Lion, l’école de l’avant-garde des employés de start-up

Session d’ouverture avec l’intervention d’Oussama Ammar, cofondateur de The Family
Session d’ouverture avec l’intervention d’Oussama Ammar, cofondateur de The Family

Chevilles ouvrières de la disruption

Dans le monde des jeunes pousses toute l’attention est tournée vers les fondateurs. Beaucoup moins vers les employés clés pourtant essentiels. Reportage dans la première école destinée à les former.

Le porche du 10 rue de Charonne dans le 11ème arrondissement de Paris semble mener à des immeubles résidentiels anodins. Seulement les pavés de l’arrière-cour, où est garée une myriade de vélos, sont éclairés par les luminaires d’une grande salle vitrée qui n’est pas un appartement. Le lieu aux couleurs vives est accueillant, mais se veut studieux avec ses tableaux, son matériel vidéo et ses nombreuses chaises. C’est ici que sur deux étages, Lion, «l’école de l’avant-garde des employés de start-up», dispense ses cours mêlant pragmatisme et théorie afin de mieux cerner la complexité des start-up, de savoir juger leur potentiel et… d’en rejoindre une un jour.

Rendre opérationnels des talents

Cette formation est née d’un constat de The Family, société d’investissement qui accompagne des centaines de start-up et qui a œuvré à la création de l’établissement : les jeunes pousses peinent à trouver des talents. La majorité des profils viennent d’entreprises traditionnelles ou sortent directement de l’école, et un temps d’adaptation leur est nécessaire pour maîtriser les codes particuliers. Lion vise à gommer cette inadaptation. « Le focus sur le storytelling et les décisions du fondateur mis sur un piédestal occultent l’importance de ces employés clés ; de plus, nombre de gens se font une image tronquée de la vie en start-up, qui certes peut présenter un environnement jeune et sympathique mais peut aussi imposer une réalité opérationnelle violente par sa demande de prise d’initiative, d’autonomie. Les gens ont l’habitude d’être «cocoonés» depuis l’enfance, tel n’est pas le cas au sein des entreprises de croissance, où nous voulons qu’ils soient vite opérationnels », affirme Marion Rousset, responsable des opérations JoinLion.

Inculquer un savoir-être

Pour les élèves l’éducation dispensée a un impact sur le long terme, puisqu’elle est mise en pratique dans les entreprises en croissance qu’ils rejoignent ensuite. « Bien sûr ils apprennent à utiliser des outils comme Slack, Mixmaw… Mais surtout ils apprennent à apprendre, les outils changent constamment et ils acquièrent une facilité de changement. Passer rapidement au prochain gestionnaire de mails ne doit ensuite plus leur poser de problème », illustre Alice Zagury, seriale entrepreneure, fondatrice de The Family. Pour ces promotions qui se rencontrent huit samedi d’affilée, le «multitesting» est exploré, et un travail sur l’ego est effectué. « Les employés en start-up alternent tâches intellectuelles et opérationnelles, sans que certaines soient considérées comme plus valorisantes que d’autres », énonce Alice Zagury. La culture d’entreprise est très forte et évolutive dans ces environnement, mieux vaut donc s’y préparer, comme le rappelle Jean-Charles Samuelian, entrepreneur-professeur à Lion, qui a créé Alan, première société indépendante à avoir obtenu l’agrément administratif pour exercer en tant qu’assureur depuis 1986, start-up très en vue de par sa croissance soutenue. « J’essaie de leur décrire en détail par des exemples notre culture d’entreprise basée sur la transparence, l’horizontalité, la suppression des meetings… Avec le temps notre niveau de maturité s’est élevé, la culture n’est pas figée alors que les valeurs subsistent dans une entreprise », déclare celui qui a créé puis revendu une entreprise florissante équipant les avions de sièges ultra-légers. Il est aujourd’hui à la tête d’une start-up qui au début faisait de la prévention dans la santé, proposant des rendez-vous chez des spécialistes à des personnes selon leur profil, puis qui a pivoté vers l’assurance. « Nous avons rencontré beaucoup de difficultés, notamment au niveau des prescripteurs. Quelques signaux faibles m’ont indiqué que nous faisions fausse route : je n’étais pas sûr à 100% du modèle de distribution, ou du modèle de revenu. Lorsque nous avons décidé d’aborder l’assurance, j’ai tout de suite senti qu’il s’agissait de la bonne idée. Au bout de deux mois et demi nous avions levé 12 millions d’euros – le pitch était plus assuré et les investisseurs me connaissaient – et l’équipe comptait déjà huit personnes. Ce sont ces retours d’expérience dont les Lions ont besoin. »

Tisser une toile pour l’avenir

Lion a été créée en mai 2016 et compte six promos. La formation est gratuite, mais très sélective, proposant à 100 élèves tous les deux mois conférences et études de cas. « Seuls 10 % des candidats sont sélectionnés sur 1 000 candidatures reçues chaque saison. Que l’on soit polytechnicien, autodidacte, ex-BCG, développeur, apprenti charpentier… tout le monde peut candidater via le formulaire en ligne qui contient des questions très diverses et dont le but est d’évaluer la capacité d’apprentissage des candidats », résume Marion Rousset. Cette école originale totalise déjà une communauté de plus de 700 alumni, ce qui n’est pas négligeable. « Nous constituons avant tout un réseau d’employés : avec la solution Random Lunch l’algorithme détermine qui va manger avec qui, par table de quatre, pour permettre un échange d’expérience maximal et les prémices d’une communauté », illustre Marion Rousset. Les 150 profs sont précisément les fondateurs, CEO, CTO et employés de start-up en croissance – Agricool, Doctrine, Algolia, Alan ou encore Doctolib et Trainline – mais aussi des partners de The Family, dont les fondateurs Oussama Ammar, Alice Zagury et Nicolas Colin. Pour financer ces enseignements, l’école propose des séminaires aux grands groupes aspirant à créer leurs digital labs par exemple, ou à rendre leurs équipes plus agiles. Durant la semaine des salariés viennent appréhender cette culture, dans des formations payantes cette fois-ci. « Aux Etats-Unis les talents intègrent le mindest des start-up en passant par Google, Facebook, Dropbox… avant de se tourner vers de petites structures. En France, comme nous ne disposons pas de ces locomotives, l’école Lion va vite devenir essentielle », anticipe Alice Zagury.

Julien Tarby

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