Thomas Jamet : les bosses du boss

À la tête d’IPG Mediabrands France – activités de conseil médias de l’américain Interpublic dans l’hexagone –, Thomas Jamet carbure à la passion et à l’intuition. Parcours d’un enfant gâté (un peu) par la musique et l’importance de se réinventer.

Il attaque fort, Thomas Jamet, dans des établissements prestigieux (Assas, European Business Law et Sciences Po Paris). Objectif du bosseur : la sociologie politique. « Sait-on vraiment ce qu’on veut faire ? La politique et le journalisme m’attiraient beaucoup. » Un stage l’expédie dans les relations presse. Et à la fin de ses études, bien qu’il soit major de promo en sociologie politique et que ses profs l’incitent à devenir chercheur, c’est vers une agence « médias » qu’il choisit de s’orienter. En s’excusant presque. « J’étais boursier, j’avais besoin de gagner de l’argent pour rembourser mes prêts étudiants. Je suis tombé sur une offre d’emploi de Carat qui cherchait à monter un département de planning stratégique. » Chez ces gens-là, Monsieur, on ne laisse pas passer une superbe opportunité. D’autant qu’il tenait l’occasion de se plonger dans les discours sémiologiques de marques, pas si éloignés de son intérêt pour l’observation des tendances et des individus. « J’aime changer régulièrement de sujet, une journée ne doit pas ressembler à une autre, j’aime me retrouver en vadrouille et travailler sur des problématiques multiples et variées », se justifie l’homme d’action. Entre les réflexions stratégiques, les tribunes à rédiger, les réunions avec les clients… il a de quoi assouvir sa soif d’éclectisme, le communicant. Son intérêt pour l’entrepreneuriat y trouve son compte.

La bosse d’entreprendre

Le salarié devient intrapreneur. « Dans la feuille de route qu’Aegis Media m’avait demandé de préparer, j’avais suggéré la création d’une entité interne, finalement créée sous le nom de Deep Blue. L’objectif de ce “grand bleu” était de proposer des missions de conseil aux annonceurs. » Désormais un pilier central au cœur de la stratégie de l’agence, il dupliquera par la suite ce modèle dans d’autres groupes, notamment chez Publicis où il crée Reload, la branche de consulting. Il y reste dix ans, période pendant laquelle l’entreprise passe de 50 à… 800 personnes. Jamais à court d’idée, Jamet se tourne vers l’enseignement, d’abord à Sup de Pub et l’Iscom, puis au Celsa et à Sciences Po. L’opportunité de « prendre du recul », aussi de rester en contact avec des talents.

La bosse d’écrire

S’il aime les chiffres, il aime aussi les lettres. Ses tribunes dans des revues ne se comptent plus. Du coup, il passe au format livre : Renaissance mythologique, l’imaginaire ou les mythes à l’ère digitale (François Bourin éditeur) se vend à 3 500 exemplaires – bon score pour ce type d’ouvrage ! – et lui vaut le prix du livre le plus influent sur le numérique au Hub Forum en 2012. Galvanisé, il publie en 2014 Les nouveaux défis du brand content (Pearson). Un autre « polar » de la com dont la seconde édition est parue récemment.

La bosse de jouer de la zique

Reste… sa passion pour la musique. Initié à cet univers par un cousin dès l’enfance, ce fan absolu de rock avait monté, ado, un groupe avec son frère à la batterie. « Lui en a fait son métier. Je chantais un peu, mais je n’ai pas persévéré, sans vraiment décrocher. » On ne peut pas dire. Depuis des années, il manage des groupes de rock, monte des festivals et côtoie des artistes. Mais où diable trouve-t-il le temps ? Réponse attendue : « Quand on veut, on peut, dès l’instant qu’on a envie ! », assène-t-il, même si son implication dans le show s’est allégée. Depuis un an, avec un dénommé Jim Beach, qui n’est autre que le manager de Queen, il suit le groupe Electric Pyramid. Les liens avec son univers professionnel ? Ils sont bien plus nombreux qu’on ne pourrait l’imaginer : « J’ai développé des plates-formes et créé des contenus pour des marques avec des artistes. Les clients sont souvent désireux de créer des ponts avec cet univers et j’interviens comme un facilitateur. » Joli mot.

La bosse du bosseur

Ce dont il est le plus fier ? « Mes enfants, bien sûr. Mais aussi ma capacité à avoir négocié le virage du changement de vie, pour, précisément, qu’ils ne soient pas trop impactés. » Il sera père pour la quatrième fois avec sa nouvelle compagne. « J’ai toujours suivi ma bonne étoile et écouté mon intuition, comme lorsqu’on m’a proposé de prendre la tête de la filiale française d’IPG Mediabrands en 2015. » Ce passionné se félicite de conserver la possibilité d’apprendre tous les jours et de se placer aux premières loges des transformations des métiers. Depuis qu’il dirige la branche française d’IPG Mediabrands, il est parvenu à redresser la barre, à doubler les effectifs et les revenus, à dynamiser la communication. Cet atypique ou hyperactif, selon les qualificatifs qu’il attire, ne se voit pas du tout comme ça. « Oui, je suis très actif sur les réseaux sociaux et je travaille énormément, mais je m’octroie des phases méditatives et de repos, histoire de rester performant. Il n’en demeure pas moins que travailler n’a jamais été un effort, mais un plaisir ! » Antienne connue…

Ariane Warlin

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