Jean-Charles Varlet, freelance d’une génération autoentrepreneuse

À 27 ans, Jean-Charles Varlet pourrait réaliser son rêve, étudier à l’Essec. Il en vit un autre, coacher une entreprise 100 % innovante, Crème de la crème, hub de talents. Comment ce « caseur » d’étudiants dans les entreprises est devenu « ressourceur » d’experts auprès des boîtes de pointe.

En 2015, trois étudiants se disent que les entreprises auraient intérêt à faire bosser leurs collègues des grandes écoles, qui pour un business plan, qui pour une étude de marché ou une enquête marketing, et les étudiant(e)s à leur tour bénéficieraient de ces missions de terrain, formatrices, qu’ils/elles mèneraient en freelances. Et comme Jean-Charles Varlet, Théo Dorp et Romain Abidonn, les trois jeunes associés, connaissent le prix de l’excellence, ils baptisent leur concept Crème de la crème, conscients que leur force résidera dans la sélection des meilleurs… Trois ans plus tard, plus de juniors à l’horizon. Mais des experts, des talents, des pointures, des femmes et des hommes en place dans les entreprises, fort(e)s de dix, quinze ans d’expérience, qui s’arrachent au confort d’un CDI bien payé pour devenir électrons libres : des freelances de missions impossibles !

Pas seulement une agence d’intérim !

C’est qu’entre-temps, les trois compères ont compris que le monde du travail change : dans le tech, le design et le marketing, les chefs d’entreprise ont besoin de commandos capables de s’emparer d’une mission ponctuelle et de la mener à bien tambour battant, un jour, une semaine, un mois, un an. Si la réussite est au bout, on est prêt à payer cher, le ROI sera plus que largement au rendez-vous. Mais s’il faut que des Tom Cruise ou des superwomen viennent épauler les équipes en place, il faut qu’ils/elles soient la « crème », des pointures dans leur domaine. C’est tout le savoir-faire de Varlet et associés : ils sélectionnent impitoyablement les candidats. Sur mille CV, ils repèrent cent « têtes » aiguisées. « Ils et elles ont quitté leur poste par goût de la liberté ou bien mènent des missions en marge de leur CDI. Ils/elles sont des freelances, rejoignent notre plate-forme en passe de devenir la première communauté sélective en Europe. » C’est bien l’horizon d’échelle que se fixent les trois patrons d’ici à trois ans. Après la France, ils ont très vite ouvert un bureau à Londres où le mode commando du freelancing a largement devancé les modes de travail à la française. Jean-Charles Varlet : « C’est un constat qui justifie notre modèle, l’entreprise a du mal désormais à attirer et conserver les talents dans les domaines pointus du digital, des talents qui ne veulent plus “faire carrière”, mais privilégient l’indépendance. D’où l’obligation, et pour les entreprises et pour les indépendants, d’en passer par notre plate-forme. » Simple aiguillage ? Plus maintenant : « Intégrer des indépendants dans une organisation, c’est restructurer le travail. Nous développons notre vocation de conseil. En évangélisant notre concept, nous expliquons aux managers comment tirer parti au mieux de ces freelances autonomes qui repartiront, mission accomplie. »
À l’évidence, ces « intérimaires » singuliers ne « fonctionnent » qu’au sein d’entreprises innovantes. « Petites structures ou grands groupes raisonnent en projets. La Poste, par exemple, fait partie de ces grandes entités où l’IA, le big data, exigent des intervenants pointus. » Combien de temps ? « Un jour – notre contrat minimum –, six mois, un an en moyenne pour les grands groupes, plutôt un mois dans une PME, mais je constate que le temps moyen des missions augmente. Aujourd’hui, des amplitudes de six, huit mois sont les plus courantes. » Combien sont-ils/elles payé(e)s ? « Entre 500 et 1 000 euros par jour, selon le type d’intervention. » On « achète » son freelance comme son café crème : la plate-forme de Crème de la crème encaisse le montant par carte bancaire, tout simplement ! « Notre modèle repose sur une commission de 15 % sur la prestation. Nous réfléchissons sans cesse à d’autres formules, comme un abonnement. »

Du coworking au freelancing, la grande mutation

Au-delà de la réussite de ce modèle encore unique – Crème de la crème a levé 600 000 euros auprès de business angels et son CA non dévoilé commence par deux chiffres et quelques zéros –, l’idée des millenials qui ont créé ce concept plonge dans le nouvel univers en devenir de la notion même d’entreprise. Parce qu’une génération « numérique » s’installe aux gouvernes du monde, l’individu devient sa propre entreprise, balance les vieilles idées de carrières, de retraites, de parcours. Le « coworking » n’est plus tant un « tiers lieu » qui « éclate » l’entreprise qu’un état d’esprit où le travail se nomme aventure personnelle dans un quotidien renouvelé. Et dans le cas de Crème de la crème, le plus significatif n’est-il pas que les « talents » que sélectionnent Jean-Charles Varlet et ses équipes de recruteur(e) s – eux/elles-mêmes parfois freelances !, « nous nous appliquons notre propre modèle, sourit Jean-Charles – ne sont pas des millenials… « J’ai la curiosité de connaître la répartition de nos freelances entre hommes et femmes, explique le jeune patron, je n’ai pas encore le chiffre, mais je pressens que l’on va retrouver le même équilibre qui se dessine parmi les entrepreneurs/entrepreneuses. » Deux mille indépendants tournent en ce moment entre les entreprises clientes – tout petit pool face à l’océan des offres, mais Jean-Charles Varlet fuit la quantité. Crème de la crème inaugure le Pulse, vraie école du freelancing – pour les clients et les nouveaux experts. Et celui qui a suspendu ses études à l’Essec pour plonger dans le grand bain incarne les aventures professionnelles du xxie siècle. .

Pour aller plus loin, une tribune de Jean-Charles Varlet : www.linkedin.com/pulse/le-futur-du-travail-se-dessine-avec-les-freelances-varlet/

Olivier Magnan

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