulin tout rouge posé au-dessus de l’entrée promet au monde entier sa Féerie de French cancan. Et si l’on n’a pas compris que l’on entre dans une légende, les néons criards le répètent, comme à sa création. C’est un petit cœur de Paris.

Cœur de la licence et de l’audace des « petites femmes » ? À d’autres ! Le spectacle familial accueille les enfants à partir de six ans et les poitrines des Doriss Girls ne font rougir personne ! Il fut bal, guinguette le jour, cabaret de danse la nuit. « Il existait à l’origine un espace vert, avec sa piste où les artistes frôlaient les tables », raconte celui qui n’a rien vu de cette ouverture le 6 octobre 1889. Et pour cause, Jean-Victor Clerico, 32 ans, l’un des deux directeurs généraux, avait beau se perdre enfant dans les plumes des danseur/seuses, il n’a rejoint l’entreprise familiale qu’en 2012 et sans même l’avoir rêvé : ce mastérisé en maths, diplômé d’ESC Rouen devenue Neoma et de l’Essec en management international, rêvait de s’installer en Chine ! Il n’empêche qu’il est un Clerico, de cette lignée d’arrière-grand-père, de grand-père et de père qui ont rêvé, bâti, racheté, réinterprété et désormais exporté le plus parisien des quelques soixante cabarets de la capitale, parmi lesquels Le Lido, le Paradis latin ou le Crazy Horse déclinent à leur façon le spectacle vivant, mais sans le French cancan que croqua Toulouse-Lautrec. Et pour cause : l’homme de petite taille et de bonne famille qui assistait à tous les spectacles sans payer et dessinait les artistes se fit attraper un jour à son propre jeu, dixit Jean-Luc Péhau-Ricau, le dircom et directeur du marketing : le propriétaire d’alors lui demanda une affiche. La Goulue s’imposa, gratis pro Deo. L’un des originaux figure dans l’espace VIP…

Investir, diversifier, remplir, faire rêver

On ne raconte pas le Moulin Rouge en aussi peu de mots. Jean-Victor Clerico l’explique en homme d’affaires. Quand son père Jean-Jacques a acheté enfin les murs qu’il louait – 32 millions –, menacé de faillite en 1997 à cause des attentats dans le RER parisien et la perte de la clientèle japonaise (son grand-père Jacki remboursera tous les créanciers de façon anticipée dès 2002), le Moulin Rouge investit comme jamais : le succès de la nouvelle revue et le redressement spectaculaire donnent aux patrons le moyen de racheter La Locomotive voisine et mal fréquentée pour en faire La Machine du Moulin Rouge et son segment 20-25 ans. Jean-Jacques le père acquiert la terrasse à l’aplomb du petit moulin pour créer Le Toit, attirance pour un autre segment de clientèle. Plus un Bar à bulles, en 2016, sur l’emplacement historique du Moulin. Au passage, le Moulin Rouge rachète ses fournisseurs, chausseurs de haut savoir (Clairvoy) comme plumassiers uniques en leur genre ou brodeurs (Février, Valentin). Quant à Jean-Victor, à lui la diversification et l’esprit Moulin Rouge à l’étranger : un char au Carnaval de Rio, un Road Show en Asie, des contrats conclus avec des agences sud-américaines, en attendant une revue exportée…

Mais le cœur vermillon bat à Paris, là où soixante danseur/euses artistes accompli/es sur les cent de la troupe subjuguent en quatre tableaux de rêve à 21 heures puis 23 heures. Le triomphe des Doriss Girls empanachées laisse exploser le plus french des cancans.

Olivier Magnan

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