La 24ème promotion de l’Ecole de guerre compte cette année 212 officiers-stagiaires de 65 pays
La 24ème promotion de l’Ecole de guerre compte cette année 212 officiers-stagiaires de 65 pays

La crème de la crème

Plongée dans la formation de l’élite des officiers, au cœur de Paris.

Devant moi, le champ de Mars, autrefois lieu des manœuvres d’entrainements, qui jouxte l’Ecole Militaire, aujourd’hui sorte de petite ville dotée de son coiffeur, son maître tailleur, sa déchetterie, son service social, sa chapelle et son château…

Une fois patte blanche montrée au PC Sécurité, un officier m’invite à rentrer dans une berline et me conduit dans le bâtiment au sein duquel l’élite des officiers est formée. Nous passons devant différents bâtiments dont la vocation de caserne résonne encore. Les différents corps d’armée sont encore gravés dans la pierre. Entré dans le bâtiment, je rejoins un grand bureau, celui du directeur de l’école. Parquet, moulures et beau mobilier sont entourés de portraits du Maréchal Foch, du général Leclerc et du général Lyautey… L’institution souffle en 2016 ses 140 bougies ; sa création étant une nécessaire conséquence de la défaite de Sedan en 1870. La qualité des officiers d’état major, lors de la chute du Second Empire, avait été jugée médiocre. Bienvenue.

L’Executive MBA de l’armée ?

« L’Ecole de Guerre est une école de formation interne des officiers. Ce programme d’un an est comparable à un Executive MBA dans le civil : après une quinzaine d’années d’expérience, les officiers viennent se former à l’interarmées, l’interalliée et à l’interministériel. C’est aussi là que se fait la première sélection des hauts potentiels dans l’armée et de futurs officiers généraux », introduit le général de division de Reviers de Mauny, directeur de l’école.

220 personnes d’une moyenne d’âge de 38 ans, recrutés par un concours ultra-sélectif , forment donc cette cohorte dont un tiers d’officiers étrangers de 64 nationalités différentes. Une formation de six mois avant la rentrée est proposée aux officiers dont la maîtrise de la langue est lacunaire, avant leur intégration. Chaque officier a opéré dans des unités opérationnelles de son armée (air, terre, marine, gendarmerie, DGA, commissariat et direction des services). « Le but est de leur faire passer un cap. Aujourd’hui, la politique de défense ne se conçoit pas sans la dimension interarmées, l’interalliée, et l’interministérielle », situe le directeur de l’école.

Sortis de programme, les officiers embrasseront des postes de haut commandement à la croisée des armées, des pays ou des ministères. La formation demeure de l’ordre de l’opérationnel (projection sur un théâtre d’opérations, déploiements d’une force…).

L’idée est de montrer comment se construit un outil de défense et comment le commander. Une autre partie du contenu souhaite faire des officiers de nouveaux stratèges et leaders en leur enseignant humanités et en affermissant de nouveaux savoir-être.

Du civil à l’armée, pour capter les dernières tendances

L’Ecole de Guerre entretient des liens permanents avec le civil, notamment pour sourcer l’innovation et l’expertise. « Nous opérons un benchmark avec le milieu civil en matière de conduite de projet, de gestion RH… Les interactions sont nombreuses. Nos officiers doivent connaître le monde dans sa complexité », poursuit le directeur de l’Ecole de Guerre.

Tous les modules sont tenus par des intervenants extérieurs. A ce titre, l’ESSEC dispense un module de négociation. Et au moment où se tient cet entretien, la moitié de la formation poursuit un module tenu par Ivan Gavriloff, fondateur de Kaos Consulting, pour développer la créativité et l’agilité des officiers et les amener à penser autrement. Un mémoire de recherche est également confié à chaque officier dans des disciplines telles que la géopolitique, l’histoire, la sociologie, les relations internationales…

« L’important dans un contexte stratégique sans cesse mouvant est de transmettre les références pédagogiques les plus actualisées. Le danger, c’est d’avoir une guerre de retard. Nous multiplions les stages pour que les officiers soient au plus près de la réalité », note le directeur.

Les arbitrages en matière de contenus seront d’abord réalisés par les élèves. « Tous sont allés au Mali, en Libye, en Afghanistan. Nous sommes très attentifs à leur expérience et à leur regard critique », continue l’officier aux trois étoiles. Un système de « Retex » a ainsi été systématisé pour favoriser le partage de best practices.

Valeurs historiques, risque immédiat et futur de l’armée

« Les stagiaires de guerre sont de la génération du 11-Septembre. Ils étaient en école au moment de ces événements. La nouveauté aujourd’hui réside dans le fait que cela se passe sur notre territoire. Le développement de compétences au sujet de la collaboration interministérielle est donc encore plus poussé. De même, avec les corps préfectoraux, la gendarmerie, les magistrats et les forces de police », vulgarise le général de Reviers de Mauny. De nouveaux modules sur la sécurité intérieure et la connaissance du monde judiciaire ont donc vu le jour ces dernières années.

Si l’état-major des armées a depuis longtemps fait le constat que les différentes crises actuelles recouvrent une dimension globale et hybride qui exige agilité intellectuelle et adaptation, l’Ecole de Guerre n’en demeure pas moins une institution historique qui continue de perpétuer des valeurs ancrées depuis un siècle et demi. « Les officiers sont certes formés à devenir opérationnels à leur sortie dans un contexte complexe, mais nous les entraînons également à exercer pour leurs 20 prochaines années. C’est pourquoi, la culture générale militaire et la mise en place d’opérations prévalent dans notre école, précise le général. La profession des armes demeure vitale pour un pays. Ce sentiment ressurgit davantage dans la conscience nationale aujourd’hui. L’épée est l’axe du monde, comme le disait de Gaulle », commente le directeur de l’Ecole de Guerre tandis que deux bus approchent dans l’enceinte de cette dernière. Aujourd’hui, ce sera les plages de Normandie, celles près de Sainte Mère l’Eglise, qui ont connu le débarquement, en mode staff ride et histoire pour l’autre moitié de la promotion. Une des nombreuses sorties prévues avec l’école parmi d’autres, comme les rencontres avec des responsables de l’OTAN ou de l’Union Européenne. Des sorties qui jalonnent un quotidien bien réglé : « La journée type se décompose en deux conférences le matin et se poursuit en début d’après-midi par un debriefing et une réunion afin de nourrir les prochaines conférences. Le reste de l’après-midi est consacré aux travaux de recherche », résume le Colonel Choutet, coordinateur de l’enseignement. Nous empruntons les couloirs et visitons les bâtiments qui nous font penser à un établissement supérieur comme les autres, à l’exception des décorations militaires, peintures et clichés qui nous rappellent la vocation du bâtiment qui depuis le XVIIIe siècle forme les officiers avant même d’héberger l’Ecole de guerre.

Geoffroy Framery

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