Le Petit Patron à l’Orangerie du Sénat

Des échecs entrepreneuriaux à la réussite artistique, Jean Lecourieux-Bory a connu plusieurs vies. Cet ancien patron de PME unit aujourd’hui ses expériences à sa passion, la photographie, pour lever le voile sur la vie d’un/e entrepreneur/se, ses succès et surtout ses déboires, trop souvent cachés. Mot d’ordre : le/la patron/ne est comme tout le monde ! Sa première série, Petit Patron, était exposée à l’Orangerie du Sénat jusqu’au 2 septembre.

«Un chef d’entreprise vit des hauts, très hauts et des bas, très bas. Il subit cette amplitude comme un être humain et non comme un dirigeant à la carapace indestructible qu’il s’est construite ou qu’on lui prête. » Ces mots, ceux du photographe, ouvrent le portfolio de l’exposition. Ils résument bien le message de Petit Patron.

La photographie joue le rôle d’une thérapie et d’un révélateur du monde de l’entreprise pour et par celui qui a connu les affres d’une double liquidation. Par ses clichés décalés et ses mises en scènes criantes de vérité, Jean Lecourieux-Bory, entrepreneur dans l’âme, a choisi de rebondir. À travers son objectif, il décrypte les aléas de l’entrepreneuriat, sans concessions. De son dépôt de bilan jusqu’à son exposition à l’Orangerie du Sénat, l’ex-petit patron raconte son histoire et brise les tabous.

Se raconter pour rebondir

Petit Patron a beau remonter à 2014, l’expo reste plus que jamais dans l’air du temps et continue de toucher. Peut-être parce que son thème est souvent passé sous silence, sans doute parce que la sincérité du témoignage et la narration qui ressortent des clichés embarquent le spectateur, patron ou pas. Car, oui, l’exposition se suit comme une histoire. Au gré des photographies, se déroule la vie d’un petit patron, de la création de l’entreprise jusqu’au dépôt de bilan et la redoutée liquidation. Refus du banquier (Retrait bancaire), licenciements, pression fiscale… tout y passe. Le photographe se raconte et se met à nu, littéralement même, pour l’image Contrôle fiscal où il apparaît « à poil » face à cette épreuve angoissante. Jean Lecourieux-Bory se libère de ses poids au gré de ses compositions. « Le jour où j’ai fait le cliché Autoportrait, j’ai eu l’impression d’avoir évacué cette mauvaise image de moi », explique-t-il (il s’y représente « défait » et les vêtements en lambeaux, un vrai clochard).

Et tout le monde s’y retrouve. Depuis sa première exposition, Petit Patron fait parler. Dans le monde de l’entreprise notamment où nombre d’entrepreneurs et d’associations louent l’initiative. Idem pour Stéphane Artano, sénateur de Saint-Pierre-et-Miquelon, qui accueille le photographe au nom du Sénat lors du vernissage de l’exposition à l’Orangerie : « Vous êtes, vous artistes et société civile, les bienvenus au Sénat pour nous apporter vos lumières sur des phénomènes souvent méconnus. » Dommage qu’ils soient si méconnus de la part d’un sénateur ! Une mise en lumière qui passe, pour l’artiste engagé, par la présentation lors de son vernissage d’associations qui viennent en aide aux petits patrons. Parmi elles, Apesa, investie dans la prévention du suicide des entrepreneurs et l’observatoire Amarok qui scrute la santé des chefs d’entreprise. Les petits patrons ne sont pas seuls et tous ont les moyens de se redresser. À l’instar de Jean Lecourieux-Bory, membre depuis peu des Rebondisseurs français (communauté d’entrepreneurs dédiés au rebond, partenaire d’écoRéseau Business), et modèle type du chef d’entreprise qui a su rebondir après un échec. Un artiste entrepreneur en somme.

Adam Belghiti-Alaoui

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