​​Le TechShop Leroy Merlin ​

Apprentis créateurs...
Apprentis créateurs...

“La main de Dieu”

Faire au lieu d’acheter. Réparer au lieu de jeter. Inventer. Seule limite à la création ? Nous-mêmes ! Le concept de Leroy Merlin visité et analysé.

Dans les locaux de l’ancien lycée professionnel Jean Monet de Lille, au 30, rue Régnault, le deuxième TechShop de France a ouvert ses portes le 3 mai dernier. 2400 m2 répartis en dix ateliers spécialisés. 150 machines. Des formateurs. Des accompagnateurs de projets. Et après les 3500 visiteurs des trois journées portes ouvertes, l’arrivée des premiers Makers…

Un espace pensé pour la rencontre

Au TechShop, nous ne sommes ni à l’usine, ni dans un atelier austère, pas plus que dans un grand magasin éclairé au néon. Les couleurs sont vives et la dizaine d’ateliers vitrés gravite autour d’un espace de conception et de coworking, où tous les membres se rencontrent. Dans la cuisine conviviale ou devant les PC équipés de suites professionnelles, le soudeur est nécessairement amené à rencontrer la céramiste. Pour réaliser son projet de fin d’études, parmi toutes les formules d’abonnement proposées (le lieu est ouvert 7J/7), Marine Bravo, étudiante à l’école de Design graphique ECV Lille, a choisi un abonnement de trois mois pendant la journée entre 9h et 16h (sans les week-ends). Avant la soutenance de son Master 2, l’étudiante achève son projet à l’aide de la graveuse laser et de l’imprimante 3D. Marine a déboursé 312 euros pour l’abonnement et les formations, « ce qui paraît cher, mais qui est finalement très rentable ». Et l’étudiante d’ajouter : « Grâce aux conseils des personnes rencontrées ici, je continuerai à venir au TechShop pour découvrir d’autres machines et élaborer de nouvelles créations ». Créer une communauté semble être la finalité du TechShop.

Une communauté plus qu’un business plan

TechShop appartient au Pôle Recherche et Développement de l’Association familiale Mulliez. Le Groupe Adeo, situé à Lezennes près de Lille, est dédié à l’univers de la maison, avec des magasins comme Zôdio, Kbane, Bricoman et évidemment Leroy Merlin. Ne nous trompons pas : TechShop est à la marge de tous ces grands magasins, voire tourne le dos à leur logique de rentabilité. Selon Julien Ignaszewski, directeur du TechShop de Lille, « la vertu du lieu est de créer une communauté riche, variée et pourquoi pas heureuse ; la question de la rentabilité passe au second plan ». L’investissement de départ est conséquent : 3 millions d’euros, dont 1 million d’euros de machines. Dans le schéma économique du TechShop, la rentabilité n’est pas la priorité. Julien Ignaszewski le considère comme « un hub, une entreprise plateforme offrant des outils de bricolage 2.0, un écosystème innovant au service de la société et des écoles alentours ». A ce titre, en tant que lieu de formation, de prototypage et d’innovation, le TechShop est en partenariat privilégié avec l’Icam de l’Université Catholique de Lille, l’incubateur digital Euratechnologies, l’Yncréa Hauts-de-France, où la nouvelle pédagogie Adimaker consiste à apprendre en faisant. Vous l’aurez compris, au-delà des chiffres et des anglicismes, l’essentiel est d’avoir la main à la pâte, d’être formé et de former autrui. Le mot galvaudé de « culture » ne signifie-t-il pas d’abord formation ?

Contre le consumérisme passif, la main

Aristote écrivait que « c’est à l’être capable d’acquérir le plus grand nombre de techniques que la nature a donné de loin l’outil le plus utile, la main ». Le capitalisme et l’invention du confort bourgeois, la préférence de l’avoir sur l’être et le savoir-faire, ont délégué à autrui l’usage de la main. L’homme est passif dans la consommation et croit choisir ce que le marché lui impose. Mark Hatch et Jim Newton, initiateurs du premier TechShop à San Mateo en Californie en 2006, cherchent à rééduquer l’humanité, à lui réapprendre l’usage subjectif et inventif de cet « outil le plus utile » qu’est la main. Yoann Houilliez, accompagnateur de projet au TechShop, rappelle que « le Maker est, à l’origine, celui qui fabrique ce qu’il ne peut pas trouver, un bidouilleur qui répond à un problème en trouvant les matériaux dans l’environnement proche et en faisant avec les moyens du bord ». Aujourd’hui, le TechShop met à disposition toutes les machines, des plus traditionnelles aux plus modernes (brodeuse numérique, imprimante laser, découpeuse laser bois…) ; au membre de rencontrer les formateurs, puis les accompagnateurs projets. Le Maker doit devenir autonome et capable d’aider les autres membres. Il faut créer du sens et de la valeur, mais pas de la valeur marchande ni de la « valeur travail ». En aucun cas, il ne s’agit de faire à la place du Maker, mais bien de lui apprendre à faire, quitte souvent à apprendre avec lui ; cercle vertueux de la pédagogie. Cyrielle Renaud, diplômée de l’Ecole Boulle, indique que « les spécialistes se déspécialisent en se formant à l’usage de toutes les machines ».

A nous désormais de retrouver l’usage de nos mains…

Joseph Capet

 

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