Photo de famille…
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La ville des pandas

Le plus grand Zoopark de France dans la Loir et Cher, qui a fait parler de lui en acquérant un couple de pandas chinois, abrite quelque 6 000 animaux. Une vaste entreprise….

«J’avais sept ans quand l’épopée du zoo a commencé dans mon village natal de Saint-Aignan-sur-Cher dont je rêvais, déjà, de devenir le maire, sans penser aller travailler avec les animaux. Après un an d’exercice, je viens de conclure une grande opération immobilière de plus d’une cinquantaine de logements pour le personnel, en plein centre-bourg. Sans Beauval, sans la famille Delord, la commune de 3300 habitants aurait stagné. Aujourd’hui, je suis maire et je travaille, notamment, pour le bien-être des animaux. » Éric Carnat, la quarantaine souriante, fonctionnaire départemental, est plus que satisfait de cette situation. Même si, 35 ans après le premier coup de pioche pour dresser un début de parc ornithologique rustique, il reste quelques râleurs locaux pour contester l’une des réussites les plus éclatantes de France en matière de loisirs populaires, Françoise Delord, la pionnière, et Jacques, son époux magicien, ont eu plus que raison de venir abriter, sur les bords du Cher, près du lieudit « Le Paradis », les quelque 300 oiseaux entassés dans leur appartement montmartrois. « Il y en avait partout », se souvient Rodophe Delord, 43 ans, actuel directeur général du site de Beauval, qui, n’aimant pas l’école, est entré de suite dans la vie active en passant par toutes les branches de métiers du zoo. Yves Piau, maire PS de l’époque et vétérinaire, a cru dès le début au programme du couple Delord « sans penser au niveau qu’il allait atteindre. Il ne s’agissait que d’oiseaux, certes exotiques, surtout pour nos régions, mais, de là à imaginer même une seconde ce qui existe aujourd’hui aurait relevé de la folie ». Généreuse, la commune a attribué 1200 francs à l’époque pour aider au démarrage…

Peu croyaient en quelques « zoziaux »

« Les premiers à y croire vraiment ont été les présidents des conseils généraux (Kléber Loustau et Roger Goemaère), ainsi que le député Patrice Martin-Lalande, et le directeur du tourisme de l’époque, le jeune Olivier de Brabois, actuel directeur des services du Département », précise Éric Carnat. Au jour pluvieux de l’inauguration de la première tranche, le très giscardien préfet Charles-Noël Hardy avait même failli y laisser une paire de chaussures en cuir de très haute facture. Le baromètre n’était pas monté très haut au hit-parade des espoirs de réussite, chacun pensant que « Françoise, la demoiselle de Bobino, qui y présentait Brel, Ferré et le «gorille» Brassens qu’elle avait déjà apprivoisé, avait de bien drôles d’idées de parisienne ». L’échelle de 6-8 ans d’espoir de vie avait été placée à sa barre maximale… Car, vraiment, qui allait venir à Saint-Aignan-sur-Cher voir des «zoziaux» ?

La commune n’avait pas les mêmes attraits que sa voisine de Selles-sur-Cher qui affichait déjà depuis cinq ans la qualité de ses fromages de chèvre connus dans le monde entier sur toutes les grandes tables gastronomiques… Le Cher a, dorénavant, deux ambassadeurs internationaux réputés et… enviés, mais jamais copiés.

Plus d’attractivité, plus d’animaux

Ce délai de 6-7 ans nous est confirmé par Rodolphe Delord qui, sans jamais avoir douté du flair de ses parents, se pose quelques questions dès qu’il entre dans la maison. Les oiseaux ne suffiront pas à faire vivre le projet. Commence alors une suite d’événements plus énormes les uns que les autres, avec coups de chance, de poker et de communication. Le vrai ours, celui de Jean-Jacques Annaud, hébergé dans un centre d’accueil berrichon proche, chez le dresseur, rejoint le site de Beauval qui voit ses quelque 45000 visiteurs par an pour les oiseaux passer à plus de 70000. Un contingent de fauves et de singes accompagne l’ours. Koalas, les premiers en France, tigres blancs uniques venus des USA, d’autres animaux presque uniques, eux aussi, arriveront alors au fil des ans, en ce val de Cher qui prend l’allure d’une savane contrôlée, adaptée à nos climats, incluse peu à peu dans la vie de cette vallée de la Loire qui a connu d’autres renaissances et/ou révolutions. L’arche de Noé grandit au fil des ans avec l’arrivée d’éléphants, de lamantins, d’otaries, de grands singes, de plusieurs espèces menacées de disparition naturelle ou par criminalité, de grands oiseaux… et on arrive en tout début d’année 2012 à la concrétisation du rêve fou des Delord, appuyés dans leurs démarches auprès de la Chine par Jacques Chirac, puis par Nicolas Sarkozy. Deux pandas, Huan Huan et Yuan Zie, un couple, y séjournent depuis trois ans maintenant et l’on attend, en France comme en Chine, une naissance pour cette année 2015. Car cela boosterait les entrées qui, avec un point culminant à un million d’unités en 2012 (record absolu en région Centre), ont tendance à fléchir. Or, on compte tout de même 500 salariés (50% en CDI et le reste en contrats saisonniers de mars à novembre) sur le site, et le chiffre de 18600 personnes le jour même du dimanche de la Pentecôte ne se renouvelle pas tous les jours. « Il faut tout conjuguer, penser, anticiper tous les jours car tout joue : la météo, les ponts et/ou les vacances, et le record du million d’entrées ne devrait pas fléchir car le chiffre d’affaires s’en ressentirait (40 millions d’euros attendus pour 2015). Nous misons beaucoup sur la naissance d’un panda car le prêt des animaux par la Chine se termine dans sept ans, même si nous avons bon espoir de le voir reconduit », explique Rodolphe Delord qui est heureux de constater l’amélioration des relations avec la municipalité actuelle. « Nous pouvons jongler avec les feux tricolores dès que ça coince à la sortie de l’autoroute. Il y a une bonne quinzaine de journées dans l’année où cela pose problème. Le Conseil général a déjà effectué beaucoup d’aménagements, dont un rond-point animalisé en silhouettes et, à défaut de deuxième pont, une passerelle est espérée. »

Du parc de proximité au lieu de séjour

En plus du zooparc, le premier de France, l’un des 12 premiers mondiaux, Beauval a développé un parc de centre de congrès et d’hôtels de 1000 lits – le plus important de la région en capacité d’accueil – dix points de restauration et 12 salles de réunion. En 35 ans, Beauval est devenu l’un des 15 sites les plus visités de France. Tout cela grâce à des oiseaux trop à l’étroit dans un appartement parisien. Ainsi commence la légende Delord que le Cher berce jour et nuit, au rythme des cris, appels, sifflements, de quelque 6000 animaux (il y a des naissances tous les jours) répartis sur 32 ha de savane en val de Cher et val de Loire, avec un service de cinq tonnes de nourriture par jour, soit 30 tonnes par an de bambou frais et 18 d’eucalyptus, 296 tonnes de fruits et légumes, 72 tonnes de viandes, 720 kg d’insectes… vivants ! Aucun esprit chagrin ne pourrait évaluer les dégâts économiques et humains pour le secteur de Saint-Aignan si le zoo qui a, un peu, fait peur au tout début, fermait….

Richard Ode

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