Alexandre Prot et Steve Anavi, co-fondateurs de Qonto

Une capitalisation à 136 millions d’euros

Ils sont deux électrons libres à concourir pour les Trophées Optimistes 2021 : Steve Anavi et Alexandre Prot sont inséparables dans la course en tête de Qonto, la néobanque des comptes pros. L’une des 83 start-up sélectionnées par le gouvernement pour figurer dans le French Tech 120.

C’est un grand classique : l’entreprise née d’une frustration, d’une absence, d’un défaut de service. Ce que je cherche n’existe pas, alors je le crée. C’est le pourquoi de Qonto. Deux jeunes entrepreneurs, Steve Anavi et Alexandre Prot, se sont juré de ne plus s’embêter avec des « banques chronophages, peu transparentes et des outils ne répondant pas aux besoins des entreprises modernes » (dixit). Ils créent Qonto en 2016, opérationnel en 2017, une néobanque qui vous ouvre un compte (et désormais autant que nécessaire), vous alloue des cartes de paiement, un service d’écoute sept jours sur sept. « Vous », ce sont les TPE/PME et indépendants, plutôt clients « pauvres » des banques traditionnelles. Mais demandeurs d’agilité. On appelle ça du business finance management en français. D’emblée, les abonnements (car la néobanque fonctionne ainsi, des abonnements de 9 à 31 euros selon les services rendus) pleuvent : plus de 120 000 comptes aujourd’hui.

Des fonds chinois qui croient en la start-up française

Mais pour Steve (président en charge du produit, du design et des opérations) et Alexandre (directeur général, marketing/croissance, finances, règlementaire), pas question de rester une PME au service d’autres PME. Il leur faut grandir très vite, de façon exponentielle. D’où fonds. Les levées se succèdent. En 2016, ils attaquent le marché avec 1,6 million d’euros d’amorçage. En 2017, ce sont 10 millions qui allument le second étage (on parle dans le jargon des levées de fonds de série A). Septembre 2018, la série B injecte 20 millions d’euros. À cette date, quand on visite Qonto à Paris, c’est déjà une grosse PME de plus de 100 salarié·es dont les besoins en recrutements sont permanents, à coups de titres en anglais : Brand designer, Talent acquisition manager, Legal counsel, Product marketing manager, Partnership manager, Lead frontend manager, Lead iOS manager, Security software engineer, Backoffice Officer… En 2021, les voilà plus de 300, et de 27 nationalités.

Mais en janvier 2020, en trois mois de temps, Alexandre Prot et son associé jouent de la série C : 104 millions vont désormais placer Qonto en orbite. La start-up s’inscrit dans l’international de l’investissement. Les sigles qui s’alignent sur son site pèsent lourds : Valar, Alven, la Banque européenne d’investissement, Tencent le chinois, avec Alibaba et Xiaomi (les A et X des BATX), DST Global, deux business angels, Taavet Hinrikus, fondateur et administrateur de TransferWise, et Ingo Uytdehaage, CFO d’Adyen. Non, Qonto n’est plus un fruit mûr franco-français côté capital. Ce qui ne l’empêche pas d’annoncer la couleur, et cette transparence est un gage puissant : « Qonto est un établissement de paiement réglementé et supervisé par la Banque de France. L’ensemble des fonds déposés par nos clients sont sécurisés chez notre partenaire Crédit Mutuel Arkéa. En cas de faillite de notre partenaire, vous êtes couverts et protégés par le Fonds de garantie des dépôts et de résolution (FGDR) à hauteur de 100 000 euros. Qonto ne peut ni investir ni prêter ou toucher aux fonds de ses clients. » Mais ça, c’était aujourd’hui.

En télétravail, assurer la continuité des services

Entre sa série B et sa série C, Qonto s’est européanisé. Il existe en Espagne, en Allemagne, en Italie depuis la fin de 2019. Dans son créneau du finance management, il est le leader européen. Ses services « agiles » n’en finissent pas de se multiplier : Sepa, Swift (paiement international), fonctions comptables facilitées (analyse, extractions, rapprochements bancaires à partir de la seule photo d’un document comptable, possibilité de multicomptes). Alors bien sûr, Alexandre Prot et Steve Anavi se projettent dans un temps où Qonto sera banque à part entière, avec ses avantages (panels de services élargis, prêts, investissements) et… ses inconvénients (lourdeurs, risques, ratios règlementaires…). Au fond, nos deux banquiers par défaut ne sont pas si pressés de s’« embourbanquer » ! En 2021, Qonto offrira des services de crédit via Crédit Mutuel Arkéa. En 2022, peut-être sera-t-il établissement de crédit avec possibilités de découverts et de lignes de crédit, si l’ACPR et la Banque centrale européenne l’agréent. En attendant, l’important était pour le directeur général d’assurer la continuité du service en télétravail pendant les confinements et au-delà. Réussi, à quelques encaissements de chèques près. La machine à accélérer le voyage dans le temps bancaire s’est assuré le partenariat de Payfit (automatisation de la paie et gestion RH) et l’obtention directe des prêts garantis par l’État (avec October et Bpifrance). 

Et 2021 ? Et 2022 ? Leur cible de TPE/PME indépendants ne sera-t-elle pas entamée par le « bain de sang » entrevu par les économistes Artus et Pastré* ? « Malheureusement, il y aura de la casse, convient l’électron libre Alexandre Prot, mais comme nous ne sommes pas encore des prêteurs, Qonto ne court d’autre risque que celui de ses abonnements à ses services… » Juste. Avec un CA (non dévoilé) qui double chaque année, le pionnier néobancaire désormais archiconcurrencé poursuit sa course en tête. Alexandre Prot me le disait en 2017 : l’important est de conserver un service d’avance. Le prochain, sa mue en établissement de crédit, va parachever sa mise à l’abri des services partis plus tardivement. 

Olivier Magnan

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