L’école des Gobelins : Tremplin pour Hollywood

L’école des Gobelins est pour beaucoup dans cette « french touch » de l’animation et des effets spéciaux visuels. Visite guidée…

"Laissez-moi deviner : vous rêvez de travailler pour Georges Lucas non ?"
“Laissez-moi deviner : vous rêvez de travailler pour Georges Lucas non ?”

Vendredi après-midi, boulevard Saint-Marcel à Paris. Une poignée d’élèves fument en s’abritant de la pluie devant l’entrée de l’école des Gobelins. Certains ont les traits tirés par la fatigue, mais tous parlent avec passion de leurs travaux. Pierre est en dernière année, et travaille sur son film de fin d’études. « Ce projet mobilise tout mon temps, c’est assez stressant », reconnaît le jeune homme, qui a été admis à l’école après un DMA d’animation. « C’est un travail réalisé en groupe, très similaire à ce que nous serons amenés à réaliser dans une vraie production », détaille Clémence, elle aussi étudiante en dernière année de la filière cinéma d’animation.

 

Dans la cour des grands

A l’intérieur de l’école, c’est l’effervescence. Dans la salle réservée aux deuxièmes années, les étudiants planchent sur les virgules visuelles du festival d’Annecy (15 au 20 juin) dans une ambiance studieuse. Répartis par groupes de cinq, ils ont pour objectif de réaliser des films de 45 secondes. « Les années précédentes, c’était un peu plus court, mais nous allons y arriver. Je pense que nous allons y arriver », espère Frédéric Nagorny, enseignant au département cinéma d’animation, un peu inquiet tout de même de l’avancement des travaux. Entrer dans l’une des formations dispensées par les Gobelins, c’est souvent l’espoir de travailler pour les studios les plus réputés, en France comme à l’étranger. Dreamworks, Electronic Arts, Disney, Pixar, ou encore Sony… Et pour cause : l’école entretient une relation privilégiée avec ces studios, qui sont membres des jurys de fin d’études et participent avec elle à des événements comme le speed-recruiting d’Annecy. L’important réseau d’anciens élèves présents dans les grands studios – comme Kristof Serrand, directeur de l’animation à DreamWorks et ancien des Gobelins – est aussi un atout capital. Mais comme dans toute école d’exception, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. L’an dernier, ce sont plus de 600 étudiants qui se sont pressés au cours d’entrée de la formation phare de l’école, celle qui prépare aux métiers du cinéma d’animation, qui ne recrute que 25 élèves par promotion… Arthur, lunettes rondes et bracelet brésilien, fait partie des heureux élus. Il se souvient de la préparation intense qu’il a suivie : « J’ai passé un an à bosser à fond, non-stop. Je suivais une classe prépa aux écoles d’animation à Sèvres. Il faut un niveau très rigoureux en matière de perspective, de volumes, de perception du mouvement… » Si les géants de l’animation made in USA courtisent les étudiants des Gobelins, c’est aussi parce que l’école représente le nec plus ultra de la « french touch », cette animation à la française extrêmement prisée outre-Atlantique. « Il existe cette réputation de l’excellence française, résume Cécile Blondel, responsable de l’international pour l’école. Mais nous devons aussi soigner notre réputation de faire du très beau avec des coûts restant raisonnables. »

 

Répondre aux besoins des entreprises

L’école se distingue aussi par un taux d’insertion hors norme. Aucune des formations de l’école n’est en dessous du seuil de 80%, et les filières de l’animation sont proches du 100%. Mais alors, quelle est la recette du succès ? « Notre raison d’être, c’est vraiment de répondre aux besoins des entreprises, de travailler en partenariat avec elles », explique Moïra Marguin, la responsable du Département Cinéma d’animation de l’école, rappelant au passage que l’école fait partie de la CCI de Paris. Nombre de projets pédagogiques sont d’ailleurs l’occasion de nouer des partenariats, comme la série de films réalisée par des étudiants sur le thème du parfum La Petite Robe Noire de Guerlain, dévoilée en février dernier. La collaboration avec les entreprises passe aussi par la mise à disposition de certains matériels dont dispose l’école, comme le laboratoire ergodesign : une vraie caverne d’Ali-Baba en matière de technologie de pointe. Matériel d’eye-tracking, casques encéphalographiques… dans cette petite pièce située en sous-sol, on trouve tous les instruments nécessaires pour analyser la trajectoire du regard, savoir où l’œil s’attarde, si le spectateur comprend le message rapidement… Des données qui représentent une véritable mine d’or dans le monde de la publicité. La location de ce matériel à des professionnels et l’expertise des équipes permettent aux Gobelins de financer le développement de l’école. « Comme beaucoup d’autres écoles, nos ressources historiques tendent à se tarir, nous devons donc en trouver d’autres », explique Arnaud Lacaze, enseignant-formateur et responsable de ProLab, l’incubateur de projets de l’école.

 

Préparer les étudiants à l’instabilité du métier

Depuis quelques années, l’école des Gobelins s’est fixé pour nouvel objectif de répondre à la convergence des médias. « Aujourd’hui, un photographe doit savoir faire de la vidéo ; un motion designer doit savoir faire de l’animation et de la vidéo, voire même écrire un scénario. Il y a quelques années, c’était impensable », remarque Arnaud Lacaze. Pas question pour autant de parler d’élèves couteaux-suisses. Les enseignants préfèrent évoquer des profils en T : une profonde compétence métier, et une capacité à travailler transversalement. L’une des clés de l’école pour accéder à l’emploi, c’est aussi l’alternance, qui est l’un des piliers de l’enseignement dans la plupart des formations dispensées aux Gobelins : les élèves passent trois jours en cours et deux jours en entreprise. « C’est ce qui permet à nos étudiants de vraiment appliquer au sein de l’entreprise ce qu’ils ont appris en cours », note Moïra Marguin. Un point noir dans ce beau tableau : la précarité des contrats obtenus, souvent des CDD d’usage. « Même dans les grands studios, lorsque le film est terminé, le contrat s’arrête », soupire Moïra Marguin. Les diplômés doivent aussi être toujours plus nomades. « Les productions ont souvent lieu en fonction des mesures incitatives mises en place par les différents gouvernements, comme des crédits d’impôt », souligne Cécile Blondel, responsable de l’international de l’école. Fuite des talents ? Non pour Cécile Blondel : « Nos étudiants partent, reviennent, repartent… Ils vont là où se trouvent les projets, mais rares sont ceux qui abandonnent définitivement la France. »

Antoine Pietri

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